Des villes intelligentes au service des citoyens

Hélène Roulot-Ganzmann Collaboration spéciale
Harout Chitilian est responsable de la réforme administrative, de la jeunesse, de la ville intelligente ainsi que des technologies de l’information à la Ville de Montréal.
Photo: Sylvain Légaré Harout Chitilian est responsable de la réforme administrative, de la jeunesse, de la ville intelligente ainsi que des technologies de l’information à la Ville de Montréal.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

« Gouvernement 3.0 », tel est le thème des Assises annuelles de l’Union des municipalités du Québec (UMQ) qui réuniront trois cents maires de toute la province dans la capitale jeudi et vendredi. Ou comment les nouvelles technologies peuvent aider les élus et les administrations à gouverner leur territoire. Le Devoir a parlé avec quelques-uns de ces maires branchés.

«À Magog, ça a commencé à la suite d’une réflexion pour relancer notre économie, raconte la mairesse Vicki May Hamm, qui préside par ailleurs le comité sur les villes intelligentes au sein de l’UMQ. On voulait la diversifier et s’en aller vers les technologies de l’information. Mais toutes les villes du Québec veulent faire ça, alors on se cherchait un créneau. C’est à travers ça qu’on a découvert le potentiel de la ville intelligente. Comment ça pouvait nous servir dans l’ensemble de notre planification stratégique, y compris le développement économique, mais aussi nos services aux citoyens. »

Magog sert notamment de laboratoire urbain pour tester de l’éclairage intelligent. Plusieurs applications mobiles ont été développées pour guider les touristes à travers ses rues et ses événements. Et la ville accueillera prochainement sur son territoire une école nationale en sécurité intégrée, qui traitera à la fois de sécurité informatique et de sécurité des bâtiments.

« La formation se donnerait à Magog, elle drainera des experts en la matière, et ça nous permettra de réfléchir à la manière de mieux utiliser les technologies pour le bien de nos administrés, explique la mairesse. Notamment en cas de situation de mesures d’urgence. »

Mme May Hamm donne l’exemple d’un épisode de verglas il y a deux ans de cela. Les lignes de téléphone fixe étaient inutilisables. Pas d’électricité non plus.

« La bonne vieille méthode, c’est de faire le tour et de cogner aux portes pour s’assurer que tout le monde est correct, raconte-t-elle. Ce qu’on fait dans certaines régions. Mais on a surtout découvert qu’on pouvait atteindre beaucoup de monde via les médias sociaux puisque les cellulaires, eux, fonctionnaient encore. Même chose durant les inondations historiques de 2013. Ça nous a fait réfléchir à la refonte de notre plan de mesures d’urgence au sein duquel, aujourd’hui, les médias sociaux tiennent une place importante. »


Soixante-dix engagements

À Montréal, le conseiller de Bordeaux-Cartierville, Harout Chitilian, est responsable de la réforme administrative, de la jeunesse, de la ville intelligente ainsi que des technologies de l’information. Son comité a défini une stratégie et pris soixante-dix engagements destinés à améliorer l’utilisation des nouvelles technologies. Parmi eux, la refonte de la politique des données ouvertes, qui a mené la semaine dernière à la publication du fichier sur la criminalité.

« Ça va aussi de la mise en place d’un wifi public et gratuit sur le Vieux-Port à une plateforme de veille sur les contrats octroyés, ou encore bien entendu à l’utilisation des médias sociaux, explique l’élu montréalais. Le bureau de la ville intelligente a un compte Twitter et un compte LinkedIn. Ça nous permet notamment d’organiser des campagnes de consultation. Je les utilise beaucoup également via mes comptes personnels. LinkedIn pour faire la promotion des opportunités à la Ville de Montréal par exemple, Facebook pour informer les citoyens de ce qui se passe sur le territoire, des décisions du conseil, etc. »

Mme May Hamm avoue elle aussi rejoindre de plus en plus ses administrés par ce moyen-là. Pour le contact direct que cela procure. Parce que cela lui permet de toujours entendre le bruit de fond de sa municipalité. Et parce que ça lui en dit long sur le niveau d’acceptabilité sociale de tel ou tel projet.

« On peut aussi rapidement corriger le tir, complète-t-elle. Je suis plus accessible pour certaines personnes qui n’oseraient pas me demander un rendez-vous. Et j’ai réussi à faire sortir des votes durant la dernière campagne. On rejoint nos plus jeunes concitoyens. »

« La communication est plus rapide et plus efficace, approuve Suzanne Roy, mairesse de Sainte-Julie et présidente sortante de l’UMQ. On peut aussi recueillir de merveilleuses idées. Les gens m’envoient des photos de choses qu’ils ont vues ailleurs lors d’un voyage. Mais les nouvelles technologies nous rendent également bien d’autres services. Souvenez-vous comment on inscrivait nos enfants dans les camps de jour auparavant. Il fallait faire la file parfois pendant plusieurs heures pour avoir des places. Aujourd’hui, on s’installe derrière son ordinateur. »

Profiter des technologies

Les exemples sont légion et nombreuses sont les municipalités qui tentent de tirer parti de ce que les technologies peuvent leur apporter. À Montréal et à Magog, on teste des applications pour suivre le déneigement en direct et ainsi savoir quand déplacer son véhicule. À Thetford Mines, la municipalité offre plusieurs zones wifi aux citoyens, entre autres à la piscine municipale, à la bibliothèque, à l’aréna et dans divers espaces extérieurs, dont le parc Notre-Dame. À Sainte-Julie, huit mille personnes reçoivent par courriel toutes les décisions prises au conseil municipal. L’UMQ prône d’ailleurs une plus grande transparence de la part des municipalités et propose à ses membres l’utilisation des technologies pour y parvenir.

Dans ce contexte, les élus veillent cependant à ne pas en faire trop. Ils sont conscients d’être dans un processus évolutif et de fonctionner par essais et erreurs.

« Il faut prêter attention à ce que ça ne devienne pas invasif, concède Mme May Hamm. Ne pas non plus partir du principe que tous nos concitoyens sont sur les réseaux sociaux. Il y a des gens qui utilisent encore les médias traditionnels. Je ne sais pas combien de temps encore ça va durer, mais pendant quelques années, nous allons devoir composer avec les deux méthodes. »

« La fracture numérique existe bel et bien, appuie M. Chitilian. Il y en a encore, soit qui n’ont pas accès aux plateformes numériques, soit qui ne les utilisent pas à un rythme poussé. Nous devons en tenir compte, conclut l’élu tout en expliquant pouvoir quant à lui travailler et gérer toutes ses fonctions facilement à partir de son seul cellulaire. Les administrations sont aujourd’hui bien plus réactives. Les technologies améliorent grandement notre qualité de services. »