Montréal ouvre son centre-ville au vélo

N'en déplaise aux gens d'affaires, la Ville de Montréal a l'intention d'aménager 20 kilomètres de voies cyclables au centre-ville d'ici trois ans. Selon le plan dévoilé hier, les cyclistes disposeront d'une piste sur le boulevard de Maisonneuve et partageront les voies réservées du boulevard René-Lévesque avec les autobus et les taxis.

Après une année d'études et de consultations réalisées de concert avec Vélo-Québec, la Ville de Montréal a accouché d'un ambitieux projet comportant cinq nouveaux liens cyclistes au centre-ville qui s'inscrivent dans le prolongement des pistes existantes. La majorité de ces aménagements seront permanents. L'administration estime que leur réalisation nécessitera des investissements de cinq millions de dollars, dont 1,5 million a déjà fait l'objet d'un règlement d'emprunt, a indiqué hier Claude Dauphin, responsable du dossier des transports au comité exécutif, lors d'une conférence de presse à l'hôtel de ville.

Dès cette année, la Ville procédera au prolongement des pistes de la rue Clark, vers le sud, et de celles de la rue Cherrier, qui vont vers l'est, jusqu'à l'université McGill. Elle prévoit également aménager des voies cyclables sur la rue Peel, entre le canal de Lachine et le boulevard de Maisonneuve, ainsi qu'une piste en site propre sur la rue de la Commune ainsi que des voies de part et d'autre de la rue Wellington, dans l'arrondissement du Sud-Ouest.

En 2006

Pour 2006, la Ville a élaboré deux importants projets dont les détails restent à préciser. Elle propose d'aménager deux bandes cyclables de part et d'autre du boulevard de Maisonneuve, de la rue Berri jusqu'à la piste cyclable de l'arrondissement de Westmount. Cet aménagement entraînerait l'élimination de tous les espaces de stationnement du côté nord du boulevard alors que, du côté sud, les vélos rouleraient entre la rangée de voitures stationnées et les voies de circulation automobile. Claude Dauphin a toutefois été incapable hier de préciser le nombre d'espaces de stationnement qui disparaîtraient.

Dans le cas du boulevard René-Lévesque, la Ville a opté pour une autre formule. Ainsi, les autobus, les taxis et les vélos devront se partager les voies réservées dans les deux directions. Celles-ci devront toutefois être élargies afin de permettre une meilleure cohabitation entre les usagers et occuperont une bande d'une largeur de quatre mètres et demi au lieu de trois, comme c'est le cas actuellement.

Claude Dauphin affirme que ces deux projets pourraient faire l'objet de modifications, plus particulièrement dans le cas des voies cyclables sur le boulevard de Maisonneuve puisqu'elles devront s'intégrer au futur plan de réaménagement de l'ensemble de cette artère.

Vélo-Québec, qui avait reçu de la Ville le mandat de réaliser un plan d'action pour le centre-ville, est enchanté des engagements de l'administration Tremblay. Le directeur général de l'organisme, Jean-François Pronovost, fait preuve de beaucoup d'optimisme quant à l'effet qu'auront ces aménagements sur le nombre de cyclistes qui fréquentent le centre-ville. «On se dit qu'on pourrait atteindre 100 000 personnes de plus avec ces mesures alors qu'actuellement, il y a entre 5000 et 10 000 déplacements à vélo par jour à destination du centre-ville», dit-il.

Gens d'affaires

Les gens d'affaires et les commerçants n'affichent pas le même enthousiasme devant ce projet. Il y a un peu moins d'un mois, le directeur général de la société de développement commercial Destination centre-ville, André Poulin, avait exprimé de sérieuses réserves à l'endroit de ces projets de voies cyclables, estimant que le centre-ville n'est pas un «terrain de jeu» et que la congestion automobile que ces nouvelles pistes occasionneront nuira au dynamisme économique du centre-ville. Selon lui, les travailleurs qui se rendent au centre-ville à vélo constituent une minorité. «Est-ce qu'on doit investir des millions de dollars pour une population qui est somme toute réduite, surtout en hiver?», demande-t-il.

Selon lui, la Ville devra être plus sévère envers les cyclistes délinquants et faire respecter la réglementation: «Il y a une façon de faire en sorte qu'on puisse cohabiter et que ce soit harmonieux, mais on dirait qu'on veut forcer l'antagonisme. On n'est pas contre, mais qu'on nous parle, et on va trouver des solutions.»

Claude Dauphin a affirmé hier que la réalisation de ce plan se faisait en étroite collaboration avec les arrondissements concernés, notamment ceux du Plateau Mont-Royal et de Ville-Marie, qui englobe le territoire du centre-ville. «Tout se fait de concert avec les arrondissements. L'aménagement de nouvelles voies cyclables est de la compétence de la ville centrale, leur entretien est de la compétence des arrondissements. Mais dans la vraie vie, tout se fait en concertation avec les arrondissements»,

a-t-il précisé.

Ces propos étonnent Martin Lemay, maire de l'arrondissement de Ville-Marie et membre du parti d'opposition, qui dit ne pas avoir été consulté ni avisé des tracés choisis, pas plus qu'on l'a invité à la conférence de presse d'hier, bien qu'il ait toujours été d'accord avec le principe de pistes cyclables au centre-ville. «Tout ça se fait derrière des portes closes alors que ça aura des impacts majeurs au centre-ville. Je trouve ça un peu malheureux que les élus locaux n'aient pas été mis dans le coup», a-t-il déploré, voyant dans cette attitude de la Ville une manoeuvre à saveur préélectorale.