Andrée Boucher élue à la mairie de Québec

L’ancienne mairesse de Sainte-Foy, Andrée Boucher, prendra les commandes de la mairie de Québec. «Ce que vous me dites ce soir, c’est que vous me faites confiance, mais ce que vous me dites aussi, c’est que vous attendez beaucoup de moi», a-t-e
Photo: Clément Allard L’ancienne mairesse de Sainte-Foy, Andrée Boucher, prendra les commandes de la mairie de Québec. «Ce que vous me dites ce soir, c’est que vous me faites confiance, mais ce que vous me dites aussi, c’est que vous attendez beaucoup de moi», a-t-e

L'ancienne mairesse de Sainte-Foy a été élue hier soir première citoyenne de la grande ville de Québec. Sans affiche, sans équipe électorale et avec un budget d'environ 5000 $, elle a ravi 45 % du vote. Elle est la première femme à être élue au poste de maire de Québec.

Autre première à Québec: le vote électronique, géré par la firme PG Élections, a connu de nombreux ratés et les résultats n'ont été dévoilés que tard hier soir, après de sérieux ennuis informatiques. Un peu plus de 51 % des électeurs inscrits sur la liste électorale ont exercé leur droit de vote, alors qu'en 2001 10 % de plus l'avaient fait, une baisse qu'a déplorée la nouvelle mairesse.

Ainsi, avec 89 740 voix, la victoire de Mme Boucher est décisive, mais un peu moins éclatante que ce que les derniers coups de sonde laissaient présager. «Ce que vous me dites ce soir, c'est que vous me faites confiance, mais ce que vous me dites aussi, c'est que vous attendez beaucoup de moi», a-t-elle déclaré hier dans son discours.

Aussi, elle devra composer avec un conseil municipal formé d'une majorité de 24 conseillers (sur 37) issus du parti du maire sortant et démissionnaire, Jean-Paul L'Allier, le Renouveau municipal (RMQ, anciennement le Rassemblement populaire de Québec), depuis 16 ans au pouvoir. Le nouveau chef de ce parti, Claude Larose, a offert une belle lutte, se classant deuxième avec 65 008 voix, représentant quelque 34 % du vote.

En pleine débandade, Marc Bellemare, ancien ministre de la Justice, a obtenu la troisième place, avec 20 441 votes, soit tout juste 11 % des voix. Dans plusieurs districts, ses candidats se sont aussi classés troisièmes. M. Bellemare se présentait à la tête d'un nouveau parti politique, Vision Québec (VQ). Celui que, cet été, les passants appelaient déjà «monsieur le maire» menait dans les sondages jusqu'à l'entrée d'Andrée Boucher dans l'arène, le 7 septembre, jour où ses appuis ont commencé à s'affaisser. Pierre-Michel Bouchard, de l'Action civique de Québec (ACQ), le parti qui fut jadis dirigé par Gilles Lamontagne et Jean Pelletier, a terminé quatrième avec 9 % des voix.

Cohabitation difficile

La nouvelle «mairesse de Québec» (Mme Boucher dit qu'elle mettra du temps à s'habituer à ce titre) devra donc former un comité exécutif avec les élus des différentes formations politiques qui lui ont fait la lutte. Elle a dit hier soir qu'elle tenterait de «trouver des élus de bonne volonté» qui auront le «courage» de faire ce qu'il faut pour faire progresser la ville.

Mais, pendant la campagne, le chef du RMQ, Claude Larose, avait indiqué que ses conseillers ne collaboreraient pas avec Mme Boucher, à moins que cette dernière ne se «convertisse» aux valeurs du RMQ. L'attaché de presse de Claude Larose, Robert Boulé, a déclaré hier soir que les valeurs de Mme Boucher et celles du Renouveau municipal sont diamétralement opposées.

La conseillère du RMQ de Montcalm, Ann Bourget, est pressentie pour devenir chef de l'opposition officielle, puisque Claude Larose n'avait pas de colistier. Au moment d'écrire ces lignes, certains indépendants se dirigeaient vers une victoire, notamment Gilles Plante dans Vanier.

