Une rencontre avec le fédéral aura lieu lundi à Beauharnois

Construit en 1967, le Kathryn Spirit, d’une longueur de 150 mètres, était utilisé pour le transport de marchandises.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Construit en 1967, le Kathryn Spirit, d’une longueur de 150 mètres, était utilisé pour le transport de marchandises.

Des responsables fédéraux doivent venir discuter du sort d’un cargo abandonné sur les côtes de Beauharnois, lundi, avec les autorités de cette municipalité de la Montérégie.

Le Kathryn Spirit a été amené à Beauharnois en 2011 par une firme privée ayant voulu démanteler le navire dans le fleuve Saint-Laurent et le vendre à la ferraille.

« Ce bateau est arrivé une nuit, on s’est réveillé le lendemain matin, et il y avait un bateau accroché sur une barge », a relaté le maire, montrant du doigt le navire sur les côtes du lac Saint-Louis, qui s’écoule dans le fleuve Saint-Laurent.

La firme locale, Groupe St-Pierre, a éventuellement vendu le cargo à une entreprise mexicaine, qui a apparemment fait faillite et abandonné le navire il y a quelques semaines.

Une autre entreprise québécoise ayant été embauchée pour assurer la maintenance du navire et mettent les pompes en activité afin de le garder en position horizontale a récemment cessé ces manoeuvres puisqu’elle n’a pas reçu les montants prévus.

Le ministre fédéral des Pêches, Hunter Tootoo, a voulu rassurer M. Haineault en faisant valoir que le Kathryn Spirit ne laissait pas s’échapper de polluants et que la « vaste majorité » de ceux-ci avaient été retirés en 2013.

« Le gouvernement du Québec a confirmé que le Kathryn Spirit ne présentait actuellement aucun risque de contamination dans l’environnement et des mesures sont en vigueur pour surveiller activement le navire pour s’assurer qu’il n’y ait pas de dommages causés par la pollution », a écrit M. Tootoo dans une lettre datée du 22 janvier.

Mais M. Haineault affirme que la Ville n’a jamais eu droit à un relevé détaillé des composantes du navire, et craint une catastrophe environnementale si rien n’est fait, étant donné que plus personne n’assure la maintenance du cargo. Les actes de vandalisme — notamment deux incendies — ont été plus courants.

« Ce qu’on sait par [l’ancienne] firme qui en assurait l’entretien, c’est qu’elle a recommandé à nos pompiers de ne pas aller sur le bateau en cas d’incendie. [Les responsables de la firme] disent que ce serait extrêmement dangereux pour les produits toxiques et les fumées toxiques qui se dégageraient de cela en milieu clos », a indiqué le maire.

Le navire est encastré dans de la glace mince et ancré à un quai de fortune.

« Ce bateau prend l’eau, il va se remplir, se caler au fond et va aller vers le large et si rien n’est fait, il va se coucher dans le fleuve. […] Ça fait un an et demi qu’ils le maintiennent à flot à coup de pompage, mais il n’y a personne pour les payer », a expliqué M. Haineault.

 
Démantèlement sabordé
 

Construit en 1967, le Kathryn Spirit, d’une longueur de 150 mètres, était utilisé pour le transport de marchandises. En 2011, le projet de Groupe St-Pierre de démanteler le navire pour la ferraille a été sabordé par la province et les résidants locaux. L’entreprise a vendu le navire à Reciclajes Ecologicos Maritimos, qui avait l’intention de le ramener au Mexique.

Ce départ a été près d’avoir lieu en 2013, mais le remorqueur qui devait s’en charger a été stoppé à Halifax et saisi avec son équipage oeuvrant dans de terribles conditions.

M. Haineault a affirmé que le gouvernement fédéral n’avait pas répondu de manière appropriée à ses inquiétudes.

Le maire et la députée fédérale locale ont fait valoir que le navire ne représentait pas un problème uniquement pour Beauharnois — et que s’il y a contamination dans le fleuve Saint-Laurent, cela pourrait créer des problèmes en aval à Montréal et dans les municipalités environnantes.

Le comité exécutif de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) a adopté récemment une résolution pour appuyer le maire Haineault dans ses démarches pour faire retirer du fleuve l’épave du cargo Kathryn Spirit, parlant d’une « nuisance » et d’un « risque environnemental ».

La députée néodémocrate de Salaberry—Suroît, Anne Minh-Thu Quach, réclame une intervention fédérale depuis 2011.

« Je me dis que s’ils attendent une fuite ou une catastrophe avant d’agir, ça va coûter vraiment plus cher aux contribuables pour décontaminer l’eau, replacer le bateau. […] L’état du bateau ne va pas s’améliorer, et personne ne s’en occupe présentement », a-t-elle soutenu.

Le gouvernement fédéral a indiqué qu’il travaillerait sur un plan de secours, mais Mme Quach et M. Haineault ont fait valoir qu’une réponse plus immédiate était nécessaire.

« Ce qu’on demande, c’est que ce bateau quitte les installations à Beauharnois parce que ce n’est pas une installation portuaire, a dit le maire. On s’objecte à ce qu’il y ait de la démolition de bateau qui se fasse là. […] Ça devrait être envoyé dans des cales sèches et démoli là en protégeant l’environnement. »