Logement social - La SHQ refuse un projet de coopérative dans Villeray

Les locataires de Villeray voient le seul projet de logement social du quartier leur filer entre les mains à cause des normes du gouvernement québécois. La Ville de Montréal juge que ces critères de financement ne correspondent plus à la réalité montréalaise des coûts de construction.

Le projet de coopérative d'habitation La collective a été refusé vendredi dernier par la Société d'habitation du Québec (SHQ) parce que la réserve pour imprévu était jugée insuffisante. C'est que les soumissions reçues le mois dernier dépassaient d'au moins 30 % les prévisions.

En abandonnant le projet de 53 unités, d'une valeur totale de 8,1 millions, le gouvernement dit aussi adieu aux 440 000 $ déjà investis, notamment pour un acompte sur le terrain. «Le PLQ et le ministre Fournier [responsable des Affaires municipales] doivent prendre leurs responsabilités et dire aux fonctionnaires qu'il est illogique de laisser tomber un projet aux retombées concrètes pour un quartier aux indicateurs de pauvreté élevés», déclare Bénédicte Guillard, coordonnatrice de l'Association des locataires de Villeray qui pilote le projet.

Une première

La Ville de Montréal, normalement responsable de l'approbation des projets, avait pourtant donné le feu vert, après avoir délié les cordons de sa bourse pour augmenter sa part de subvention, vu les coûts importants de décontamination du terrain et de recyclage d'un bâtiment. Mais la SHQ, qui a le dernier mot, estime qu'il manque toujours 250 000 $ pour que le projet soit viable. «Cela peut paraître beaucoup, mais sur 8,1 millions, c'est presque rien», plaide Mme Guillard. C'est la première fois que la SHQ bloque ainsi un projet qui avait obtenu l'aval de la Ville.

«Les normes de la SHQ ne reflètent pas du tout les coûts de construction à Montréal, qui sont beaucoup plus élevés qu'à Québec ou Trois-Rivières», fait valoir la porte-parole de l'administration montréalaise, Katleen Lévesque, en soulignant l'importance des coûts de décontamination, de construction et la spéculation foncière. La Ville a d'ailleurs déjà fait des représentations auprès de Québec pour que le programme soit bonifié.

«Nous sommes déçus, nous avons mis beaucoup d'efforts. Mais on ne baisse pas les bras. Nous sommes en mode de recherche de solution», poursuit Mme Lévesque, reconnaissant que le projet était fort complexe à mener. Il serait peut-être possible de revoir le montant payé pour le terrain ou les loyers assumés par les locataires.

Pas si vite, réplique le vice-président à la gestion des programmes de la SHQ, René Dionne, qui rappelle que les loyers fixés dans le cadre du programme de logement abordable ne doivent pas dépasser un certain montant. Il estime que le projet de la Collective coûterait 148 000 $ par unité, alors que le coût moyen de réalisation est de 104 000 $ par porte.

Quant aux récriminations de la Ville sur les normes de financement, M. Dionne souligne que les ajustements ne se «font pas sur la base d'un seul projet mais bien de statistiques générales». Les montants ont d'ailleurs été ajustés à deux reprises depuis 2002.