Des micro-partis contre les machines de l'UCIM et de Vision Montréal

La campagne électorale à Montréal a fait apparaître un nouveau phénomène, celui de l'émergence de petits partis politiques disséminés dans plusieurs arrondissements de la métropole. Hier, dans l'arrondissement d'Outremont, avait lieu le baptême d'un parti portant le nom de Oser Outremont. Comme d'autres formations politiques créées à l'échelle locale, il n'a aucune ambition concernant la mairie de Montréal.

Oser Outremont présentera une modeste équipe de deux candidats lors des élections de novembre. Il s'agit de la chef du parti, Christine Hernandez, qui vise la mairie de l'arrondissement d'Outremont, et de son conjoint Paul-Guy Duhamel qui, lui, tentera de se faire élire comme conseiller. «On a créé un parti parce qu'on a une volonté de s'inscrire dans la pérennité. Lorsqu'on se présente comme candidat indépendant, c'est un coup d'épée dans l'eau car après l'élection, les choses s'arrêtent là», fait valoir Mme Hernandez qui souhaite proposer aux électeurs une alternative aux grands partis.

Mais cette formation politique n'est pas la seule à s'être lancée dans la mêlée dans cet arrondissement. Claude Gladu, chef du Parti des citoyens d'Outremont, tentera lui aussi de déloger l'actuel maire de l'arrondissement, Stéphane Harbour. Sauf que, pour l'instant, son équipe ne comprend que lui-même.

Si l'existence de partis aux effectifs aussi réduits est possible, c'est que les règles du jeu ont changé depuis le scrutin de 2001. L'adoption d'un décret gouvernemental, en juin dernier, a entraîné la disparition du nombre minimum de candidats requis pour la formation d'un parti politique tant sur le plan provincial, municipal que scolaire. Précisons que lors des scrutins précédents, les partis devaient compter un nombre de candidats au moins équivalent au tiers des postes d'élus à combler. Ce changement fait suite à un jugement rendu en 2003 par la Cour suprême dans l'affaire Figueroa. Ce jugement avait invalidé les dispositions de la loi électorale fédérale obligeant les partis à présenter des candidats dans un minimum de circonscriptions pour avoir droit à une reconnaissance officielle.

Mais les mairies d'arrondissement, nées dans la foulée de la loi 33 qui a accordé des pouvoirs accrus aux élus locaux, constituent aussi un attrait de taille pour les candidats aux ambitions plus locales. C'est le cas de Luis Miranda, l'actuel maire de l'arrondissement d'Anjou qui, après avoir quitté l'équipe de Gérald Tremblay, a décidé de créer sa propre formation politique et présentera cinq candidats dans Anjou. «Avec la loi 33, on est allés chercher le contrôle sur 80 % de nos services de proximité. Moi, ce qui m'intéresse, c'est la qualité de vie à l'échelle locale pour mes citoyens», indique-t-il.

«Personnellement, j'aurais préféré ne pas avoir de parti politique», explique pour sa part Jeremy Searle, qui a fondé, l'hiver dernier, le Parti de l'arrondissement de Côte-des-Neiges-Notre-Dame-de-Grâce (CDN-NDG) où il espère être élu maire. «Mais rares sont ceux qui ont gagné leurs élections comme candidats indépendants», ajoute-t-il. À l'instar de Luis Miranda, il sera entouré de cinq candidats qui brigueront les postes de conseillers. Mais contrairement au maire de l'arrondissement d'Anjou, il entend proposer aux électeurs un candidat à la mairie de Montréal même s'il admet d'emblée qu'il s'agira d'un «poteau», terme tiré du jargon politique pour qualifier les candidats qui n'ont pas de réelle ambition d'être élus. Pour lui, il importe d'offrir une alternative aux deux principaux candidats à la mairie.

D'autres partis se sont découverts des intérêts hors des frontières de leur arrondissement. Née dans le centre-ville, l'Équipe Ville-Marie compte, pour l'instant, sept candidats. Dirigée par Louise O'Sullivan, la formation a recruté des candidats disséminés dans les arrondissements de CDN-NDG, du Plateau-Mont-Royal et de Rivière-des-Prairies-Pointe-aux-Trembles.

C'est donc une campagne électorale parallèle qui se dessine dans les arrondissements, à l'ombre des trois principaux partis engagés dans une lutte pour la mairie de Montréal.