Le tiers des infrastructures gérées par les villes sont dans un état passable, ou pire

Les conduites d’eau font partie des nombreuses infrastructures qui sont sous la responsabilité des villes.
Photo: iStock Les conduites d’eau font partie des nombreuses infrastructures qui sont sous la responsabilité des villes.

Le tiers des infrastructures municipales canadiennes sont dans un état passable, mauvais ou très mauvais, ce qui accroît le risque de perturbation des services à la population, révèle le plus récent Bulletin de rendement des infrastructures canadiennes produit notamment par la Fédération canadienne des municipalités (FCM) et dont Le Devoir a obtenu copie.

Produit en collaboration avec l’Association canadienne de la construction, l’Association canadienne des travaux publics et la Société canadienne de génie civil, le document dresse un portrait de l’état des infrastructures qui sont sous la responsabilité des municipalités canadiennes. Et d’un océan à l’autre, le bilan n’est pas très reluisant. « Partout au pays, on peut constater l’urgence d’investir rapidement dans les infrastructures, soutient la troisième vice-présidente de la FCM, Sylvie Goneau. Et plus on attendra, plus ça nous coûtera cher. » Selon elle, la question n’est donc plus de savoir si on doit investir, mais plutôt quand on le fera.

À l’heure actuelle, la Fédération estime que les investissements pour venir en aide aux municipalités sont insuffisants par rapport à ce qui serait nécessaire sur le terrain. Impossible toutefois de savoir à combien s’élèverait la facture totale. De fait, la FCM et ses partenaires ont décidé de ne pas quantifier le déficit auquel font face les villes canadiennes, les besoins étant trop différents d’un endroit à l’autre.

Manque à gagner

Entre les conduites d’eau à colmater, les routes et les ponts à remettre en état et les nouvelles infrastructures de transport collectif à développer pour répondre aux besoins de plus en plus importants, les municipalités ne savent plus toujours où donner de la tête puisqu’elles sont responsables de plus de 60 % des infrastructures. « Toutes les municipalités accusent un retard, que ce soit dans l’entretien des actifs ou dans le développement de nouveaux services », affirme la troisième vice-présidente de la Fédération.

À titre d’exemple, Sylvie Goneau cite le cas de Gatineau, où elle est conseillère municipale depuis 2009. « Ça fait des années que la majeure partie de notre budget va à l’entretien de notre réseau routier, explique-t-elle. Ce choix fait en sorte que, bientôt, nous serons obligés de fermer les arénas faute d’investissement. Nous n’avions pas le choix de prioriser les routes. Nous avons une liste de priorité et un budget limité. » Le déversement des eaux usées à Montréal qui a fait beaucoup jaser l’automne dernier est, à son sens, un autre exemple qui explique très bien le manque à gagner avec lequel les villes canadiennes doivent composer au quotidien.

Programme flexible

Au-delà des budgets plus importants, la FCM espère que le gouvernement fédéral mettra rapidement sur pied un programme de transfert de fonds flexible qui permettra d’accorder aux municipalités les budgets dont elles ont besoin. « Ce sont elles qui sont le mieux placées pour savoir quel secteur est prioritaire, soutient Mme Goneau. Après, c’est certain que les différents paliers de gouvernement doivent travailler en collaboration, mais il est essentiel que les municipalités aient leur mot à dire sur la manière dont cet argent doit être dépensé. »

L’élection, en novembre dernier, du gouvernement libéral de Justin Trudeau donne toutefois bon espoir aux municipalités de voir un changement s’opérer du côté d’Ottawa. « Ils ont promis durant la campagne électorale qu’ils investiraient massivement dans les infrastructures partout au pays et le premier ministre l’a redit au discours du Trône [au début du mois de décembre 2015], conclut la troisième vice-présidente de la FCM. Ce gouvernement semble avoir compris que les infrastructures municipales sont un élément stratégique de l’économie canadienne. »

1 commentaire
  • Tim Yeatman - Abonné 19 janvier 2016 10 h 57

    Où va notre argent?

    Mais où va l'argent du contribuable: les taxes municipales, provinciales, de vente? Nos impôts payés au provincial, au fédéral? Où va tout notre argent????

    Johanne Dion
    Richelieu, Qc