Une première qui aura des suites

Stéphane Gagné Collaboration spéciale
Des représentants du Centre d’excellence sur les drones seront notamment de la mission de l’UMQ dans l’État de New York.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Des représentants du Centre d’excellence sur les drones seront notamment de la mission de l’UMQ dans l’État de New York.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Plusieurs mois après l’annonce gouvernementale d’une coupe de plus de 50 % des subventions allouées aux centres locaux de développement (CLD), des municipalités ont compris le message et pris le mandat du développement économique à bras le corps. En février dernier, l’Union des municipalités du Québec (UMQ) annonçait la mise en place d’une première mission économique regroupant cinq municipalités (Gatineau, Drummondville, Alma, Magog et Shawinigan) qui se déroulera dans le nord de l’État de New York, du 18 au 20 mai, et qui permettra la visite de trois villes importantes, Rome, Syracuse et Rochester.

Une première mission, mais pas la dernière

Pourquoi avoir choisi la région nord de l’État de New York ? « Il s’agit du plus gros marché d’exportation pour le Québec et, pour une première mission, nous trouvions logique de débuter à cet endroit », dit Maxime Pedneaud-Jobin, maire de Gatineau et chef de mission, qui sera accompagné de quelques entreprises de sa ville (le nom des entreprises participantes était sous embargo au moment d’écrire ces lignes).

On peut aussi se demander comment s’est fait le choix des villes participantes. « Les villes devaient avoir des projets en cours avec cette région ou y avoir un intérêt concret, dit le maire de Gatineau. En plus de ces motifs, Drummondville fait partie du groupe en raison de l’expertise qu’elle a développée pour ce genre de mission. »

Jusqu’à récemment, des missions semblables étaient organisées par des villes de plus grande taille, comme Montréal ou Québec, ou des villes proactives, comme Drummondville, ou encore à l’initiative des gouvernements du Québec ou du Canada. Ce qui est nouveau, cette fois-ci, c’est l’idée de regrouper plusieurs villes dans une même mission, sous la houlette de l’UMQ. Les maires, accompagnés de leur responsable en développement économique et de deux chefs d’entreprises (ou d’organismes) de leur municipalité, se rendront ensemble dans la région en autobus et visiteront chacune des villes.

Le maire de Gatineau tient à souligner que chaque ville québécoise couvre la grande partie des coûts du voyage (l’UMQ aidera un peu) et que chaque entreprise participante paiera ses dépenses.

Drummondville

Le maire de Drummondville, Alexandre Cusson (en poste depuis 2013), est très enthousiaste à l’idée de se rendre dans l’État de New York. « Nous souhaitons amorcer des contacts fructueux avec des entreprises de la région et les maires. Je crois aussi qu’une synergie pourrait se créer entre les participants [maires et chefs d’entreprises] des cinq villes québécoises présentes. »

Les deux entreprises qui accompagneront le maire sont Soprema, fabricant français de géomembranes pour toitures, fondations, etc. (l’entreprise vient d’investir 50 millions de dollars dans une nouvelle usine à Drummondville), et Aéronergie, issue de l’incubateur de la ville et spécialisée dans la fabrication de systèmes d’économie d’énergie (récupérateurs de chaleur, dépoussiéreurs performants, etc.). « Ces deux entreprises souhaitent développer des liens économiques avec la région et faire connaître leurs produits », dit le maire Cusson.

Alma

Le maire d’Alma, Marc Asselin, voit dans cette mission une occasion exceptionnelle de créer des liens. Deux organismes l’accompagneront, le Centre d’excellence sur les drones (CED), créé en 2011, et le Centre de transfert en extrusion (de l’aluminium), CTE, construit au coût de 12,5 millions de dollars et inauguré en 2015.

Pour ce qui est des drones, « nous avons déjà un rendez-vous avec un centre semblable au nôtre dans la ville de Rome, dit M. Asselin. On veut voir ce qu’ils ont fait jusqu’à présent. Ce secteur est en plein développement et les États-Unis ont déjà six centres similaires au nôtre sur leur territoire. L’intérêt pour faire de la recherche à Alma est grand, car nous avons un immense territoire peu peuplé où il est possible de faire des vols d’essai en toute sécurité ».

Le CTE, lui, produit déjà des pièces extrudées pour des usines qui font de la deuxième et de la troisième transformation de l’aluminium. « Cette visite constitue un premier pas vers le développement de ce marché », dit le maire Asselin, qui croit qu’il peut y avoir un intérêt de la part des entreprises de la région nord de l’État de New York.

Un voyage à l’horaire chargé

À leur arrivée dans la région, les participants à la mission feront plusieurs visites et rencontres. Ils visiteront notamment le Tech Garden, qui est un grand parc technologique situé dans la ville de Syracuse (une ville de 145 000 habitants et en comptant plus de 700 000 avec son agglomération). Ensuite, il y aura aussi une visite du Eastman Business Park, un parc industriel situé en banlieue de Rochester (une ville de 222 000 habitants, en comptant un million avec l’agglomération). Des visites dans les chambres de commerce de chacune des municipalités et des rencontres avec les maires sont aussi planifiées.

Un avenir prometteur

M. Pedneaud-Jobin voit cette première mission économique comme un projet-pilote. « L’UMQ pourrait appuyer d’autres villes qui voudraient faire des missions semblables et faciliter leur regroupement, dit-il. Des missions pourraient aussi se dérouler à l’extérieur du continent. »

L’engouement est là. Le maire de Gatineau mentionne qu’une quinzaine d’entreprises de sa ville ont exprimé un grand intérêt pour participer à la mission. « Étant donné le nombre de places restreint dans l’autobus, nous avons dû limiter le nombre de participants, mais cela est très prometteur pour l’organisation d’autres missions semblables », dit-il.

L’UMQ et ses municipalités membres pourraient ainsi jouer un rôle accru dans le développement économique des régions du Québec. Et des missions de ce genre sont fondamentales dans le contexte où le marché québécois est saturé et où la concurrence nationale et internationale est très forte, mentionnait un communiqué de l’UMQ portant sur cette mission.