Le gouvernement Couillard au front pour montrer qu’il «est en action»

Le gouvernement libéral est sur la sellette depuis l’arrestation de l’ex-vice-première ministre, Nathalie Normandeau.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le gouvernement libéral est sur la sellette depuis l’arrestation de l’ex-vice-première ministre, Nathalie Normandeau.

Le premier ministre Philippe Couillard cherche par tous les moyens à dissiper l’impression qu’il est à la tête d’un « parti pourri » ayant tabletté le rapport de la commission Charbonneau. Il a envoyé au front jeudi quatre ministres afin de faire le point sur la mise en oeuvre des 60 recommandations émises par France Charbonneau et Renaud Lachance le 24 novembre dernier.

« L’objectif de notre rencontre, c’est de vous démontrer que notre gouvernement est en action », a déclaré sans détour la ministre de la Justice, Stéphanie Vallée, au terme d’une semaine trouble pour l’équipe gouvernementale. Elle a évalué à vue d’oeil à « une dizaine », puis à « près d’une quinzaine » le nombre de recommandations contenues dans le rapport Charbonneau déjà en oeuvre ou en voie de l’être. « On préfère être au travail que dans le lançage d’insultes », a-t-elle affirmé lors de la présentation d’un « rapport d’étape ».

Une version corrigée et augmentée du projet de loi facilitant la divulgation d’actes répréhensibles dans les organismes publics est sur la bonne voie, a souligné le président du Conseil du trésor, Sam Hamad. Les lanceurs d’alerte au sein du gouvernement du Québec, des municipalités ainsi que des entreprises privées fournissant des produits ou des services à l’État seront protégés, a-t-il promis.

Pour sa part, le ministre des Transports, Jacques Daoust, s’est dit convaincu de voir les quatre recommandations visant « plus spécifiquement » le MTQ déployées « d’ici quelques mois ». Il a confirmé la mise sur pied d’un comité d’experts indépendants chargé d’approuver la programmation des projets du MTQ, qui est « le plus grand donneur d’ouvrage du gouvernement ». « [Jacques Girard, Jean Bédard et Louis Lévesque] seront en mesure d’évaluer si on a établi les priorités correctement et si les processus d’octroi ont été faits correctement », a souligné l’élu libéral. Après avoir renoncé aux « consultants […] où tout est plus cher », le MTQ est affairé à rebâtir son expertise, en recrutant des dizaines de nouveaux employés, dont un important contingent d’inspecteurs de structures. « Sur les 970 ressources qui ont été identifiées, on en a déjà 622 qui ont été recrutées », s’est réjoui M. Daoust.

Le ministre libéral a aussi indiqué que 5500 des 6500 employés du MTQ ont à ce jour suivi une formation leur permettant de « détecter des situations de collusion puis de corruption ». « Ça vous fait beaucoup de lanceurs d’alerte à l’interne, ça. »

De son côté, la ministre responsable de la Réforme des institutions démocratiques, Rita de Santis, s’est mise à la tâche de donner suite aux recommandations de la commission Charbonneau en matière de financement des partis politiques. « J’ai invité les membres de l’opposition et des autres partis à venir à des consultations pour qu’on atteigne un consensus, comme c’est habituel dans tout ce qui touche laLoi électorale », a-t-elle fait remarquer.

Délai de prescription

Une ligne de fracture est d’ores et déjà apparue sur la question du délai de prescription de poursuite pénale après une infraction aux règles de financement politique. Mme de Santis souscrit à l’idée défendue à la fois par la commission Charbonneau et le Directeur général des élections du Québec (DGEQ) d’appliquer un délai de prescription de trois ans après la connaissance de l’infraction par le poursuivant, sans excéder sept ans depuis sa perpétration. Le Parti québécois, la Coalition avenir Québec et Québec solidaire plaident plutôt pour l’adoption d’un délai de prescription de vingt ans.

Le chef de la CAQ, François Legault, a appelé le gouvernement libéral à la cohérence. À l’heure actuelle, « M. Couillard se distancie de Nathalie Normandeau, puis Jean Charest, mais il veut garder l’argent qui a été collecté par Nathalie Normandeau puis Jean Charest », a-t-il affirmé, tout en lui demandant une nouvelle fois de rembourser la somme de tous les dons amassés par Mme Normandeau entre 1998 et 2011.

Selon QS, la sortie médiatique des quatre ministres libéraux apparaissait jeudi comme un « exercice de relations publiques ». « Après plusieurs jours de tourmente, je crois que le gouvernement libéral devait faire ce qu’on appelle en bon français du “damage control” », a soutenu Françoise David.

