La maison Brossard résiste à l’envahisseur

Le propriétaire de la demeure est le Dr Robert Brossard, un radiologiste qui habite au Nevada.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le propriétaire de la demeure est le Dr Robert Brossard, un radiologiste qui habite au Nevada.

Non loin du DIX30 subsiste un témoin du passé. Construite à la fin du XVIIIe siècle, la maison Brossard faite de pierres des champs est l’une des dernières survivantes d’une autre époque. Mais des citoyens s’inquiètent de l’avenir de cette demeure où cinq générations de Brossard ont vécu et qui est demeurée inhabitée depuis la crise du verglas de 1998.

Vieille de plus de 220 ans, la maison Brossard est située au 4240, chemin des Prairies. Malgré son âge, elle est somme toute en bon état. Ses murs d’une épaisseur de quelque 70 centimètres tiennent bon même si des fissures sont apparues.

Ce qui est particulier, c’est que la maison Brossard a peu changé. Sans eau courante, les installations sanitaires sont rudimentaires, relate Gaétan Bourdages, ex-président de la Société d’histoire de La-Prairie-de-la-Magdeleine : « On retourne 100 ans en arrière quand on rentre là-dedans. »

Jean-Paul Brossard est le dernier de la lignée à avoir habité la maison. Il a quitté les lieux à l’occasion de la crise du verglas à l’âge de 84 ans. À son décès en 2002, c’est son cousin Robert Brossard qui a hérité de la propriété. Comme il réside aux États-Unis, il n’a jamais occupé la maison ancestrale.

À l’instar d’autres citoyens du secteur, Yolande Sainte-Marie est préoccupée par l’avenir de la petite maison de pierres entourée de bungalows et de maisons en rangée. « Les promoteurs sont actifs dans le secteur. On craint que le propriétaire laisse la maison se détériorer », explique Mme Sainte-Marie.

En 2014, un groupe de citoyens s’est créé pour tenter de protéger le bâtiment. L’année suivante, une demande de citation a été transmise à la Ville de Brossard et une demande de classement a été acheminée au ministère de la Culture.

« Aucune décision n’a encore été prise », a indiqué au Devoir l’attaché de presse du ministre Luc Fortin, Karl Filion. « Comme la préservation du patrimoine est une responsabilité partagée, le ministère collabore présentement avec la municipalité et le propriétaire afin d’évaluer la valeur patrimoniale de la maison et les gestes à poser, si nécessaire. »

Le Devoir a tenté de rejoindre le propriétaire de la demeure, le Dr Robert Brossard, un radiologiste qui habite au Nevada. Mais c’est son avocat qui parle en son nom. « Le Dr Brossard veut que la maison soit restaurée à l’ancienne », a assuré Me Camille Bolté.

Pour l’instant toutefois, un litige subsiste entre le Dr Brossard et la Ville de Brossard. En 2013, le propriétaire a intenté une poursuite de 208 000 $ contre la Ville lui reprochant d’avoir autorisé un promoteur immobilier à procéder à l’exhaussement du sol sur un terrain voisin. Ces travaux ont entraîné des accumulations d’eau sur la propriété du Dr Brossard. Des discussions sont en cours avec la Ville.

Décision imminente

La Ville de Brossard n’a pas pris de décision quant à la demande de citation de la maison Brossard. « Le conseil est en analyse et en traitement de ce dossier. Il y aura des orientations qui seront prises dans les prochains jours », a précisé Éric Boutet, directeur à la Direction de l’urbanisme. Plusieurs options sont envisagées, parmi lesquelles la citation ou un Plan d’implantation et d’intégration architecturale (PIIA), explique-t-il.

Éric Boutet indique que la Ville n’a pas d’inquiétude au sujet de la maison qui est entretenue et a fait l’objet de rénovations au fil des ans. « On n’a pas de règlement qui oblige un propriétaire à occuper son bâtiment. » Si la maison était citée, le propriétaire aurait cependant l’obligation de respecter le caractère patrimonial lors de travaux de restauration, ajoute M. Boutet qui soutient par ailleurs que le zonage actuel ne permettrait pas le lotissement du terrain.

Les derniers témoins

Deux autres maisons anciennes subsistent dans le secteur : la maison Sénécal et la maison Banlier. Mais à la différence de la maison Brossard, elles sont classées en vertu de la Loi sur le patrimoine culturel. « Il y a 40 ans, sur le chemin des Prairies, il y avait plusieurs de ces maisons. C’était l’endroit le plus riche en maisons de pierres de toute la seigneurie de La Prairie. Elles ont été démolies pour du lotissement. Ce sont les derniers témoins de cette époque-là », soutient Gaétan Bourdages.

Selon lui, la maison Brossard s’est bien conservée : « On l’a visitée l’an dernier et le bâtiment est en très bon état. Il est solide. »

L’architecte Bertrand Thibodeau confirme : « Il ne semble pas y avoir de problème de fondations ni de stabilité du bâtiment. La maison est parfaitement typique des maisons de tradition française qu’on retrouve dans la région de Montréal : une maison sur plan carré avec des cheminées aux deux murs de pignon. La maison a assez de qualités et d’intégrité pour qu’on puisse la réparer, mais ça commence à presser drôlement. »

S’il paraît peu probable que cette maison soit classée, elle devrait au moins être citée et mise à l’abri de la démolition, croit Yolande Sainte-Marie. « Ce que je souhaite avant tout, c’est que la maison Brossard soit restaurée et qu’elle serve à la communauté », dit-elle.

Des promoteurs immobiliers gourmands

À Brossard, les promoteurs immobiliers ont beaucoup d’appétit. Les terrains vacants sont rares et l’arrivée du Réseau électrique métropolitain (REM) risque d’accroître la pression sur les secteurs environnants.

Une résidente de Brossard nous a fait parvenir une lettre qu’un promoteur a laissée dans sa boîte à lettres. On peut y lire que le promoteur souhaite acheter sa propriété « à une somme supérieure à sa valeur marchande, et ce, sans aucune condition ni inspection ». Il précise qu’il fera preuve de « flexibilité » quant à la date d’occupation.

Directeur à la Direction de l’urbanisme de la Ville de Brossard, Éric Boutet confirme que cette pratique existe dans « les secteurs vieillissants » et que des maisons sont démo- lies pour faire place à des constructions mo- dernes de plus grande densité.
3 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 27 février 2017 03 h 02

    "promoteur immobilier"...

    Dans l'expression "promoteur immobilier" n'y a-t-il pas caché, pas trop loin sous sa signification, l'idée même d'immobilisme ?
    Comme dans "gardons le peuple québécois immobile, pour que sa mémoire étouffe de ne pas être entretenue"...

    Tourlou !

  • Bernard Terreault - Abonné 27 février 2017 11 h 45

    Nostalgie

    Je la reconnais, j'ai passé devant à vélo des centaines de fois dans mon enfance pendant les vacances d'été, à une époque où on se baignait encore dans le fleuve entre St-Lambert et Laprairie.

  • Anne-Marie Charuest - Abonné 27 février 2017 12 h 01

    Une question de savoir!

    Est-ce qu'on pourrait préserver un peu de témoins solides du savoir-construire de nos prédécesseurs, s.v.p.?