Convention collective: les cols bleus iront en appel

Le président du syndicat des cols bleus, Michel Parent, en compagnie d’Henri Massé.
Photo: Jacques Nadeau Le président du syndicat des cols bleus, Michel Parent, en compagnie d’Henri Massé.

Le syndicat des cols bleus a annoncé hier qu'il porterait en appel le jugement qui a validé mercredi la sentence de l'arbitre Gilles Lavoie, qui fait office de première convention collective des cols bleus de l'île de Montréal.

Du même souffle, le président de la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ) Henri Massé a solennellement demandé au maire de Montréal de mettre la sentence arbitrale de côté, de faire fi des recours judiciaires et de retourner à la table de négociation.

Mais la Ville de Montréal, en après-midi hier, par la voix de son directeur des relations professionnelles Jean-Yves Hinse, a refusé comme par le passé cette proposition du syndicat des cols bleus. M. Hinse a précisé que la Ville est toutefois prête à négocier les 17 points que la sentence Lavoie prévoit renvoyer au niveau des arrondissements, comme la sous-traitance, les affectations, les horaires de travail, les vacances et les heures supplémentaires. De plus, M. Hinse a dit que la Ville est prête à débattre du remplacement de certaines des quelque 800 lettres d'entente annulées par l'arbitre.

Déception

À propos de la décision rendue mercredi par le juge Maurice Lagacé, qui a refusé d'invalider la sentence arbitrale Lavoie comme le demandaient les cols bleus, le président du syndicat Michel Parent s'est dit «amèrement déçu». Rappelons que le juge Lagacé, sur un ton cinglant, a reproché aux cols bleus d'avoir adopté, depuis le début des négociations avec la Ville, un «plan de match» transpirant l'intransigeance, stratégie qui a conduit à «piéger l'arbitre». Le juge soutient que, malgré tout, l'arbitre a réussi à rendre la «décision la plus équitable» possible.

M. Parent estime toutefois que les cols bleus ont des «points de droit forts» que le juge Lagacé n'a pas voulu voir. Premièrement, la convention devait avoir une durée d'au plus trois ans, comme le Code du travail le prescrit, «alors que l'arbitre en a défini une pour six ans». Sur ce point, le syndicat s'est dit prêt à aller jusqu'en Cour suprême et ce, «même si la Ville mettait aux poubelles la sentence», parce qu'il faut selon lui éviter à tout prix qu'elle fasse jurisprudence.

Deuxièmement, le syndicat prétend que, selon la charte de la Ville, «aucun employé ne doit subir de baisse de traitement à la suite de la fusion»; or, au dire du syndicat, «des centaines de membres risquent de perdre des milliers de dollars par année». Henri Massé fait remarquer que les autres groupes d'employés ont eu 11,7 % d'augmentation: «Pourquoi les cols bleus devraient-ils se contenter de 2,6 %?»

Les cols bleus «se sont fait voler» dans ce processus, a affirmé M. Massé, «et le maire le sait très bien». Le conseiller au SCFP Michel Fontaine a déclaré: «R'garde, ils n'ont pas le droit de spolier comme ça nos membres», ajoutant ensuite que le régime d'assurance des cols bleus était en faillite en raison de la sentence Lavoie.

Devant le refus de la Ville de jeter au panier la sentence arbitrale, les cols bleus vont-ils passer en mode «moyens de pression»? Les porte-parole du syndicat ont répété hier ce qu'il disent depuis plusieurs semaines: que la sentence, de toute façon, était «inapplicable» et instaurait un climat de travail «insupportable pour nos membres», fondé sur le «non-respect catégorique des employés cols bleus». Ces derniers, actuellement, «se contiennent» et rendent malgré tout les services à la population. «Pendant le travail, il est difficile d'exercer des moyens de pression, mais il y a un paquet de choses que vous pouvez faire en dehors de ces heures», a toutefois indiqué M. Parent.