Fosses septiques - Québec déplore le manque de sévérité du ministère de l’Environnement

Québec — La Ville de Québec estime que la réglementation du ministère de l’Environnement sur les fosses septiques n’est pas assez sévère parce qu’il ne protège pas suffisamment les cours d’eau.

«Pour nous, le règlement Q2R8 du ministère n’est pas assez fort», a déclaré hier le vice-président du comité exécutif à la ville de Québec, François Picard. Selon lui, ce règlement qui s’applique à l'évacuation et au traitement des eaux usées des résidences isolées dans tout le Québec ne tient pas compte du fait qu’à Québec, par exemple, «il y a 270 000 personnes qui s’abreuvent à la prise d’eau tout juste en aval d’un secteur bâti sur fosses septiques».

Début juin, l’administration Labeaume a entrepris une véritable croisade contre les fosses septiques. Non seulement a-t-elle décidé d’interdire les fosses septiques sur son territoire, mais elle veut que ses voisins fassent de même.

«Il y avait un potentiel de 7000 nouvelles maisons sur notre territoire», souligne M. Picard. «La Ville a décidé qu’il n’y aurait pas de construction sur ces terrains et qu’on enverrait les gens plus près du centre-ville le long de la ligne de tramway. On espère que les villes de la MRC prendront conscience également qu’il y a des limites à construire dans des zones sensibles.»

En attendant que le ministère bouge, la ville de Québec veut imposer sur leurs territoires un moratoire à tout développement domiciliaire non connecté au réseau d’égouts.

Après avoir cherché à forcer la main des MRC voisines en leur imposant un règlement de contrôle intérimaire (RCI) à la Communauté métropolitaine de Québec (CMQ), l’administration Labeaume a finalement accepté un compromis temporaire.

Suivant une résolution adoptée hier, tous les nouveaux développements sont interdits pour 60 jours à l’exception de 72 résidences particulièrement lésées par le moratoire. «Ce sont des gens qui avaient déjà acheté leur terrain. Le maire a été très clair là-dessus: on n’empêchera pas une famille de démarrer son projet de vie», a souligné M. Picard en l’absence du maire qui est retenu chez lui par un mal de dos.

M. Picard ne s’en cachait pas hier: le conflit sur les fosses septiques à la CMQ est loin d’être réglé et le débat sur le RCI reprendra début septembre. «C’est une première manche», a-t-il dit en soulignant que les MRC avaient été «conscientisées» au problème de la contamination des sources en eau potable au cours des dernières semaines.

Or ces dernières ne semblent pas prêtes à jeter l’éponge. «On est satisfait du compromis à court terme, mais, pour l’avenir, c’est carrément inacceptable», soutient le maire Michel Beaulieu, de Lac-Beauport, l’une des municipalités les plus touchées par le moratoire. «Pour nous la bataille est engagée. […] Il faut convaincre la population et les élus de la CMQ que les fosses septiques, ce n’est pas un cancer généralisé.»

Selon lui, la loi québécoise est suffisamment sévère. Il ajoute que les concentrations élevées en phosphate relevées par la ville de Québec en amont de sa prise d’eau résultent de constructions faites sur de petits terrains qui manquent de filtres naturels, une formule à laquelle Lac-Beauport ne recourt plus. «Je suis convaincu que si on s’en tient aux grands terrains, il n’y a plus de rejets. […] On n’a rien contre le fait d’être desservis par le réseau d’aqueduc. On est raccordés à plus de 50 %. Le problème, c’est qu’en montagne, c’est impossible.»

Quant à la pertinence d’empêcher la construction en montagne ou dans des zones éloignées où il est impossible de raccorder les terrains à des réseaux d’aqueduc, le maire de Lac-Beauport estime que c’est un enjeu de droit. «C’est un enjeu de droit. Les gens préfèrent aller sur de grands terrains, loin des centres. Je respecte ce droit-là.»

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