Fermetures de caisses Desjardins: cri d’alarme en Haute-Côte-Nord

Desjardins a pris la décision de regrouper ses services à Forestville, à 25 kilomètres de là. On invoque la faible utilisation des points de services et l’augmentation des transactions sur le Web.
Photo: Michaël Monnier Le Devoir Desjardins a pris la décision de regrouper ses services à Forestville, à 25 kilomètres de là. On invoque la faible utilisation des points de services et l’augmentation des transactions sur le Web.

En Haute-Côte-Nord, des élus se mobilisent pour empêcher la fermeture de trois points de services des Caisses Desjardins à Longue-Rive, à Colombier et à Portneuf-sur-Mer. Ils craignent que ce départ crée un effet d’entraînement.

« Pour notre communauté, ce n’est pas juste un service de Caisse populaire, explique le maire de Longue-Rive, Donald Perron. On se bat pour garder notre village ouvert. »

Desjardins a pris la décision de regrouper ses services à Forestville, à 25 kilomètres de là. On invoque la faible utilisation des points de services, l’augmentation des transactions sur le Web, un discours entendu maintes fois ces dernières années un peu partout au Québec.

Or dans ce cas-ci, le niveau d’alerte est renforcé parce qu’il s’agit de trois municipalités dévitalisées. « Nous autres, on se bat pour nos églises, nos bureaux de poste, nos écoles et nos postes d’essence et là, les Caisses populaires viennent enfoncer le clou encore un peu plus. »

Le village de Longue-Rive compte un peu plus de 1200 habitants. Le maire Perron s’inquiète tout particulièrement pour ses personnes âgées. « Ça touche les personnes les plus vulnérables. » Il craint surtout un effet d’entraînement. « Les gens qui vont aller au point de service de Forestville, ils vont en profiter pour aller au supermarché là-bas. Ils ne viendront pas à la coop alimentaire ici. »

«Valeurs coopératives »

Cette semaine, les trois maires ont écrit au nouveau président du Mouvement, Guy Cormier, pour le sensibiliser à leurs problèmes. Ils rappellent au nouveau patron sa « déclaration visant à ramener Desjardins vers ses valeurs coopératives » et son souci des régions. Ils disent que « la colère gronde dans leur région », qu’ils « ne lâcheront pas » et « sont prêts à aller jusqu’au bout ».

Invité à préciser, M. Perron demande au moins un compromis comme un « service itinérant ». « On nous dit que la décision est irrévocable. Tout ce qu’on nous propose, c’est qu’une personne vienne une fois par semaine pour enseigner aux personnes âgées à utiliser les ordinateurs [et les sites] comme Accès D », déplore-t-il.

Les administrateurs locaux de la Caisse doivent s’expliquer lors d’une assemblée générale prévue pour le 26 avril. En attendant, le bureau national de Desjardins a fourni au Devoir quelques explications vendredi. « Ce sont toujoursdesdécisions qui sont difficiles à prendre pour les dirigeants de Caisses de ces municipalités-là, souligne la porte-parole Valérie Lamarre. La présence de Desjardins sur la Côte-Nord est quand même plus élevée que celle de toutes les banques réunies », dit-elle en précisant que le réseau régional compte « une trentaine » de points de services.

À la grandeur du Québec, Desjardins compte 1078 points de services et 2083 guichets. C’est 29 % de moins que ce qui était offert en 2010. Au cours de la même période, le nombre de transactions au comptoir est passé de 125 millions à 89 millions par année. Au guichet, il est passé de 245 millions à 175 millions.

4 commentaires
  • Bernard Terreault - Abonné 16 avril 2016 08 h 33

    Y a-t-il de l'emploi ?

    De quoi vivent ces communautés appelées ici "dévitalisées"? Est-ce que leur sort est semblable à celui des réserves indiennes? S'il y a là des entreprises, des emplois bien rémunérés, si les jeunes y travaillent, les banques ou les Caisses Desjardins voudront en profiter. J'espère que je me trompe, mais j'ai l'impression qu'il s'agit quelquefois de "réserves pour blancs". Ce n'est ainsi qu'on construit une société avancée.

  • Louise Gagnon - Inscrite 16 avril 2016 09 h 54

    Notre Caisse populaire avilie

    Elle a trempée comme tous les autres dans les Paradis fiscaux et maintenent elle exgige la compression dans les services aux plus vulnérables.
    Le monde à l'envers. Cette Caisse n'est plus la nôtre, elle appartient aux plus riches de la terre.

  • Robert Chénier - Abonné 16 avril 2016 11 h 12

    L'empreinte de Monique Leroux

    Voilà l'héritage que la bully du mouvement Desjardins a laissé. Mme Leroux a été la Gaétan Barrette du mouvement. Ce que je retiens de son mandat c'est la job de bras qu'elle a faite partout au Québec. Faire plus avec moins. Plus de profit et moins de succursales!Elle appelle ça de la rationalisation ou de l'optimisation. J'appelle ça de la trahison.
    La succursale où je faisais affaire à Beloeil depuis plus de 40 années à été fermée durant son mandat pour laisser place à des guichets qui ne fonctionnent pas toujours bien. On nous a avisé dans une lettre laconique qu'on devait à l'avenir se rendre à une autre succursale mais on conservait (pour combien de temps?) les guichets.
    La caisse populaire,qui se donne des airs de mouvement coopératif, fait tout ce qu'il faut pour devenir la banque Desjardins.
    Il n'y a plus d'argent à faire avec les gens de la Basse Côte-Nord, on les a syphoné à l'os, alors on les abandonne. Dégueulasse!

  • Daniel Lemieux - Abonné 16 avril 2016 12 h 11

    Desjardins, mouvement « coopératif » ?

    Même en assemblée générale, les membres n'auront aucune possibilité de faire revenir les administrateurs sur leur décision, voilà où en est rendu le Mouvement Desjardins, qui n'a plus aucune obligation « morale » envers ses commettants.

    On ne ferme pas seulement des points de services, on retire même des guichets automatiques jugés peu performants, partout au Québec.

    Seul un sens de la fidélité aux institutions québécoises retient la clientèle de Desjardins, à qui les banques traditionnelles proposent pourtant une meilleure offre de services.