Le débat sur les défusions s'anime sur la rive sud

Le maire de la grande ville de Longueuil, Jacques Olivier, «ment à la population» et veut «lui faire peur»: l'ancienne mairesse de Boucherville et défusionniste convaincue, Francine Gadbois, a lancé ces accusations en marge d'un dîner conférence de la Chambre de commerce et d'industrie de Longueuil, où le maire Olivier venait de prononcer ce qu'il est convenu de qualifier de «vibrant plaidoyer» en faveur de la nouvelle ville. À quatre jours de l'ouverture des registres, ce dernier a demandé aux citoyens de ne pas aller les signer et a martelé que les habitants des villes défusionnées, en plus de recevoir deux comptes de taxes, n'auront aucune marge de manoeuvre au sein du futur Conseil d'agglomération (CA), qui serait créé après les défusions. La ville centrale, a-t-il déclaré, disposera au sein de cette «nouvelle bebelle», d'un «droit de veto absolu» sur «toutes les décisions» qui y seront prises.

Selon Francine Gadbois, lorsque Jacques Olivier affirme cela, il ment et désinforme le public. Elle estime qu'avec seulement quatre conseillers sur 42, les gens de Boucherville ont moins d'influence dans la grande ville actuelle qu'ils en auraient au sein du CA. «Quatre sur 42, c'est encore moins que le 10 % de vote que nous aurions au sein du CA», a-t-elle fait remarquer. Mme Gadbois, qui a démissionné de l'équipe Olivier en mars 2003, a même nié que les «villes résiduaires» (...lambeaux des grandes villes) détiendraient un droit de veto au sein du CA.

Jacques Olivier a répondu un peu plus tard en faisant remarquer qu'il est «très clair», selon l'article 112 de la loi 9 sur les consultations en vue des défusions, que la ville de Longueuil aura un droit de veto au sein du CA, peu importe ce qu'il arrive. Puisqu'il est peu probable que l'arrondissement Saint-Hubert défusionne, Longueuil devrait conserver une forte majorité au CA et n'aura donc même pas à se servir de son veto, a-t-il expliqué. Reste que l'article 112, comme on l'explique dans les études du gouvernement sur le démembrement, garantit que la ville-centre, même si elle se retrouvait en minorité, conservera la main haute sur les affaires régionales, contrairement à ce qui se passait au sein des défuntes Communautés urbaines.

Gens d'affaires pour la grande ville

Par ailleurs, en matinée hier, des représentants d'un groupe d'une «centaine de chefs de file» de la rive sud étaient venus offrir leur appui «sans équivoque» à la nouvelle ville de Longueuil. Parmi eux, Jean-Guy Parent, ancien maire de Boucherville (de 1978 à 1985). M. Parent estime que même si son coeur est toujours à Boucherville, sa «tête est maintenant à Longueuil». Les nouvelles structures municipales, selon lui, ont permis de mettre fin à de nombreuses chicanes stériles et il faudrait continuer en ce sens. C'est parce qu'elle fut morcelée que la Rive-Sud a depuis 50 ans été le parent pauvre de la grande région de Montréal, a pour sa part expliqué Gilles Blier, président de la Chambre de commerce et d'industrie de Longueuil. «Pendant que dans d'autres villes et d'autres régions, on construit des centaines de kilomètres d'autoroutes pour une population moindre que la nôtre, il y a 30 ans que nous attendons les 22 km qui compléteront enfin la 30.» M. Blier a aussi cité le cas de l'aéroport de Saint-Hubert, le plus proche du centre-ville de Montréal parmi tous les aéroports, mais qui n'a jamais été développé, malgré tous ses atouts.