Le promoteur est d’avis que Québec arrive trop tard

Réjean Roy, propriétaire des Habitations Réjean Roy, a acheté, avec un associé, l'église Saint-Gérard-Majella en octobre dernier pour 800 000 $.
Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir Réjean Roy, propriétaire des Habitations Réjean Roy, a acheté, avec un associé, l'église Saint-Gérard-Majella en octobre dernier pour 800 000 $.

« La cloche a sonné un peu tard pour le patrimoine », estime le promoteur immobilier qui a acheté l’église Saint-Gérard-Majella, à Saint-Jean-sur-Richelieu. Réjean Roy juge que Québec aurait dû intervenir bien plus tôt pour tenter de sauver l’église, qui sera démolie sous peu afin de faire place à un projet domiciliaire.

« Ça fait deux ans que l’église est à vendre », signale Réjean Roy, propriétaire des Habitations Réjean Roy qui, avec un associé, a acheté l’église Saint-Gérard-Majella en octobre dernier pour 800 000 $.

Dans son édition de samedi, Le Devoir révélait que Québec étudiait la possibilité de classer l’église jugée exceptionnelle afin de la protéger. Construite en 1962 selon les plans de l’architecte Guy Desbarats, l’église a reçu la cote A du Conseil du patrimoine religieux du Québec. Comme la démolition de l’immeuble est imminente, le ministère de la Culture devrait mener son analyse du dossier promptement, a indiqué le cabinet de la ministre Hélène David.

En décrépitude

Réjean Roy doute que le classement soit une solution raisonnable. « L’église est en mauvais état. Il n’y a plus de chauffage ni d’électricité. C’est vraiment en décrépitude. Et elle a été mal construite, explique-t-il. Les vitraux sont en plexiglas d’un huitième [de pouce] d’épais. Donc, c’est extrêmement froid. L’eau s’est infiltrée dans les murs de briques, et la laine isolante est pleine de moisissures. La toiture est à refaire. Il n’y a pas d’isolant dans le toit et sur le béton dans le sous-sol. Et le clocher est près de tomber et les cloches sont déjà parties. »

De plus, le mobilier, de même que tous les objets qui se trouvaient à l’intérieur de l’église, ont été vendus, a précisé le promoteur.

Réjean Roy admet toutefois que si jamais Québec classait l’église, ce qui la protégerait d’une démolition, il se plierait à cette décision : « On n’a pas le choix. On est régis par le gouvernement. » Mais il rappelle que le rachat de la propriété, le remboursement des investissements qu’il a déjà consentis et la remise à neuf de l’église pourraient coûter cher, quelque 5 millions de dollars, évalue-t-il. « Pour faire quoi ? Un musée ? Je pense que ça ne ferait qu’un éléphant blanc. »

Rappelons que la fabrique de la paroisse Saint-Jean-L’Évangéliste avait estimé à 3 millions le coût des travaux requis.

Site convoité

Pour ce qui de l’architecture de l’église, qui a été qualifiée d’originale et de remarquable par plusieurs groupes de défense du patrimoine, Réjean Roy dit ne pas partager cette appréciation. « C’est relatif, dit-il. Selon moi, il y a beaucoup d’églises pas mal plus belles que celle-là. Le style architectural est intéressant, mais la conception a été très mauvaise. »

M. Roy signale que lorsque la fabrique a mis en vente l’immeuble, le site a suscité bien des convoitises de la part de promoteurs, car il est bien situé. Le projet qu’il propose prévoit la construction de 104 unités. L’homme d’affaires souhaite d’ailleurs soumettre dès la semaine prochaine aux autorités municipales les plans de son projet et la demande de démolition de l’église.

La Ville de Saint-Jean-sur-Richelieu a déjà indiqué qu’elle ne se mêlerait pas du dossier, mais elle devra éventuellement se prononcer sur le changement de zonage, la démolition de l’immeuble et la conformité du projet immobilier.

2 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 14 janvier 2016 01 h 11

    Dans les poches de quelque predateurs

    Comme si ce n'était pas prévisible c'est quoi ces promoteurs qui nous prennent pour des imbéciles, digne représentants des humains prédateurs comme si on était pas dupe du procédé, dans cinquante ans on se dira ou sont passées nos églises pour lesquelles les gens ont tellement investis, dans les poches de quelques prédateurs et que fait l'état, il se désiste

  • François Beaulé - Abonné 14 janvier 2016 10 h 05

    Gardons les plans !

    Si le promoteur dit vrai, il aurait coûté très cher pour restaurer et améliorer l'isolation thermique de ce bâtiment qui n'a pourtant que 54 ans. Mieux vaut le démolir vu l'état de décrépitude qu'il a atteint.

    Mais gardons les plans, tout d'un coup que les Québécois redeviendraient religieux !