Que les vrais Wesmountais se lèvent!

«Je demanderais aux vrais habitants de Wesmount de se lever» : c'est ce qu'a réclamé un participant hier, en pleine assemblée publique sur les défusions, animée par le maire Gérald Tremblay, dans cet arrondissement symbole de la lutte à la «mégacité». Le citoyen voulait ainsi prouver que la salle avait été «remplie par les fonctionnaires de la villes» et autre «personnel du megamayor» qui applaudissaient le plus possible ses interventions. «Ce n'est pas une très bonne façon de dépenser les fonds publics», a-t-il dit. (Mais plus des trois quarts des quelque 80 personnes présentes se sont levées.)

L'incident donne une bonne idée de l'atmosphère de méfiance dans laquelle s'est déroulée l'assemblée dans ce «terrain ennemi» ; la plus difficile que le maire, selon l'aveu même de son entourage, a dû affronter depuis le début de sa tournée. «Les gants sont tombés, ce sont les éliminatoires», selon l'analogie utilisée par un westmountais présent, Henry Olders.

À l'entrée du maire vers 19h00, dans le sous-sol de la petite église orthodoxe Holy Trinity Serbian, sur la rue Melville, au moins deux personnes présentes ont refusé de lui serrer la main. Une autre distribuait des tracs pro-défusion. Dès les premières minutes de son exposé, le maire a été interrompu à plusieurs reprises, notamment par Don Wedge, un journaliste à la retraite et militant très actifs dans Westmount contre les fusions. M. Wedge était appuyé par d'autres participants qui refusaient d'obtempérer aux appels à l'ordre du modérateur, affirmant que c'était ça un «town hall meeting» : «on a le droit de corriger les faussetés!» Pendant le discours du maire, M. Wedge lança moult «come on!» bien sentis. Il en avait notamment contre un chiffre avancé par le maire sur le pourcentage de taxes que la ville de Westmount versait jadis à la Communauté urbaine de Montréal : «C'est 40 % pas 30!». Interventions intempestives condamnées par d'autres participants en ces termes : «la démocratie locale, ce n'est pas la tyrannie des citoyens qui se permettent d'interrompre constamment le politicien», a lancé Bill Hartzog, un avocat.

Malgré tout, le maire a exposé avec énergie son argumentation habituelle, signalant que les citoyens de Westmount, s'ils optent pour la défusion, perdront le contrôle sur 70 % de leur budget. Il a aussi fait valoir que c'était parce que la ville était «une» qu'il avait pu mettre tout son poids avec les autres grandes villes du pays pour forcer le fédéral à leurs rembourser la TPS. Il a aussi fait valoir que les agences comme Moody's et Dominion Securities avaient haussé la coté de Montréal depuis la fusion et que ces mêmes agences s'inquiétaient des défusions. À un citoyen qui lui disait qu'en «franchissant la frontière» entre Westmount et Montréal, il ne voyait plus de différence car l'entretien laissait maintenant autant à désirer d'un côté comme de l'autre, le maire a répondu : «c'est bon de franchir les frontières, vous savez.»

C'était hier la dernière assemblée publique du maire avant l'ouverture des registres dimanche. Rappelons que si 10% des électeurs inscrits sur la listes d'une ancienne ville défusionnée signe le registre, un référendum sur la défusion devra s'y tenir. À Westmount, 1432 signatures seront nécessaires, ce qui ne devrait pas poser problème. Alors que d'autres comité défusionnistes ont eu du mal à se financer, l'ancien maire Peter Trent a confié au Devoir avoir amassé 500 000 $ avant même l'adoption de la loi 170 sur les fusions municipales, le 20 décembre 2000.