Le concours Ovation municipale est une vitrine à l’innovation municipale

Réginald Harvey Collaboration spéciale

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

L’innovation dans le milieu municipal québécois s’inscrit au programme du 85e Congrès de l’Association francophone pour le savoir (Acfas). Pour la première fois cette année, les municipalités finalistes du mérite Ovation municipale de l’Union des municipalités du Québec présenteront leurs projets d’innovations dans le cadre de cet événement d’envergure.

Depuis maintenant 13 ans, l’Union des municipalités du Québec (UMQ) reconnaît chaque année les municipalités, de toutes tailles, qui lancent des projets innovants, par l’entreprise de son mérite Ovation municipale. En plus de la belle tribune que leur offre le congrès annuel de l’UMQ, les municipalités finalistes de cette année auront l’occasion de faire valoir le fruit de leur travail auprès d’un plus large public. Richard Shearmur, professeur à l’École d’urbanisme de l’Université McGill, est l’instigateur de cette vitrine grand public.

La raison d’être des projets

« L’idée, c’est que les instances municipales, surtout les employés des services municipaux, introduisent de nouvelles façons de faire qui peuvent à la fois porter sur de meilleures manières de consulter les gens, sur des façons différentes de construire des bâtiments ou encore sur des améliorations technologiques », explique le professeur Shearmur, spécialiste en géographie de l’innovation et membre du jury du mérite Ovation municipale 2017. Leur but, précise-t-il, est d’améliorer la qualité de vie des citoyens d’une façon ou d’une autre. Et à son avis, les municipalités sont loin d’être réfractaires et retardataires en matière d’innovation : « Mes études et mes expériences avec l’UMQ montrent que tel n’est pas le cas. C’est pourquoi on profite de la tribune de l’Acfas pour démontrer leur savoir-faire. »

En plus des projets finalistes qui seront exposés au pavillon Trottier de McGill, le thème de l’innovation dans le milieu municipal fera l’objet d’un colloque intitulé « L’avenir des communautés locales : les municipalités créatrices d’innovations techniques et sociales », qui se tiendra le 9 mai. Deux tables rondes sont au programme ; l’une portera sur la pratique et les enjeux de l’innovation municipale, l’autre sur les recherches et concepts dans le domaine.

Une culture en émergence

Les municipalités ont depuis longtemps fait preuve d’une certaine forme de sclérose sur le plan fonctionnel, même si de temps à autre elles pouvaient verser dans l’audace et l’innovation, rapporte Gérard Beaudet, professeur à la Faculté de l’aménagement de l’Université de Montréal. « On a tous en tête ces images d’une armée de travailleurs accotés sur leur manche de pelle et qui regardent l’unique d’entre eux qui a été désigné pour faire le travail », ironise-t-il.

Cette vision plutôt folklorique a selon lui masqué le fait que des municipalités se montraient avant-gardistes : « Il y a, dans les municipalités de petite et moyenne taille, une culture de la débrouille en place depuis plusieurs années. » À titre de membre du jury du mérite Ovation depuis six ans, Gérard Beaudet affirme assister à une véritable émergence locale de l’innovation.

Il fournit l’exemple d’une ville où le retrait des baies vitrées autour de la patinoire posait problème. Alors que des professionnels préconisaient l’utilisation d’une quincaillerie lourde pour effectuer le travail — ce qui entraînait des coûts élevés —, les employés municipaux ont bricolé un levier s’accrochant au-devant de la surfaceuse, ce qui a permis de retirer les vitres à faible coût et rapidement. « Ces gens-là trouvent des solutions et inventent pour régler des problèmes bien réels et pour améliorer les façons de faire », dit-il. Ce type d’initiatives a bien souvent des répercussions positives directes sur les travailleurs, mais aussi sur les populations.

« Je pense que l’innovation, avant d’être une question de pouvoir [des municipalités], est une question de culture », affirme Gérard Beaudet. Et l’un des éléments majeurs de cette culture repose « sur la capacité qu’on a, dans l’administration municipale, autant sur le plan politique que sur celui des gestionnaires de la haute direction, de donner la marge de manoeuvre nécessaire aux employés, de laisser les projets émerger, de les apprécier et de les soutenir quand ils le méritent. »

Et les sources d’innovation dans le monde municipal sont multiples et variées, comme en font foi les sept catégories du mérite Ovation municipale 2017, soit : « Aménagement, urbanisme et développement durable », « Culture, patrimoine et interculturalité », « Développement social (logement, éducation et santé) », « Économie, tourisme et loisir », « Ressources humaines, gestion des opérations et des contrats », « Sécurité publique », et finalement, « Transport, mobilité et voirie ».