Séparer pour mieux protéger: la solution choisie en Europe pour rendre les villes plus cyclables

La mort du jeune cycliste Clément Ouimet, dans une collision avec un véhicule utilitaire sport sur le mont Royal, a relancé cette semaine le débat sur la cohabitation entre cyclistes et automobilistes. Les meilleures villes de vélo dans le monde peuvent-elles inspirer Montréal ? Tour d’horizon de mesures susceptibles d’améliorer la sûreté des déplacements sur deux roues — ou de faciliter la vie des cyclistes.

« La première chose à faire à Montréal, c’est agrandir le réseau actuel. Les pistes cyclables sont congestionnées aux heures de pointe », dit Jean-François Bruneau, conseiller en sécurité routière et membre de la Chaire Mobilité de Polytechnique Montréal.

Ce dernier a parcouru le monde à la recherche des aménagements cyclables les plus sûrs. La règle numéro un des villes championnes des déplacements sur deux roues, comme Copenhague ou Amsterdam : séparer physiquement les voitures et les vélos. Dans les meilleures villes de vélo d’Europe, les pistes cyclables sont souvent surélevées. Plus hautes que la chaussée et souvent marquées de peinture verte ou rouge aux intersections, ces pistes cyclables sont facilement repérables.

La prochaine étape, c’est d’éliminer les pistes bidirectionnelles (comme celle du boulevard De Maisonneuve, au centre-ville), où les vélos se croisent dans les deux sens, estime Jean-François Bruneau. Les pistes les plus sûres vont dans une seule direction, dans le même sens que la circulation automobile. L’important, c’est que les cyclistes les plus vulnérables, comme les enfants ou les personnes âgées, se sentent en sécurité.

Ponts, tunnels et autoroutes

À Copenhague, pas moins de 16 ponts pour cyclistes et piétons sont en construction. Oui, on parle ici de ponts uniquement pour les transports actifs. À côté des ponts pour voitures. À Amsterdam, un tunnel pour vélos traverse le Rijksmuseum, une institution phare de la ville. La Ville de Strasbourg, en France, planifie un réseau d’autoroutes de vélos reliant le centre et les banlieues. C’est comme dans le film américain Field of Dreams : « If you build it, they will come. » Pendant ce temps, le pont Jacques-Cartier, lien crucial entre Montréal et la Rive-Sud, reste fermé aux vélos et aux piétons durant tout l’hiver.

Sécuriser les intersections

La majorité des accidents impliquant un vélo surviennent à une intersection, selon la Direction de la santé publique de Montréal. « Il faut aménager les intersections de façon à éviter que les cyclistes roulent à droite des voitures, ou encore s’assurer qu’ils ont la priorité aux coins des rues », dit le chercheur Jean-François Bruneau. Une mesure simple et qui ne coûte rien, en vigueur dans plusieurs villes européennes : la ligne d’arrêt des voitures, au feu rouge, se trouve loin derrière celle des vélos.

Stationnements pour vélos

À Tokyo, 20 millions de personnes se déplacent chaque jour en train ou en métro. Et 20 % de ces gens se rendent à la gare à vélo, souligne Mikael Colville-Andersen, de la firme de design Copenhagenize. Ces cyclistes ne verrouillent pas leur monture à une clôture ou à un parcomètre, comme à Montréal, mais dans de véritables stationnements (parfois étagés) pour vélos. Même une plus petite ville comme Utrecht, aux Pays-Bas, s’apprête à ajouter 33 000 places de stationnement pour vélos aux 12 000 existantes à la gare centrale.

2 commentaires

Consultez la suite du dossier

  • Bernard Terreault - Abonné 8 octobre 2017 09 h 14

    Montréal, cas particulier

    Parmi les grandes villes du monde, Montréal, Toronto, Moscou, St-Pétersbourg et quelques autres ont un hiver qui limite pendant des mois l'usage du vélo. Pas un problème pour le jeune fringant de se frayer un chemin dans la tourmente avec son vélo de montagne, une autre histoire pour la mère qui tire une voiturette de bébé, et même pour l'employé de 55 ans se rendant au bureau. Le vélo ne pourra pas devenir ici un transport de masse à l'année. Pendant des mois, il faudra prévoir une alternative. Deux fois plus de bus et de rames de métro en janvier qu'en juillet et ... mettre au chômage ou en vacances payées la moitié des chauffeurs en été?

    • François Arseneault-Hubert - Abonné 8 octobre 2017 21 h 01

      Je peux énoncer deux solutions aux problèmes bien réels que vous soulevez.

      1) S'habiller chaudement, comme un piéton le ferait, en portant une attention particulière aux extrémités du corps qui sont plus exposées à vélo.

      2) Déneiger les pistes cyclables avec diligence, comme on le fait pour les autoroutes.