Bisbille au sujet du choix des travailleurs du registre à Anjou

«Merci, mais nous n'avons plus besoin de personne»: voilà la réponse qu'on a servie aux militants antidéfusionnistes d'Anjou lorsqu'ils ont proposé leurs services comme «travailleurs du registre». Ces mêmes militants craignent que les défusionnistes n'aient pris le contrôle du processus.

Rappelons que les citoyens qui souhaitent la tenue d'une consultation publique pourront aller signer le registre du 16 au 20 mai. Si 10 % des inscrits à la liste électorale signent cette pétition, un référendum sur la défusion aura lieu le 20 juin.

Les membres du camp du non disent avoir plusieurs raisons de se méfier: ils se sont présentés au bureau de l'arrondissement d'Anjou le jour même où une publicité dans le journal Le Flambeau les invitait à proposer leurs services. C'est là qu'ils ont appris que l'adjoint à la greffière avait «tout son monde». Ils prétendent aussi qu'aucun membre du comité «Non au démembrement d'Anjou» n'a pu présenter sa candidature.

En revanche, une liste de travailleurs a été constituée par un citoyen d'Anjou, Yves Mahoney, à la demande de Jacques Rioux, directeur de l'arrondissement. Ce dernier a remis cette liste — qui comportait quelque 40 noms, au dire de M. Rioux — à Michel Landry, adjoint à la greffière de la Ville de Montréal pour le secteur d'Anjou. C'est M. Landry qui doit choisir les gens qui seront embauchés. M. Mahoney, surpris par l'appel du Devoir, a d'abord affirmé qu'il n'avait rien à «voir avec ces affaires» pour ensuite concéder qu'il avait suggéré «deux ou trois noms».

Ces listes, celle proposée par M. Mahoney et celle des personnes embauchées, le comité du non veut les consulter. Or ni l'adjoint à la greffière, M. Landry, ni M. Mahoney n'ont accepté de les lui montrer. Ils ont aussi refusé de les divulguer au Devoir. M. Landry soutient que la liste de 25 travailleurs qu'il a constituée n'est pas publique. Ce qu'a confirmé Patrice Doyon, chargé de communications au bureau de la greffière de la Ville de Montréal, en arguant que «ces gens ne sont pas encore des employés de la Ville à proprement parler».

Transparence

«Si on pouvait vérifier les listes, on verrait alors si on s'inquiète pour rien ou non!», dit Carol Beaupré, président du comité du non. M. Beaupré nie vouloir remettre en cause l'objectivité de MM. Landry et Rioux. Mais il souligne que si les travailleurs du registre «penchent tous du même bord» à la table de vérification de l'identité pendant les cinq jours, il est «raisonnable de croire» qu'ils n'auront «pas intérêt» à empêcher qui que ce soit de signer. «Que ces travailleurs soient assermentés n'est pas une très bonne garantie, je regrette», dit M. Beaupré. Il insiste pour dire qu'il «n'accuse personne» et qu'il ne fait que réclamer de la transparence. «Les registres, ce n'est pas comme des élections, fait valoir M. Beaupré. Lors d'élections, il y a des représentants des deux partis qui vérifient l'identité des électeurs. Puis, ces derniers vont dans l'isoloir. On ignore le choix qu'ils font. Au registre, les gens qui se présenteront seront tous d'un seul côté: la défusion. Si ceux qui vérifient leur identité sont du même bord, le processus deviendra peu crédible.»

Autre versant

L'adjoint à la greffière, Michel Landry, a affirmé au Devoir qu'il n'est pas surprenant que les effectif aient été constitués si tôt: en effet, il travaillait à les rassembler depuis le 8 mars. Il a aussi noté que des affiches publicitaires ont été apposées à la bibliothèque locale. Bref, l'annonce publiée le 5 mai dans Le Flambeau ne visait qu'à pourvoir les dernières places de suppléant, pour lesquelles il a trouvé les candidats avant même qu'elle ne paraisse dans l'hebdomadaire. Par ailleurs, il reconnaît avoir reçu une liste de noms de la part du directeur d'arrondissement, Jacques Rioux. Ce dernier prétend avoir voulu aider M. Landry car ce dernier lui avait dit craindre de ne pas pouvoir trouver assez de gens prêts à travailler de neuf à dix-neuf heures pendant cinq jours à la mi-mai. «Peut-être que ce n'était pas ma responsabilité de fournir des noms», a avoué M. Rioux. «C'est même illégal!», a fait remarquer Raymond Boulet, un citoyen d'Anjou du camp du non. Puisque M. Rioux doit, de par ses fonctions, «travailler étroitement avec le maire d'Anjou», il aurait dû éviter de se mêler du processus d'embauche des travailleurs du registre.

M. Boulet affirme qu'il portera plainte au cours des prochaines jours auprès du Directeur général des élections (DGE). Mais Denis Dion, porte-parole du DGE, affirme que la loi est muette sur les questions soulevées par cette affaire. Quant à Patrice Doyon, du bureau de la greffière de Montréal, il a dit hier au Devoir que rien n'indique qu'il y ait eu une «liste politique de travailleurs dans Anjou» et que les soupçons du camp du non semblent, à première vue, injustifiés. Carol Beaupré rétorque: «Qu'on nous montre la liste et on pourra juger.» Quant à Luis Miranda, maire de l'arrondissement et président du comité défusionniste «Anjou, c'est ma ville», il affirme ne pas s'être mêlé de l'affaire. «Je ne sais pas. Moi, en tout cas, je n'ai donné aucun nom. Ça relève de l'administratif, tout ça. À part de ça, pendant ces journées-là [du 16 au 20 mai], je vais vous dire, je vais avoir besoin de mes bénévoles sur le terrain.»