Des terrains de la Ville de Sainte-Thérèse vendus à bas prix

C’est le Groupe Mathieu qui a mis la main sur l’îlot Turgeon, où se trouvait auparavant, entre autres, la maison centenaire d’Adélard Lesage, rasée en avril 2016.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir C’est le Groupe Mathieu qui a mis la main sur l’îlot Turgeon, où se trouvait auparavant, entre autres, la maison centenaire d’Adélard Lesage, rasée en avril 2016.

La municipalité de Sainte-Thérèse cède pour 1,1 million de dollars à une firme de construction, le Groupe Mathieu, des terrains qui lui ont coûté plus de 2,1 millions.

Sur ces terrains achetés en 2014, la Ville avait notamment rasé en avril 2016 la maison centenaire d’Adélard Lesage, un fabricant de pianos connu au temps où la région de Montréal fabriquait un très grand nombre de ces instruments très populaires dans les chaumières. D’autres bâtiments de cet espace connu sous le nom de l’îlot Turgeon ont aussi été détruits. Coût de l’opération : 350 402 $. L’acquisition des terrains et les frais de notaire ont pour leur part coûté 1 753 008 $ à la Ville.

Selon Nicola Cardone, directeur du service d’urbanisme de la municipalité, trois entrepreneurs se sont montrés désireux d’acquérir l’îlot Turgeon des mains de la municipalité, qui souhaite ainsi revitaliser son centre-ville. C’est le Groupe Mathieu qui a été retenu.

Pourquoi s’être obligé à vendre ces terrains même si le prix offert était très inférieur à ce que la municipalité a dépensé pour les acquérir ? « On favorise la construction avec une souplesse réglementaire qui stimule le privé, explique M. Cardone. Quand il n’y a pas suffisamment d’intérêt par le privé, il y a de l’implication de la Ville. »

Démolition « écoresponsable »

La destruction des bâtiments ne s’est pas faite sans opposition. Même une pétition de plus de 700 noms pour sauver la maison Lesage n’avait pas suffi à faire reculer la municipalité : l’administration de Sainte-Thérèse arguait que cette pétition n’avait tout simplement pas été dûment enregistrée à son service du greffe.

La mairesse, Sylvie Surprenant, reconnaissait à l’époque au Devoir que ces bâtiments avaient « marqué l’histoire de Sainte-Thérèse ». Elle affirmait toutefois que, dans le cas de la maison Lesage, sa valeur était « plus historique qu’architecturale ». Or, avant de procéder à la destruction de la maison Lesage, la municipalité n’avait pas dévoilé publiquement les résultats d’une étude historique sur les lieux conduite par la firme Patri-Arch. Dans ce rapport, on peut pourtant lire que la maison Lesage « possède une bonne valeur patrimoniale » et un « excellent potentiel de mise en valeur ». Sainte-Thérèse souligne aujourd’hui qu’elle « a procédé à la démolition des bâtiments de ce quadrilatère de façon écoresponsable ».

Malgré des demandes répétées ces derniers jours, la mairesse Sylvie Surprenant refuse de parler au Devoir au sujet de cette vente qui n’a pas encore été notariée.

Christian Charron, candidat à la prochaine élection comme conseiller municipal de Vision Sainte-Thérèse, dénonce cette transaction. « On peut se demander pourquoi l’équipe Surprenant s’est dépêchée de vendre ces terrains, et de surcroît à des prix aussi bas, un mois avant les élections. Il n’y avait pas urgence. Elle aurait dû normalement laisser la décision au conseil qui sera élu le 5 novembre prochain. » Selon lui, « dans la transaction on perd, mais ça fait leur affaire ». Pourquoi ? À son sens, les terrains n’ont pas été vendus à la suite d’une offre publique qui aurait pu, avec de la patience, favoriser l’obtention d’un prix beaucoup plus élevé.

« Ce serait encore vacant si on n’avait pas fait ça, rétorque Nicola Cardone. Le privé ne suit pas tout le temps. »

Selon la responsable des communications de Sainte-Thérèse, Mélissa Collins, le Groupe Mathieu s’engage à construire sur le site des commerces au rez-de-chaussée surplombés de logements. Elle affirme toutefois ne pas même être « en mesure de […] fournir un ordre de grandeur pour le nombre de logements, de places de stationnements et de commerces » qui doivent être construits là avec l’autorisation de la ville.

Pourtant, le responsable du projet chez Groupe Mathieu, Thomas Mathieu, présente volontiers le projet de construction. Le Groupe Mathieu prévoit construire 62 logements en location, dont 8 studios, 31 appartements de type 3 1/2, 18 appartements de type 4 1/2 et 5 de type 5 1/2. Au rez-de-chaussée, on trouvera par ailleurs 1400 mètres carrés offerts à la location pour des commerces. Cet ensemble habitable coiffera 80 espaces de stationnement en sous-sol.

Selon les projections tridimensionnelles animées fournies au Devoir par la firme d’architectes DKA, l’utilisation maximale de l’espace en façade laisse place à quelques arbres à même le trottoir. L’espace vendu compte 4000 mètres carrés. Il sera occupé jusqu’aux abords des trottoirs par des immeubles de blocs de béton gris et de briques rouges. Sur la page Facebook de la municipalité, des citoyens se sont plaints du manque d’espaces verts offerts par un tel plan d’aménagement. On doit en principe trouver derrière les bâtiments des espaces de verdure, dit Nicola Cardone.

Au printemps 2016, la mairesse avait affirmé au Devoir qu’elle exigerait d’un projet de construction en ces lieux qu’il comporte des éléments de rappel des maisons ancestrales détruites et « qui ont marqué l’histoire de Sainte-Thérèse ». Sur les projections du projet du Groupe Mathieu, on ne voit rien pour rappeler ce passé, sinon deux plaques incrustées à même le trottoir indiquant l’emplacement de la maison Lesage et de celle du forgeron. Selon le service de communication de la municipalité, « la forme du rappel historique qui sera intégré à l’îlot Turgeon n’est pas finalisée à ce jour ». Ce sera plus qu’une simple plaque, affirme Nicola Cardone.

3 commentaires
  • Bernard Terreault - Abonné 23 octobre 2017 10 h 10

    Ça sent mauvais

    Quelles contributions Mathieu a-t-il fait à l'élection de cette administration municipale? Pas nécessairement des dons directs en argent, mais des "bénévoles" payés par la compagnie, des services de tout genre, messagerie, photocopie, téléphonie, distribution, etc..

  • Yves Mercure - Abonné 23 octobre 2017 11 h 07

    Dom Surprenant

    Don Nicola Corleone démolirait de manière ecoresponsable : marteaux et pics chinois certifiés verts et construits de matériel recyclé à Sainte-Thérèse. Voyons si les fonctions résisteront une fois de plus à l'opportunisme d'un probable stade ou autre pyramide de l'impératrice autoproclamée. Vive les élections!

  • Anne-Marie Allaire - Abonnée 23 octobre 2017 19 h 40

    et dire que

    l'on vient de donner plus de pouvoirs a ces gens qui mènent leur municipalité selon leurs intérets...