Le pavé et les emplois mènent les débats à Gatineau

Plusieurs font valoir que Gatineau n’a réussi qu’à compléter 49% des travaux d’une vingtaine de millions de dollars qui avaient été prévus pour la dernière année.
Photo: iStock Plusieurs font valoir que Gatineau n’a réussi qu’à compléter 49% des travaux d’une vingtaine de millions de dollars qui avaient été prévus pour la dernière année.

La campagne municipale gatinoise ne fait pas l’économie des débats traditionnels. Les cinq candidats à la mairie s’affrontent sur le niveau de taxation à imposer, sur le pavage et le nombre d’emplois à la Ville.

Denis Tassé a jeté un pavé dans la marre en proposant d’emprunter 100 millions de dollars afin de repaver les rues dans les quartiers résidentiels. La Ville a calculé en 2015 que 15 % de son réseau, ou 200 kilomètres de voies, est en fin de vie utile et qu’une autre tranche de 27 % (356 kilomètres) ne respecte pas les normes de qualité. Or, Gatineau repave environ 28 kilomètres par année. « Si on ne fait rien, ça va prendre 50 ans pour refaire nos rues ! » tonne M. Tassé.

Il est attaqué de toutes parts, car cela ferait augmenter la dette de la ville de 18 % environ. En outre, plusieurs font valoir que Gatineau n’a réussi qu’à compléter 49 % des travaux d’une vingtaine de millions de dollars qui avaient été prévus pour la dernière année. On se demande donc comment M. Tassé pourrait dépenser ces 100 millions supplémentaires. « Je vais l’être, capable. Ça fait 45 ans que je suis en affaires », répond-il.

Sa rivale Sylvie Goneau propose plutôt de paver autrement, en privilégiant l’asphalte recyclé — à durée de vie plus courte — dans les quartiers résidentiels. « Avec un traitement différencié, on peut augmenter le nombre de kilomètres qu’on fait avec le même montant investi. » Le maire sortant s’oppose à l’endettement pour paver des rues locales. Mieux vaut s’endetter, dit-il, quand il s’agit d’une infrastructure cofinancée par Ottawa et Québec. L’endettement ne représente alors qu’une partie du coût total du projet. « Cela va aussi à l’encontre du principe qu’on défend, à savoir qu’on ne devrait creuser qu’une seule fois. Quand on creuse, c’est pour faire aqueduc, égouts et asphalte », dit Maxime Pedneaud-Jobin. Rémi Bergeron et Clément Bélanger s’opposent aussi à l’emprunt proposé par M. Tassé.

Réduction de la masse salariale

M. Pedneaud-Jobin, M. Tassé et Mme Goneau siègent tous trois au conseil municipal et ils sont les présumés meneurs de la course à la mairie. Les analystes estiment que les deux conseillers municipaux sortants pourraient diviser le vote d’opposition et favoriser la réélection du maire.

Mme Goneau pour sa part est très critiquée parce qu’elle propose un plan de réduction des effectifs municipaux. Elle fait valoir que 472 personnes quitteront leur emploi au cours des quatre prochaines années, représentant une masse salariale de 45 millions de dollars. Elle entend en récupérer 19 millions. « On a plus de cols bleus, de cols blancs, de policiers et de pompiers que Laval qui a trois fois plus de population », lance-t-elle. À cela, ses adversaires rétorquent que Laval n’est peut-être pas le meilleur exemple à suivre. « Si elle coupe dans le personnel, elle devra donner plus de contrats au privé qui coûte souvent entre 50 % et 75 % plus cher », fait valoir Rémi Bergeron, un ancien directeur général de la municipalité de Bowman. « Les mandats, c’est le nerf de la guerre municipale pour le financement. Elle va mettre en danger l’intégrité de la ville. »

Sylvie Goneau et Clément Bélanger proposent de limiter les hausses de taux au taux d’inflation, tandis que M. Tassé propose un taux de 1,5 % les deux premières années, puis 2,3 % les deux autres années. Le maire sortant vise 2,9 % la première année, puis 2,5 % pour chacune des trois autres années, alors que M. Bergeron parle d’une hausse d’environ 2,8 %.