Labeaume part à la défense de l'eau potable de Québec

Québec — Le maire de Québec a décidé de prendre les grands moyens pour protéger l'approvisionnement en eau potable de la ville: bannir les fosses septiques et suspendre le développement immobilier dans la zone du bassin versant.

«Aux promoteurs qui sont touchés par nos décisions: je vous en prie, ne touchez pas à notre verre d'eau!», a lancé le maire au terme d'un long discours sur sa «vision pour le développement durable de Québec».

«Changement de philosophie majeur», «défi incontournable»... Régis Labeaume n'y est pas allé avec le dos de la cuillère pour convaincre la population de faire attention à son eau potable.

On le savait déjà résolu à réduire les fuites sur le réseau d'aqueduc et à limiter la consommation d'eau. Or le voilà investi d'une nouvelle mission: protéger la principale source en eau potable de Québec, le bassin versant de la rivière Saint-Charles.

Converti au modèle de gestion en bassin versant, le maire veut littéralement interrompre l'étalement urbain vers les petites municipalités de la périphérie qui voisinent avec la source en eau. Tout cela pour empêcher la construction de nouvelles fosses septiques qui seraient à l'origine de la présence de coliformes fécaux et de concentrations anormales de phosphore.

Vote et veto

Il compte soumettre cette mesure à un vote, dès la semaine prochaine, à la Communauté métropolitaine de Québec (CMQ) à laquelle il siège avec la ville de Lévis et les trois MRC avoisinantes: la MRC de l'île d'Orléans, celle de la Côte-de-Beaupré vers Charlevoix et enfin la MRC de la Jacques-Cartier, qui est directement ciblée par la mesure.

Or cette dernière pourrait imposer un veto à la démarche du maire moyennant l'appui d'au moins une des deux autres MRC. Mais advenant un différend, le maire se dit prêt à faire face à la situation et menace déjà de porter la cause devant le ministre des Affaires municipales, Laurent Lessard. Son plan: lui demander, une nouvelle fois, de modifier les règles de fonctionnement de la CMQ qui, selon lui, permettent aux petites MRC de prendre en otage la grande majorité de la population du territoire (94 %).

Et ce n'est pas tout, Régis Labeaume a sorti un autre lapin de son chapeau hier en affirmant qu'il pourrait intenter un recours devant les tribunaux en invoquant un vieil article de loi de 1929 en vertu duquel la Ville aurait le droit d'imposer une réglementation à ses voisines «quand la qualité de l'alimentation en eau est en jeu».

Concertation ou confrontation?


Hier, aucun des trois préfets de MRC n'a osé s'en prendre au maire de Québec, mais l'on sentait bien l'irritation suscitée par ses façons de faire. «Nous, on tente de privilégier la concertation...», a laissé tomber le préfet de la MRC de la Jacques-Cartier, Jacques Marcotte, avant d'ajouter que ses membres avaient pris leurs propres initiatives en matière de développement durable.

Son collègue de la MRC de la Côte-de-Beaupré, Pierre Lefrançois, disait pour sa part que «bien sûr, on est tous pour la vertu», mais il n'a pas apprécié le fait que le maire de Québec ait brandi la menace d'une intervention auprès du ministre. «Notre position est connue dans ce dossier. S'ils nous enlèvent le veto, on quitte la CMQ.»

Quoi qu'il arrive, on n'a pas fini d'entendre parler du dossier de l'environnement à Québec puisque M. Labeaume doit aussi présenter le 10 juin le rapport très attendu du comité sur la mobilité durable. Créé il y a plusieurs mois, ce comité d'experts devait définir les besoins de la Ville en matière d'aménagement et de transports en commun pour les trente prochaines années, un chantier que le maire a déjà décrit comme le dossier numéro un de son présent mandat.

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5 commentaires
  • Pierre Bernier - Abonné 1 juin 2010 10 h 29

    Mission incontournable !

    « Protéger la principale source en eau potable de Québec, le bassin versant de la rivière Saint-Charles.»

    Cela s'impose! Le bassin de la Montmorency également.
    Tout autre orientation ou discours équivaudrait à «labourer la mer»!

    La «ruralité» concernée doit abandonner le fantasme de l'étalement urbain. Cette idéologie copiée des américains est, comme d'autres dans ce pays, néfaste à tous égards pour l'écologie et l'environnement, physique, social et humain.

    La vision, comme l'égo, des élus locaux concernés doit s'édifier sur d'autres valeurs (croyances et convictions).


    Pierre Bernier, Sainte Pétronille.

  • Bernard Terreault - Abonné 1 juin 2010 11 h 52

    Bravo !

    Pour une fois que Labeaume m'impressionne dans le bon sens !

  • richard lavigne - Inscrit 1 juin 2010 12 h 15

    Combien de fois l'eau de la Ville a-t'elle utilisée ?

    Il est confirmé que 50% des américains boivent de l'eau de l'aqueduc qui a déjà été utilisée.
    L'eau du St-Laurent, du St-laurent frappée nous vient de l'ouest, c'est à dire, des grands lacs, des ruisseaux, des rivières qui s'y jettent et évidemment, les eaux traitées de toutes les municipalités, les usines, des naviguants etc.

    Donc, lorsque l'eau du St-Laurent passe devant l'aqueduc de la Ville de Québec, combien de fois cette eau a-t'elle été utilisée auparavant?

  • Pierre-Jules Lavigne - Inscrit 1 juin 2010 15 h 47

    Un MAIRE COURAGE

    Quand on regrade à Ottawa et à Québec on sent et on sait que les élus au pouvoir prennent leurs décisions pour favoriser les lobbies des groupes d'intérêts privés au détriment de l'intérêt collectif qui n'a comme force de pression que les élections aux 4 ans.

    À Québec on a un maire pas toujours facile à suivre. Mais cette fois au moins on le sent animé par le franc désir d'agir en fonction de l'intérêt collectif.

    C'est qu'en bout de ligne ça prend du courage pour soutenir l'intérêt collectif au lieu des intérêt privés. Les groupes d'Intérêt privés paralysent les décideurs lors de choix pour la collectivité détournant les décisions en leur propre faveur.

    Nous avons donc un MAIRE COURAGE qui affirment que l'eau est un patrimoine collectif qui ne peut être altéré par des façons hâtives et rentables qui guident contament les intérêts privés et personnels.

  • Jean-Yves Larose - Inscrit 2 juin 2010 08 h 33

    C'est déjà fait!

    C'est du pétage de broue à la Labeaume. Déjà les municipalités environnantes ont des mesures précises à cet égard dans leur municipalité respective. Labeaume aurait intérêt à s'asseoir avec celles-ci et à examiner ce qui est déjà fait et à mettre en commun des solutions nouvelles pour peaufiner ce qui est déjà fait.

    Au lieu de crier au loup, Labeaume devrait bien s'informer sur ce sujet avant de crier au loup inutilement dans les médias. C'est ainsi que l'effet recherché est raté car les maires de banlieue se sentent attaqués injustement, et avec raison.