Le « rapport d’étape » des ministres libéraux consistait « juste à calmer le jeu et calmer la pression », est d’avis la professeure de droit Martine Valois. « Parmi les dix recommandations qui sont en application, il y en a neuf qui ont été mises en place par un autre gouvernement ou avant que le rapport soit publié. […] Ça ne démontre pas un engagement ferme à mettre en oeuvre les recommandations du rapport. »

Avec Jeanne Corriveau

UPAC: Lafrenière intouchable?

Après le coup de filet impliquant notamment l’ex-ministre Nathalie Normandeau, le gouvernement libéral enverrait un message « assez catastrophique » s’il ne renouvelait pas le mandat du commissaire à la lutte contre la corruption, Robert Lafrenière, estime l’élue solidaire Françoise David. « Si j’étais le gouvernement du Québec, j’hésiterais, en tout cas », a-t-elle dit. Il a en quelque sorte contraint le gouvernement à y penser à deux fois avant de confier les commandes de l’UPAC à un autre individu. « Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il a fait ce qu’il fallait faire pour s’assurer d’être au moins dans la liste très courte des aspirants à son remplacement. Ça, c’est certain», a-t-elle ajouté.
11 commentaires
  • Patrick Daganaud - Abonné 25 mars 2016 07 h 02

    Éviter de remonter à la source

    Toute cette mascarade ne vise qu'à empêcher de remonter à la source.

    Cette source polluée qui a contaminé tout un parti.
    Tous ses ministres, jusqu'à l'échelon suprême.

    Tous ceux qui sont partis.
    Tous ceux qui sont revenus.
    Tous ceux qui sont là.

  • Gaston Bourdages - Abonné 25 mars 2016 07 h 32

    Je suis de celles et ceux pour qui....

    ...il en nécessitera beaucoup plus que cette sortie de ministres pour,d'une part, avoir confiance en ces gens et d'autre part, éliminer le cynisme de mauvais goût m'habitant.
    Comme toutes et tous, je suis propriétaire de ces argents sales. Qui d'autre que nous en avons été les bailleurs de fonds ?
    S'il était demandé à ces gens comment ils définissent le mot «impunité» ?
    Pourquoi la corruption ? Pourquoi la collusion ?
    Gaston Bourdages,
    Saint-Mathieu-de-Rioux, Qc.

  • Jean-François Trottier - Abonné 25 mars 2016 08 h 39

    Pire que tout

    Couillard nous a promis, en toutes lettres, le gouvernement le plus transparent de l'histoire.

    Ce gars est un phénomène . Il ment des années à l'avance!!

    Si ce gouvernement avait une réelle intention d'honnêteté, il créerait une vaste table de discussion sur l'appplication du rapport Charbonneau avec tous les partis, des représentants syndicaux, patronaux, groupes d'entraide et probablement madame Charbonneau comme conseillère privilégiée. C'est ça, la transparence.

    On est transparent ou pas. Or, on n'a rien entendu au sujet des suite du rapport Charbonneau de la part de ce.... dois-je dire gouvernement ?

    Chaque jour, chaque geste tant de Très Docte Couillard que de chacun de ses ministres crie le secret et le faux-fuyant quand ce n'est pas le mensonge éhonté.

    Le temps de réflexion actuel est utilisé pour concocter une loi dont on aura créé les failles avant quoi que ce soit. C'est grossier et effronté. Faut vraiment être sûr de conserver le pouvoir à jamais pour agir ainsi.

    La colère, chaque jour un peu plus.

    • Nicole Delisle - Abonné 25 mars 2016 13 h 49

      Qui a cru vraiment M. Couillard quand il parlait de transparence alors qu'il
      ne nous a jamais dévoilé s'il a toujours des avoirs dans des paradis fiscaux? Et que dire de toutes ses explications emberlificotées concernant
      ses anciens amis Porter et cie. Pour M. Couillard, la transparence se résume à ce qu'il veut bien laisser filer à travers les mailles du filet.....

  • Raymond Chalifoux - Abonné 25 mars 2016 08 h 48

    Les Libéraux en action?

    Ça va, on avait déjà remarqué les formidables résultats de cette équipe de démolisseurs. Merci, sans façon, ça va comme ça, vous pouvez même prendre une pause. De dix ans.

  • Fernand Laberge - Abonné 25 mars 2016 08 h 52

    Question de priorité...

    Une belle sortie, forcée par les événements, pour nous dire que des choses s'en viennent.

    Il n'y a pas eu de tel délai pour la rigueur/austérité...