Que nous reproche le maire Labeaume?

Le maire de la Ville de Québec, Régis Labeaume
Photo: Agence Reuters Mathieu Belanger Le maire de la Ville de Québec, Régis Labeaume
Plus tard dans la journée, le maire a précisé ses insinuations du matin auprès d'autres médias. Il a alors signalé que c'était un article de notre journaliste publié le 22 octobre dernier qui posait problème et portait atteinte à son intégrité.

Peu importe le média en cause, il n'est pas rare que des gens pris à partie dans un reportage se sentent injustement traités. Notre profession a établi des critères pour traiter ces situations. Au Devoir, notre politique d'information est très claire à ce sujet: «Les acteurs mis en cause doivent avoir l'occasion d'exprimer leur point de vue» et «lorsqu'une erreur de fait ou d'interprétation est commise, le journal s'engage à publier un rectificatif, sous forme de précision ou d'erratum selon les circonstances, le plus rapidement possible après en avoir pris connaissance». Si ces façons de faire ne suffisent pas, des recours sont prévus au Conseil de presse pour faire valoir son mécontentement.

Mais pour que tous ces mécanismes se mettent en branle, encore faut-il que le média soit prévenu! Or jamais depuis qu'il est au pouvoir, jamais depuis octobre, le maire Labeaume ou son équipe n'ont communiqué avec la direction du Devoir pour demander rectificatif, précision ou droit de réplique. C'est à notre demande que nous avons réussi à parler pour la première fois hier à M. Labeaume.

Nous réitérons donc ce que nous lui avons dit de vive voix: nos pages lui sont ouvertes s'il veut revenir sur cet article de la campagne électorale qui l'a si fortement ébranlé que, disait-il publiquement hier, il y pense tous les jours.

De notre côté, nous insistons sur notre appui total à notre journaliste Isabelle Porter, qui couvre la scène municipale à Québec depuis maintenant cinq ans, soit avant l'arrivée de Régis Labeaume en politique. Il a beaucoup été question cette semaine des liens d'amitié entre le père de notre journaliste, John Porter, bien connu à Québec, et M. Labeaume. Nous osons croire que ce dernier avait pris note de la situation professionnelle de Mme Porter avant de se présenter sur la scène municipale et qu'il était prêt à y faire face, ne mêlant pas considérations privées et travail.

En ce qui nous concerne, nous considérons que nos journalistes sont des professionnels et qu'ils n'ont pas à souffrir des relations d'amitié ou d'inimitié de leurs père, mère, frères ou soeurs.

Cette mise au point étant faite, nous nous étonnons toutefois que la frustration de M. Labeaume éclate cinq mois plus tard. Scepticisme journalistique oblige, n'y a-t-il pas lieu de trouver que c'est une belle façon de faire diversion à la désastreuse affaire Rapaille?

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Josée Boileau

Rédactrice en chef

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