Percé maintient sa redevance touristique malgré la grogne

Certains commerçants trouvent illogique de devoir percevoir la redevance à l’année. La mairesse de Percé se dit «ouverte» à réviser sa réglementation pour l’améliorer, mais «nous n’allons pas faire de moratoire ni suspendre son application».
Renaud Philippe Archives Le Devoir Certains commerçants trouvent illogique de devoir percevoir la redevance à l’année. La mairesse de Percé se dit «ouverte» à réviser sa réglementation pour l’améliorer, mais «nous n’allons pas faire de moratoire ni suspendre son application».

Malgré le mécontentement suscité par l’application d’une redevance touristique dont la perception incombe aux commerçants, la mairesse de Percé, Cathy Poirier, maintient le cap et défend son nouveau règlement, convaincue qu’il profite à l’ensemble de son village.

Depuis dimanche, 1 $ s’ajoute à la facture des touristes pour chaque transaction de 20 $ et plus effectuée dans les commerces de Percé. Le montant recueilli doit servir à l’expansion et à l’entretien des infrastructures touristiques sous l’égide de la municipalité, visitée par un demi-million de touristes chaque année.

« Toutes les administrations précédentes ont tenté de trouver des solutions pour équilibrer cette responsabilité-là », maintient Cathy Poirier. L’entretien des 6 haltes, du bureau d’information touristique, des 11 blocs sanitaires, des 72 km de sentier pédestre et des 250 poubelles au quotidien coûte annuellement 800 000 $ à Percé, dont le budget n’atteint pas 8 millions de dollars.

« Ces 800 000 dollars-là incombaient entièrement aux résidents », souligne Mme Poirier. C’est pour donner un peu d’oxygène aux finances de la Ville qu’elle a invoqué l’article de loi 122, qui permet aux villes d’accroître leur autonomie en leur accordant le pouvoir d’exiger des redevances réglementaires.

L’administration municipale espère récolter 1,5 million de dollars par année grâce à cette nouvelle perception. Selon la mairesse, la redevance constitue la meilleure solution pour alléger le fardeau que Percé doit porter pour accueillir convenablement ses visiteurs.

« Nous aurions pu augmenter les taxes commerciales, ajoute Mme Poirier. Elles rapportent environ 830 000 $ par année présentement ; il aurait fallu les doubler pour aller chercher notre budget. » L’administration a vite abandonné l’idée, inquiète que les commerçants hésitent à s’installer à Percé en raison de la taxation plus élevée qu’ailleurs.

Fronde des commerçants

Ce sont pourtant les commerçants qui mènent la fronde contre la nouvelle redevance. Responsables de la percevoir, ils interrogent sa légalité et s’inquiètent de voir la Ville s’arroger le droit de consulter leur livre comptable pour s’assurer qu’ils perçoivent et redonnent les sommes recueillies.

« Si nous faisons des règlements sans pouvoir de sanction, ils sont bidon, poursuit Mme Poirier. Avant d’aller dans les livres, nous allons poser des questions. Nous ne voulons pas jouer à la police [avec nos commerçants] ; nous voulons les aider. »

Certains se demandent pourquoi la redevance ne s’applique pas qu’aux industries qui profitent le plus des touristes, comme l’hôtellerie et la restauration. « Nous ne voulions pas cibler un secteur plus qu’un autre », réplique la mairesse, ajoutant agir selon un principe d’« équitabilité ».

D’autres trouvent illogique de devoir percevoir la redevance à l’année puisque seulement 15 000 touristes visitent Percé en hiver. Pourquoi, s’interrogent plusieurs commerçants, les Gaspésiens vivant à quelques kilomètres du village doivent-ils eux aussi la payer ?

La mairesse de Percé se dit « ouverte » à réviser sa réglementation pour l’améliorer. « De toute évidence, un règlement, ça se modifie », lance-t-elle. Sur le principe de la redevance, toutefois, elle demeure immuable : « Nous n’allons pas faire de moratoire ni suspendre son application. »

La SEPAQ, responsable du parc national de l’Île-Bonaventure-et-du-Rocher-Percé, a aussi fait part de ses réserves à la Ville. Les discussions se poursuivent entre les deux entités, explique la mairesse. Le principal point en litige concerne la manière de percevoir la redevance réglementaire lorsque les touristes disposent d’un laissez-passer annuel, précise-t-elle.

Rencontre houleuse

Percé devient une des premières localités à diversifier son pouvoir de perception en vertu de la loi visant à reconnaître que les municipalités sont des gouvernements de proximité, adoptée en 2017.

Le monde municipal, maintient la mairesse, soutient sa démarche. « Beaucoup de destinations nous regardent en disant : “c’est fantastique” », ajoute-t-elle, en soulignant que l’Union des municipalités du Québec a aussi manifesté son appui à une redevance qui donne plus d’autonomie à Percé.

Mardi, une rencontre houleuse a eu lieu à l’hôtel de ville de Percé entre une soixantaine de citoyens mécontents et l’administration municipale. La mairesse dit avoir entendu leurs doléances, mais estime avoir la légitimité nécessaire pour aller de l’avant.

« Nous avons fait exprès pour présenter notre projet de règlement avant l’élection du 7 novembre, souligne Mme Poirier. Nous ne voulions pas sortir ça de notre chapeau après que les gens ont pu se prononcer. »

Elle n’exclut pas que le montant recueilli grâce à la redevance permette à la municipalité de consentir à « une légère baisse de taxes », au bénéfice, conclut-elle, de ses 3000 résidents.

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