Rapport de la vérificatrice générale - Des dizaines d'employés de Montréal errent d'un travail à l'autre

Près de 170 employés de la Ville de Montréal, dont les postes ont été abolis au cours des dernières années, n'ont pu être réaffectés à d'autres fonctions et quinze cadres administratifs sont dans cette situation depuis sept ans, a révélé hier le vérificateur de la Ville de Montréal, Michel Doyon, en rendant public son rapport pour l'année 2004. Ces employés ne se tournent pas les pouces, assure le vérificateur, mais la Ville devrait, sans délai, voir à ce que leurs compétences soient plus judicieusement utilisées, selon lui.

Le vérificateur Michel Doyon s'est intéressé au cas particulier des cadres administratifs qui, bien qu'ils bénéficient d'un statut d'employé permanent, sont «en disponibilité hors structure», selon le jargon administratif, c'est-à-dire qu'ils n'ont pas été réaffectés à un autre poste. Ils sont 56 à être dans cette situation, ce qui représente pour la Ville une dépense de 6,3 millions de dollars par année en salaires et avantages sociaux.

De ce nombre, quinze sont en disponibilité depuis en moyenne sept ans, une durée que trouve exagérée le vérificateur général. «On peut douter de l'efficacité des mesures qui ont été utilisées jusqu'à ce jour pour régler ces cas», a souligné hier M. Doyon.

Le statut nébuleux de ces employés ne signifie pas pour autant que ceux-ci se tournent les pouces aux frais des contribuables, soutient M. Doyon. Même s'ils n'ont pas de mandat précis, ces employés accomplissent des tâches que leur assigne leur supérieur hiérarchique, mais il demeure que leurs compétences ne sont pas exploitées comme elles le devraient. «Il faut se rappeler que le salaire de ces employés est à la charge du service dont ils sont issus. Même s'ils ne peuvent pas lui donner un poste comme tel, c'est dans leur intérêt de leur donner des travaux productifs pour la Ville. La vérification n'a pas constaté de situations où ces gens-là étaient assis à ne rien faire», a précisé M. Doyon. Il recommande donc à la Ville de Montréal de revoir les mesures incitatives visant à réaffecter ces employés à d'autres postes au sein de l'administration ou d'en choisir de plus «énergiques».

Le président du comité exécutif de la Ville, Frank Zampino, s'est empressé de nuancer ces données. Les 169 employés en disponibilité représentent environ 1,2 % du total des effectifs de la Ville. «Ce n'est pas majeur, surtout si l'on considère que c'est une ville qui vient de traverser quatre ans de transition et de réorganisation», a-t-il fait valoir.

À la suite des fusions, ajoute-t-il, le nombre de ces cas a sensiblement diminué. «Globalement, depuis que nous avons pris en main les destinées de la nouvelle ville, on a réduit le nombre d'employés en disponibilité d'environ 450, en 2002, pour le ramener aujourd'hui à environ 150. La plupart de ces employés sont déjà aujourd'hui affectés à des postes», a-t-il précisé.

Le rapport du vérificateur a également révélé que les systèmes informatiques de la Ville comportaient de nombreuses failles qui les rendent vulnérables au piratage. Il note que les accès à distance de son réseau sont mal contrôlés et que la gestion des codes d'utilisateurs et des mots de passe pour accéder au réseau sont déficientes. Découvrir les mots de passe d'un échantillon d'utilisateurs s'est d'ailleurs avéré un jeu d'enfant pour l'expert embauché par le vérificateur pour tester la sécurité du réseau. À l'aide d'un logiciel utilisé par les pirates informatiques, il a découvert 2161 des 2643 mots de passe, dont 1976 en moins d'une minute. Bien que la Ville n'ait pas été victime d'attaques informatiques au cours des dernières années, le vérificateur presse l'administration de prendre les mesures nécessaires pour protéger son réseau avant qu'il ne soit trop tard.

L'administration municipale a pris bonne note de ces commentaires et affirme qu'elle a déjà entrepris de sécuriser son réseau informatique. «Tous les systèmes les plus névralgiques, comme ceux du service des finances, de la Cour municipale et de la sécurité publique, incluant le Service de police, sont constamment protégés pour minimiser les risques d'intrusion», a indiqué Frank Zampino. La Ville a d'ailleurs mis sur pied, l'automne dernier, un comité de sécurité qui a déjà déposé un projet de politique sur la sécurité. Elle travaille également sur un projet de système intégré de gestion informatique qui simplifiera la gestion des opérations à la Ville et se dotera, dans quelques mois, d'un plan directeur en informatique.