Les itinérants ne sont bienvenus «nulle part», dit le conseiller Yeomans

Jason, 23 ans, collectionne les contraventions. «J’en ai eu pour 8000 $ depuis deux ans. Surtout parce que j’ai couché par terre», dit-il.
Photo: Jacques Nadeau Jason, 23 ans, collectionne les contraventions. «J’en ai eu pour 8000 $ depuis deux ans. Surtout parce que j’ai couché par terre», dit-il.

L'itinérance et le phénomène des jeunes de la rue agacent au plus haut point le conseiller municipal Peter Yeomans, responsable de la sécurité publique à la Ville de Montréal. Et ce n'est pas l'action de sensibilisation menée hier par les organismes qui viennent en aide aux jeunes de la rue et aux itinérants qui le ramènera à de meilleurs sentiments.

Une cinquantaine d'intervenants du Réseau d'aide aux personnes itinérantes de Montréal (RAPSIM) ont distribué hier de fausses contravention pour «incivilité» aux piétons du centre-ville, calquées sur celles qui sont distribuées l'été aux jeunes de la rue et aux itinérants. L'opération Droits devant visait à dénoncer «la discrimination et le harcèlement» dont seraient victimes les itinérants.

Aux groupes communautaires qui accusent la Ville de vouloir évacuer les itinérants du centre-ville, le conseiller municipal Yeomans réplique qu'ils ne sont bienvenus «nulle part». «Cette itinérance commence à être un ennui, pas à cause de leur façon de s'habiller, mais par leurs comportements», a affirmé Peter Yeomans.

Il souhaite éviter que la métropole ne devienne un «aimant» pour les itinérants: «Que les gens viennent à Montréal s'amuser, travailler, contribuer, c'est bien. Mais les gens qui n'ont aucun intérêt à contribuer à la société, qui créent des ennuis et occasionnent des coûts, ce ne sont pas des citoyens responsables.»

«Les squeegees, les mendiants, qui présentent certains problèmes d'agressivité, ce n'est pas quelque chose que nous sommes prêts à accepter. Ils peuvent vivre selon leur style de vie, mais qu'ils ne créent pas d'ennuis aux autres», a poursuivi M. Yeomans.

100 $ pour flânage

Avec le retour du beau temps, le RAPSIM craint que les jeunes de la rue et les itinérants ne soient la cible des policiers. Selon les intervenants communautaires, les itinérants reçoivent des amendes importantes pour des «gestes anodins» qui font partie du quotidien de «Monsieur et Madame tout le monde»: 138 $ pour flânage ou entrave à la circulation des piétons, 100 $ pour flânage dans une station de métro, 85 $ pour utilisation du mobilier urbain à une fin autre que celle à laquelle il est destiné, 85 $ pour avoir jeté des cendres sur le sol...

«L'objectif est de déplacer les itinérants vers d'autres quartiers. Cela nuit à notre travail en brisant le lien entre les personnes en situation d'itinérance et les organismes», déplore le coordonnateur du RAPSIM, Pierre Gaudreau, qui a récemment écrit au maire pour qu'il revoie sa politique à l'égard des itinérants.

Certains d'entre eux collectionnent les constats d'infraction. C'est le cas de Jason, 23 ans, qui a exhibé une pile de contraventions, hier, pour le bénéfice des caméras. «J'en ai eu pour 8000 $ depuis deux ans. Surtout parce que j'ai couché par terre», explique le jeune homme, qui vit dans la rue depuis cinq ans. Un autre itinérant croisé sur Sainte-Catherine a expliqué qu'il préférait «faire du temps» plutôt que de les payer.

Cela devient problématique quand une personne essaie de se sortir du milieu de l'itinérance, selon Marianne Tonnelier, du groupe Cactus, qui vient en aide aux toxicomanes. «Il faut tout recommencer à zéro. La prison, ce n'est pas l'endroit idéal pour une personne qui veut se réinsérer socialement.»

À la police, on précise que les agents interviennent de façon progressive, en commençant par donner un avis avant d'émettre une contravention. «Il faut faire une analyse spécifique de la situation chaque fois qu'un citoyen ou un commerçant porte plainte», a précisé la commandante Johanne Paquin, responsable du poste 21 dans le centre-ville.