Des appels d'offres majeurs sont lancés ce matin - Montréal s'attaque aux problèmes de l'eau potable

L’eau de Montréal serait saine. On ne peut pas en dire autant du réseau d’aqueduc, qui a besoin d’une mise à niveau.
Photo: Jacques Grenier L’eau de Montréal serait saine. On ne peut pas en dire autant du réseau d’aqueduc, qui a besoin d’une mise à niveau.

Des compteurs d'eau dans l'industrie et les institutions, la «mise aux normes» de plusieurs usines d'épuration et une nouvelle évaluation du réseau d'aqueduc assisté par ordinateur: Le Devoir a appris que Montréal annoncera ce matin des appels d'offres majeurs dans chacun de ces trois domaines reliés à l'eau. C'est Alan DeSousa, responsable du développement durable au comité exécutif, et Frank Zampino, président du même comité, qui procéderont à ces annonces totalisant près de 30 millions de dollars et visant à commencer à corriger d'énormes problèmes dans la gestion de l'eau à Montréal.

Aqueducs

On le sait, le réseau d'aqueduc métropolitain est en piteux état. Cela causerait des fuites importantes estimées à 40 % de l'eau traitée pour l'ensemble du territoire. L'hiver dernier, déjà, d'inquiétants bris de conduites sont survenus. En fait, comme l'a exposé un rapport effectué par le consortium SNC-Lavalin/Dessau-Soprin, rendu public en février 2003, le tiers de ces conduites aurait atteint le terme théorique de leur vie utile, tout comme 3 % du réseau d'égout. Et d'ici vingt ans, si rien n'est fait, 67 % du réseau d'aqueduc et 15 % des égouts seront périmés. «Notre eau est saine, ce sont nos tuyaux qui sont malades», avait déclaré Alan DeSousa à l'époque.

Ce matin, M. DeSousa annoncera d'importants travaux visant à établir une évaluation approfondie de l'état des conduites. «Il y a de l'auscultation qui a été faite. Mais là on va aller plus loin. Il faut vraiment être plus précis encore. Et ça nous prend un système de gestion de données pour comptabiliser tout ça et gérer ça en continu», explique Réjean Lévesque, directeur de la Station de traitement des eaux usées et responsable du Groupe de développement de la gestion de l'eau. Ce nouveau système permettra d'établir le «déficit d'entretien» pour chacune des conduites en intégrant des données sur l'âge des tuyaux et la date d'installation, et ce, en rapport avec la durée de vie utile connue en Amérique du Nord. Ainsi, selon M. Lévesque, «nous allons maintenant gérer nos actifs avec une précision inédite et d'une manière plus intégrée que jamais». Il note au passage que «certaines anciennes villes n'ont pas fait grand-chose» en ces matières dans les dernières décennies. Et les villes reconstituées? Les défusions n'auront probablement pas d'impact en ces matières, puisque les égouts et les aqueducs relèveront de l'agglomération, donc de la ville centre, une fois que les municipalités seront reconstituées, en janvier 2006.

Usines

Concernant les usines d'épuration, l'annonce de ce matin répondra en partie aux inquiétudes exprimées par la vérificatrice générale du Québec, Doris Paradis, dans son dernier rapport, au sujet des retards dans la mise aux normes des usines de traitement de l'eau potable, fixée par le gouvernement à 2007. Alan DeSousa avouait en décembre dernier qu'il était impossible pour Montréal d'atteindre cet objectif de 2007 et qu'il aurait besoin d'au moins une décennie pour le faire. Ce matin, il devrait annoncer des études de préfaisabilité ainsi que des travaux préliminaires aux usines Atwater et Des Baillets. «Mais d'autres usines seront aussi revampées», a déclaré une source.

Pour ce qui est des compteurs d'eau, l'appel d'offres de ce matin, qui touche leur achat et leur installation, concrétise ce que l'administration Tremblay avait annoncé en novembre dernier, soit que tous les commerces, institutions et industries (ICI) de la métropole en seraient dotés d'ici cinq ans. Les résidences ne sont donc pas touchées. Déjà, dans sept arrondissements sur 28, les immeubles non résidentiels sont dotés de tels compteurs. Par ailleurs, les résidences de 11 arrondissements en ont.

André Porlier, du Conseil régional de l'environnement de Montréal, se réjouissait hier que la Ville aille enfin de l'avant avec l'installation de ces compteurs ICI, «car beaucoup d'eau est actuellement gaspillé dans la réfrigération et la climatisation», dit-il. En effet, Le Devoir révélait en octobre 2003 qu'à Montréal, des milliards de litres d'eau étaient gaspillés entre autres parce que seuls 8000 des 22 000 industries, commerces et institutions étaient équipés de compteurs d'eau.

Syndicat

Le porte-parole du Syndicat professionnel des scientifiques à pratique exclusive de Montréal, Robert Millette, disait hier que son organisme avait réclamé qu'une plus grande partie de ces grands travaux se fasse à l'interne: «La Ville va participer, mais je crains que ce ne soit pas dans la mesure où on l'aurait souhaité. Par exemple, les firmes qui vont emporter l'appel d'offres vont être maîtres d'oeuvre de tout ça. Va-t-on pouvoir être critique face à leur travail?» M. Millette se demande aussi si les services de la Ville auront assez de ressources pour bien superviser les contracteurs. «Quand on a rencontré l'employeur cet été, il nous a promis qu'on aurait tout ce qu'il faut. C'est ce qu'on va voir demain [ce matin].»