Des oasis urbaines

En plus d’offrir des produits peu chers, l’organisation montréalaise Le Sésame favorise la socialisation.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir En plus d’offrir des produits peu chers, l’organisation montréalaise Le Sésame favorise la socialisation.

En plus des projets dans les dépanneurs, les initiatives en alimentation se multiplient à Québec et à Montréal. Comme on le constate dans Limoilou et Mercier-Est.

« Avec 6 $, je vais pouvoir me faire un bon bouilli. » Quand elle entend ce genre de phrase, Gracia Adam se dit : « Mission accomplie. » Le P’tit marché solidaire de Limoilou vend des fruits et légumes à bon marché dans les déserts alimentaires du secteur depuis 2013.

Il a ceci d’original que les produits sont distribués par des cyclistes, comme pour les Fruixi à Montréal. « Nos vélos sillonnent les rues de Limoilou. Ils font cinq parcs et trois bibliothèques les samedis et dimanches. À chaque endroit, ils font des arrêts de 45 minutes. On a des ententes avec deux agriculteurs de l’île d’Orléans et Saint-Nicolas, qui nous font des prix de gros, et on revend au prix coûtant. » Depuis peu, le supermarché local s’est joint au projet et fournit des fruits à prix abordable.

Le P’tit marché grandit un peu plus à chaque saison. L’an dernier, 700 personnes ont utilisé le service et un sondage a révélé que le tiers d’entre elles souffraient d’insécurité alimentaire modérée ou aiguë.

« L’insécurité alimentaire commence quand on a peur de manquer de nourriture, précise Mme Adam. À ce stade, on parle d’insécurité modérée. Elle devient aiguë quand la personne commence à sauter des repas pour qu’il lui en reste assez jusqu’à la prochaine rentrée d’argent. »

Les vélos du P’tit marché doivent faire leur dernière tournée 2015 cette fin de semaine, mais un marché fixe reste en fonction une petite semaine de plus, à l’angle des rues de l’Espinay et de Guyenne.

Du côté de Montréal, l’organisme Le Sésame innove aussi avec un ambitieux projet dans Mercier-Est. Fondé en 2000, il s’apprête à inaugurer le Ceres, un centre regroupant toutes sortes d’activités en alimentation : fruiterie bon marché, bistro, cuisine collective, etc. « Les gens paient moins cher pour leurs fruits et légumes. En plus, ils peuvent manger sur place. Pour 10 $, ils ont une entrée, un repas, un dessert, avec café, thé ou tisane, taxes incluses », résume le directeur, Stéphane Tremblay.

Une logique inversée

Il a constaté avec surprise que ses fruits et légumes restent bon marché même avec une marge bénéficiaire de 30 ou 40 %. « Les grandes chaînes vont mettre au rabais des fruits et légumes pour lesquels ils ne font aucun profit, comme les bananes ou les tomates, pour attirer de la clientèle. Mais, sur le reste des fruits et légumes, ils peuvent faire des profits de 75, 100, 200 % », affirme-t-il.

À ses yeux, c’est toute la logique de notre pouvoir d’achat qui est à l’envers. « Ça coûte cher, des fruits et légumes. Il y a 30 ans, ce sont les produits transformés qui coûtaient plus cher. Maintenant, c’est l’inverse. Les gens qui ont moins de sous sont aujourd’hui capables de s’en procurer plus facilement. »

En plus d’être moins chers, les fruits et légumes de Sésame ont l’avantage d’être vendus à l’unité. « Dans les grandes chaînes, ils sont vendus à la livre et au kilo. Ça n’a pas l’air cher au kilo, mais on arrive à la caisse et on se rend compte que ça coûte 5 $. Ici, même les patates sont vendues à l’unité. Les aînés, par exemple, ne vont pas acheter un sac de cinq livres de patates. »

Son entreprise en économie sociale est en outre un lieu de socialisation, dit-il. « Les gens viennent acheter leurs patates, ils voient du monde et ça leur a coûté 25 cents l’unité. »

Les revenus autonomes ne suffisent pas, toutefois, à couvrir tous les frais. Environ 50 à 60 % du budget est financé par d’autres organismes, dont la Direction régionale de la santé publique (DRSP) et des fondations (Du Grand-Montréal et McConnell).

Au total, la première soutient activement 14 initiatives du genre, dont celle des dépanneurs et différents projets d’agriculture urbaine.

La DRSP de Québec soutient elle aussi le P’tit marché solidaire, avec l’appui d’organismes comme la Fondation du CSSS de la Vieille-Capitale. Elle aussi travaille pour un projet-pilote de potagers urbains.