L’église menacée de démolition pourrait être sauvée par le promoteur

Construite en 1962 selon les plans de l’architecte Guy Desbarats, l’église Saint-Gérard-Majella a reçu la cote la plus élevée du Conseil du patrimoine religieux du Québec en raison de son architecture exceptionnelle.
Photo: Conseil du patrimoine religieux du Québec Construite en 1962 selon les plans de l’architecte Guy Desbarats, l’église Saint-Gérard-Majella a reçu la cote la plus élevée du Conseil du patrimoine religieux du Québec en raison de son architecture exceptionnelle.

Alors que l’église Notre-Dame-de-Fatima, à Jonquière, doit être rasée sous peu, l’église Saint-Gérard-Majella, à Saint-Jean-sur-Richelieu, pourrait éviter la démolition. Le promoteur immobilier qui en est propriétaire envisage maintenant d’intégrer l’église à son projet résidentiel.
 

Réjean Roy avait acheté l’église Saint-Gérard-Majella en octobre 2015 pour la somme de 800 000 $. Il comptait alors la démolir afin d’ériger un complexe domiciliaire de 104 appartements. Mais son plan a dû être mis sur la glace en raison de l’opposition des citoyens au changement de zonage. 

Construite en 1962 selon les plans de l’architecte Guy Desbarats, l’église Saint-Gérard-Majella a reçu la cote la plus élevée du Conseil du patrimoine religieux du Québec en raison de son architecture exceptionnelle. Elle avait d’ailleurs remporté la médaille Massey pour son innovation architecturale en 1964.

Québec n’envisage pas pour l’instant de classer l’église, le promoteur ayant exprimé son intention d’intégrer l’église dans son projet immobilier, a indiqué au Devoir Karl Filion, attaché de presse du ministre de la Culture, Luc Fortin. « Mais on est prêts à accompagner le promoteur », a-t-il dit.

Rentabiliser le projet

Lors d’un entretien téléphonique, le promoteur Réjean Roy a confirmé sa volonté de conserver l’église, mais encore faudra-t-il qu’il puisse rentabiliser son investissement, insiste-t-il. C’est pourquoi il songe à aménager des logements à l’intérieur de l’église.

M. Roy compte dévoiler divers scénarios pour son projet le 18 octobre prochain. « Il va falloir que les gens soient conciliants, parce que nous n’avons pas d’autre avenue et que personne n’en veut, dit-il au sujet de l’église. Sans vouloir le blâmer, le ministère de la Culture est intervenu beaucoup trop tard. Quand le clergé était à la recherche de subventions, il n’y en avait pas. »

C’est seulement en février 2016 que le ministère de la Culture a annoncé qu’il étendait son programme d’aide financière aux églises construites entre 1945 et 1975 et jugées exceptionnelles. Sauf que lorsque l’église appartient à des intérêts privés, la subvention ne couvre que 15 % des travaux, contre 45 % lorsqu’il s’agit d’une municipalité et de 75 % pour une fabrique, souligne Réjean Roy qui espère que Québec reverra à la hausse sa contribution.

Directrice générale d’Action patrimoine, Émilie Vézina-Doré est déçue que Québec ne veuille pas classer le bâtiment. « Le seul outil qui peut assurer la perpétuité de l’authenticité du bâtiment, c’est le classement », estime Mme Vézina-Doré. Et les projets de conversion d’églises les plus réussis comportent un usage collectif comme une bibliothèque par exemple, ajoute-t-elle.

Elle déplore que la quarantaine d’églises modernes cotées A ne bénéficient pas d’une meilleure protection bien que leur valeur patrimoniale soit jugée exceptionnelle.

Présidente de l’Ordre des architectes du Québec, Nathalie Dion avait cosigné la demande de classement avec Action patrimoine. Elle craint que l’aménagement d’unités résidentielles à l’intérieur de l’église altère le point de vue sur le plafond. Selon elle, il faudrait mieux encadrer le processus pour éviter les interventions de dernière minute dans de tels cas.

Le cas de Fatima

À Jonquière, une autre église exceptionnelle sera démolie sous peu. Construite au début des années 1960, l’église Notre-Dame-de-Fatima, à la forme évoquant un tipi amérindien, avait été dessinée par les architectes Léonce Desgagné et Paul-Marie Côté. Après avoir tenté d’aménager des condos dans le bâtiment, les propriétaires ont dû renoncer à leur projet, des études ayant conclu que l’église n’était pas « recyclable ».

Le 19 septembre dernier, les élus municipaux ont autorisé les propriétaires à demander un permis de démolition, rapportait Le Quotidien.

1 commentaire
  • Nicole Delisle - Abonné 1 octobre 2016 11 h 43

    Allez comprendre!

    On se rend en Europe et on paie pour visiter et admirer de belles églises et cathédrales qui ont traversé le temps et l'histoire. Elles font partie du patrimoine d'une ville, voire d'un pays. Elles sont mentionnées dans les guides touristiques. Ici,
    au lieu de les préserver et d'en faire des attraits pour les visiteurs, on cherche à s'en
    débarasser et à détruire des œuvres architecturales. Dommage que le gouvernement
    et le ministère de la Culture soient peu sensibilisés à cette réalité! Cela ne semble pas
    faire partie "des vraies affaires"!