L'ex-maire de Boisbriand sort de son mutisme

L'ex-maire de Boisbriand a décidé de sortir de son mutisme pour nier les allégations de l'homme d'affaires Jean-Guy Mathers qui l'accuse de tentative d'extorsion. Dans la déclaration publique qu'il a faite hier, Robert Poirier a exigé de M. Mathers qu'il se rétracte et a réclamé une enquête du ministère des Affaires municipales sur le dossier.

Plus d'un mois après sa démission, le maire Poirier a convoqué les médias hier pour livrer sa version des faits dans cette affaire. «Je n'ai jamais demandé de compensation personnelle, en argent ou en bien matériel», a indiqué d'entrée de jeu M. Poirier. L'ex-maire reconnaît avoir mené, au cours des quatre dernières années, des négociations avec M. Mathers qui désirait que la Ville procède à un changement de zonage afin de lui permettre d'agrandir la carrière qu'il exploite.

Il affirme que huit ententes ont pu être conclues avec M. Mathers, dont quatre devaient être approuvées par le conseil municipal avant de procéder au changement de zonage. Ces ententes prévoyaient notamment que le Groupe Mathers cède, pour la somme de un dollar, un terrain à l'organisme sans but lucratif qui gère un projet de complexe de baseball, qu'il lui fournisse de la pierre concassée, de l'asphalte et du ciment et qu'il vende à la Ville de Boisbriand l'ancienne carrière désaffectée de la Rivière-Cachée. Selon M. Poirier, M. Mathers se serait également engagé à ne pas exploiter la zone agrandie de sa carrière avant dix ans.

Robert Poirier a demandé aux citoyens de l'excuser d'avoir fait confiance à Jean-Guy Mathers: «J'avais sincèrement cru qu'à 78 ans, il aurait été, pour une fois, honnête dans ses négociations.» Il a profité de l'occasion pour écorcher au passage deux conseillers municipaux, Pierre-Marc Gendron et Robert Frégeau, qui, à la suite de sa démission, ont «alimenté les mêmes informations que M. Mathers.»

Rappelons que lorsqu'il a remis sa démission le 12 juillet dernier, Robert Poirier avait rendu publique une lettre de Jean-Guy Mathers dans laquelle celui-ci écrivait: «J'aurais fait un bout de chemin si vous vous étiez limité à demander des produits et services à des fins municipales, mais je m'oppose à contribuer à votre enrichissement personnel». M. Mathers faisait alors référence à une présumée demande de M. Poirier qui aurait exigé une importante somme d'argent ainsi qu'une maison en échange du changement de zonage. L'ex-maire a indiqué hier avoir demandé à M. Mathers de ne pas se porter acquéreur de la propriété en question car il était lui-même intéressé à l'acheter. «J'avais demandé à M. Mathers de ne pas mêler les dossiers municipaux avec mes affaires personnelles», a-t-il précisé.

Robert Poirier a réclamé hier que M. Mathers retire ses paroles et que le ministère des Affaires municipales mène une enquête sur l'agrandissement de la carrière. Mais après avoir lu sa déclaration, M. Poirier a refusé de répondre aux questions des journalistes et a quitté les lieux sans autre commentaire.

L'escouade des crimes économiques de la SQ a ouvert une enquête et examine toujours la possibilité de porter des accusations, mais à l'hôtel de ville, on ignorait hier ce qu'il était advenu des enregistrements de conversations entre M. Poirier et M. Mathers.