Le p.-d.g. est sans diplôme - Le Port de Québec se défend de donner le mauvais exemple

Québec — Accusé d'avoir laissé croire qu'il était diplômé de l'Université Laval alors que ce n'était pas le cas, le nouveau p.-d.g. du Port de Québec, Mario Girard, jure que si c'était à refaire, il terminerait ses études, et même plus!

«J'ai plus de 50 ans et je ne peux pas refaire ma vie. Mais si j'avais 20 ans aujourd'hui, j'en ferais peut-être deux, trois ou quatre diplômes, et je vais encourager ma fille à en faire autant qu'elle veut», a déclaré hier M. Girard.

Dans une lettre transmise au Devoir hier, le professeur en relations industrielles de l'Université Laval, François Bernard Malo, reprochait à M. Girard et à son nouvel employeur (le Port de Québec) de donner un très mauvais exemple aux étudiants en entretenant la «confusion» sur son parcours universitaire.

«Pour le principal intéressé, il semblerait qu'il n'y a pas de différence entre étudier et être diplômé et que pour faire avancer sa carrière toutes les demi-vérités sont bonnes à entretenir. [...] C'est tout un message à envoyer à nos étudiants en gestion. [...] Étudiez ici et là, puis abandonnez vos études après quelques cours... Les recruteurs sont des cons et ils n'y verront que du feu!»

La force du CV

Hier matin, Le Soleil révélait que M. Girard avait obtenu le poste de p.-d.g. du Port même s'il n'avait pas de diplôme universitaire, alors qu'il s'agissait d'une des exigences affichées pour ce poste. On apprenait en outre que lors de la nomination de M. Girard au conseil d'administration du Port en 2008, le cabinet du ministre Chuck Strahl (de qui relève le Port) soutenait dans un communiqué qu'il était «diplômé», une erreur qui a été corrigée il y a quelques jours à peine.

Au Port, on nous assure qu'il ne s'agit que d'une «erreur de rédaction» du cabinet et que le C.A. savait que M. Girard n'était pas diplômé. «On s'est questionné là-dessus. C'était le meilleur candidat avant qu'on sache qu'il n'avait pas de diplôme. Il le reste encore après qu'on le sache», explique le porte-parole du conseil d'administration, l'homme d'affaires Jacques Tanguay. «Je pense sincèrement que son CV vient compenser le fait qu'il n'ait pas de baccalauréat ou de maîtrise.» Avant d'être embauché par le Port, M. Girard dirigeait la Fondation de l'entrepreneurship, poste qu'occupait le maire Régis Labeaume avant qu'il se lance en politique.

M. Girard, qui a abandonné ses études à 23 ans pour fonder sa propre entreprise, a suivi des cours en administration au niveau du baccalauréat et de la maîtrise à l'Université Laval. Devant le C.A., il a plaidé que les crédits alors accumulés pourraient «sûrement» lui permettre d'obtenir l'équivalent d'un certificat. M. Tanguay affirme toutefois que le C.A. n'a nullement l'intention de lui faire entreprendre de telles démarches «à son âge». «D'une manière ou d'une autre, il a été choisi, il a été engagé et le C.A. est très très à l'aise avec son choix.»

Études au MIT?

Le professeur Malo a également relevé que le profil de M. Girard sur le site de réseautage LinkedIn indiquait que l'homme d'affaires avait une «formation» à la fois à l'Université Laval et au prestigieux Massachusetts Institute of Technology (MIT), mais on ne précise pas de quel niveau et s'il a obtenu un diplôme.

À propos du MIT, le principal intéressé indique qu'il s'agit d'un programme pour entrepreneurs auxquels de nombreux gens d'affaires ont participé par le biais de la Fondation de l'entrepreneurship.
1 commentaire
  • Alexandra Lorange - Inscrite 27 octobre 2010 14 h 06

    Le parfait candidat...

    D'entrée de jeu, je l'avoue, je connais un candidat qui n'a pas été retenu pour combler le poste de p.-d. g. du port de Québec. Un candidat ayant un MBA en finances des HEC Montréal et trente ans d'expériences en gestion, dont plusieurs d'années d'expériences dans un poste de haute direction. Comment peut-on accepter que des postes impliquant de si grandes responsabilités soient occupés par des gens non scolarisés ? L'impact d'une telle situation n'est pas simplement de donner ou non un exemple probant à nos étudiants et futurs dirigeants. Il s'agit d'un manque de transparence et de respect pour les autres gestionnaires en course pour le poste. Acceptera-t-on longtemps, comme société, des gestionnaires qui prétendent avoir une certaine expérience et une certaine formation alors que ce ne sont que des mensonges ? Ce n'est pas tant le manque de rigueur dans l'implication acamédique de nos étudiants qui nous guettent comme la désillusion...