De nouvelles pommes de discorde à Potton

«Industries bruyantes ou inesthétiques», «protection des espaces sauvages», «véhicules récréatifs motorisés»: les sujets de discorde sont nombreux à Potton, en Estrie, d’abord entre les personnes domiciliées et non domiciliées, selon une vaste consultation publique menée à la demande de la municipalité à l’approche des élections.

La méfiance est telle dans le canton qu’un résident sur deux doute qu’il retrouverait son portefeuille « avec tout son contenu » s’il l’égarait dans la municipalité de près de 2000 personnes, indique le rapport d’une quarantaine de pages garni de tableaux consulté par Le Devoir.

Le fondateur du Musée d’art singulier contemporain (M.A.S.C), Patrick Cady, s’explique mal l’importance des quatre-roues et des motoneiges dans les habitudes de déplacement des personnes établies à Potton depuis des lustres. « Je comprends qu’ils aient envie de s’amuser, mais, en même temps, il faut quand même respecter le jardin des autres », dit-il sur le parvis de l’ancienne église de Mansonville, qu’il a acquise. L’établissement abrite une collection de tableaux, de dessins, de sculptures dont l’« expression est très intense ». « Il y a des gens à qui ça fait peur », précise-t-il, tout en se désolant du faible appui donné par la municipalité au M.A.S.C. « On est bien avec tout le monde. On ne se connaît pas d’ennemis. Mais, on n’est pas aidés, on n’est pas soutenus », poursuit le titulaire d’une maîtrise en lettres et d’un doctorat en psychologie clinique et psychanalyse de l’Université de Paris VII.

Patrick Cady croise les doigts afin que la « paix entre les locaux et ceux qui arrivent de Montréal » succède à la « tension » des dernières années dans le Canton de Potton, dont le chef-lieu, Mansonville, est membre du réseau des Cœurs villageois.

Olga a, elle, mis les pieds pour la première fois à Potton il y a environ 15 ans. « On fait du ski l’hiver. On joue au golf l’été. C’est super ! » dit la dame après avoir tourné le dos à sa Mini Cooper blanche, au pied du mont Owl’s Head. « On aimerait voir un peu plus de vie, de restaurants, etc. », ajoute-t-elle, tout en faisant remarquer que le mont Owl’s Head n’est pas le mont Tremblant.

Changer

Janet reproche aux citadins, qui sont attirés à Potton par la montagne Owl’s Head ou encore le lac Memphrémagog, de bousculer les habitudes de la communauté. « À leurs yeux, nous ne sommes pas assez proactifs, nous n’avons pas suffisamment de choses modernes dans les environs », dit la femme, en anglais, tout en cassant la croûte sous une pluie de glands de chêne. « Ils sentent le besoin de nous changer, mais nous ne sentons pas le besoin de changer », insiste-t-elle.

Lorette craint que le scrutin de dimanche empire les choses. Comme Janet, elle est née et a grandi dans le Canton de Potton, connu pour sa grange ronde. Comme Janet, elle s’impatiente des hauts cris poussés par les villégiateurs au son des camions, des véhicules tout-terrains (VTT) ou encore des coups de feu provenant du champ de tir de la Mansonville Rifle Association inc. « On veut habiter en campagne, mais on veut que ce soit comme en ville. Fait que, ça ne marche pas », lance la femme vêtue d’une chemise à carreaux. « Tu es à la campagne… “tough luck” ! » ajoute-t-elle tout en balayant sa galerie, où des bacs à fleurs côtoient des guirlandes de lumières de Noël.

La part des choses

Donald tente de faire la part des choses entre les deux « gangs », c’est-à-dire les « locaux » d’une part, et les « expatriés », qui envahissent la montagne Owl’s Head chaque week-end, d’autre part.

« Le gars, il se sert de son VTT pour transporter son bois de chauffage, c’est correct. Le gars, il se sert de son VTT pour faire des beignes et brûler du gaz, ce n’est pas correct », juge l’ex-Montréalais, qui coule une retraite (plus ou moins) paisible dans un « beau petit chalet avec vue sur Jay Peak ». Mais comment encadrer l’utilisation du VTT ? Par règlement municipal ? demande-t-il au milieu d’un petit parc au cœur de Mansonville.

Cela dit, les propriétaires de résidence secondaire ne sont pas blancs comme neige, poursuit Donald. « Les gens de la montagne arrivent avec leur gros christ de VUS Mercedes. Ils le parquent en avant du marché et laissent tourner le moteur pendant leur épicerie. Eux autres, brûler du gaz, ça ne les dérange pas non plus », fait-il valoir, ayant l’impression d’être pris entre deux feux. « Il y a un “clash”, c’est certain. »

Le maire sortant, Michael Laplume, a d’ailleurs évoqué dans Le Reflet du Lac, « votre média d’ici », « une écœurantite aiguë de ces conflits qui nous rendent la vie impossible » pour justifier sa décision de ne pas solliciter un nouveau mandat.

Les trois candidats à sa succession — Bruno Côté, Stansje Plantenga et Louis Veillon — ont des vues différentes, notamment sur le développement de la municipalité.

À un jet de pierre de l’hôtel de ville, Luc se désole de l’absence d’« un groupe [privilégiant] le compromis » dans le paysage politique de Potton. La prochaine administration devra utiliser la « masse d’argent » dans les coffres de la municipalité sans s’aliéner ni les personnes domiciliées ni les personnes non domiciliées, à l’origine de la majorité des revenus de la municipalité, estime le professeur de biologie à la retraite.

Un autre électeur, qui a accepté d’échanger avec Le Devoir à condition de ne pas être nommé, se fait plus clair. Après avoir dépensé « beaucoup d’argent pour les enfants » (plus de 1,5 million de dollars) dans une patinoire couverte, il est temps d’aménager des courts de tennis, lance-t-il avant de mettre les gaz vers le mont Owl’s Head.

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