À Québec, cette élection marque une demi-revanche pour les défusionnistes, qui avaient mordu la poussière devant Jean-Paul L'Allier à la mairie en 2001, lequel avait gagné contre Mme Boucher. Mais, à l'époque, les défusionnistes avaient réussi à mettre Jean-Paul L'Allier en minorité au conseil. L'élection d'hier présente un scénario inverse: les anciennes forces défusionnistes sont à la mairie et l'ancien parti de M. L'Allier contrôle le conseil.

Problèmes de PG Élections

Plusieurs problèmes en lien avec le vote électronique sont survenus au cours de la journée hier à Québec, ce qui a semé l'inquiétude dans les équipes électorales et retardé considérablement le dévoilement des résultats. Ceux-ci ont mis plus de temps à sortir que lorsque le décompte était fait à la main. À 21h15, 10 % seulement des terminaux — l'équivalent des boîtes de scrutin — étaient dépouillés. Pendant une heure, le serveur de PG Élections a été gelé et n'a offert les résultats que de 100 terminaux sur 479.

Les ennuis les plus graves sont survenus lorsque certains terminaux «boguaient» parce qu'on avait omis d'y respecter un délai de 30 secondes entre chaque vote enregistré. Comme l'a confirmé François Moisan, porte-parole du président des élections de Québec, René Damphousse, la moitié des 410 terminaux utilisés dans les 107 lieux de vote exigeaient ce délai de 30 secondes, alors que «les autres, plus récents, ne l'exigeaient pas». Ainsi, dans huit lieux de vote sur 107, le vote a dû être arrêté entre 10 à 30 minutes, ce qui a forcé le président des élections à prolonger la période du scrutin dans neuf lieux de vote.

D'autres problèmes liés au système électronique sont survenus: en après-midi hier, les organisations électorales des partis se plaignaient de ne pas pouvoir faire du «pointage» — méthode par laquelle ils vérifient si «leurs» électeurs sont allés voter — parce que le bureau du président des élections ne leur avait pas transmis l'information nécessaire. «Des bogues de serveur ont en effet empêché la transmission de 50 % des listes jusqu'à 15h00», a expliqué M. Moisan, qui affirmait en milieu d'après-midi que ces difficultés avaient été surmontées.

«Tout ça nous inquiète», nous a dit hier Frédéric Baril, attaché de presse du chef de Vision Québec, Marc Bellemare. «On nous avait vendu ce système comme étant infaillible», a-t-il ajouté, perplexe. Des bénévoles du parti de Claude Larose, le Renouveau municipal (RM), ont informé Le Devoir qu'à 16h hier, pour plusieurs sections de vote, ils n'avaient reçu aucune information depuis 11h en matinée (les bureaux de vote ouvraient à 10h). «Vive le travail à la mitaine», a lancé une travailleuse du RM.

Le système de vote utilisé à Québec était le Perfas-MV, un système sans papier où les bulletins sont représentés graphiquement sur un écran. Sur le site de PG-Élections, on soutient que cette «technologie éprouvée repousse les craintes» ressenties par les électeurs de tout âge. M. Moisan a refusé de nous révéler les coordonnées des responsables de PG-Élections, qui s'affairaient à régler les problèmes du système. Un avocat de l'organisation de l'Action civique, Robert Dinan, a pour sa part déploré que le système utilisé ait fonctionné sans papier et ne permette pas de recomptage. «J'aime le papier. Le papier ne ment pas», a-t-il déclaré, refusant toutefois «pour l'instant» d'envisager des procédures de contestation des résultats.

Certaines personnes avaient exprimé publiquement leurs inquiétudes à l'égard du vote électronique. Le politologue Claude Côté a écrit, dans Le Soleil du 1er novembre, que trop peu de mécanismes de sécurité avaient été mis en place pour assurer le bon fonctionnement du vote: «Pourquoi tous les intervenants dans le domaine électoral municipal québécois ont-ils permis l'utilisation du vote électronique, malgré ses nombreuses lacunes? », s'interrogeait-il.