La Dame de granit tire sa révérence

Colette Roy Laroche, ici photographiée dans les premières heures de la tragédie de juillet 2013, dit vouloir prendre du repos après deux années très exigeantes.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Colette Roy Laroche, ici photographiée dans les premières heures de la tragédie de juillet 2013, dit vouloir prendre du repos après deux années très exigeantes.

La mairesse de Lac-Mégantic se retire la vie politique dans un concert d’éloges… et quelques notes dissonantes. Après 13 ans à la tête de cette ville durement éprouvée, Colette Roy Laroche a annoncé jeudi sa décision de ne pas se présenter aux élections du 1er novembre prochain. Toute la classe politique a tenu à saluer son engagement envers le service public, tandis que les plus vives critiques sont venues de résidents de la localité.

La décision a été « longue et difficile à prendre », selon la porte-parole de la Ville de Lac-Mégantic, Karine Dubé. « Le goût de poursuivre est fort », écrit Mme Roy Laroche dans une lettre aux Méganticois. Mais « le bourreau de travail », comme la décrit Mme Dubé, a décidé de penser à elle. « La somme de travail exigée à la mairie, particulièrement au cours des deux dernières années, et la maladie et le décès de mon mari au cours de la dernière année me dictent de ralentir, de prendre du repos, de penser à ma santé et à ma famille », explique la mairesse.

« Idole » du maire de Montréal, « icône » à la « force énigmatique » pour son homologue Régis Labeaume, la « Dame de granit » est devenue le visage de la catastrophe qui a défiguré sa ville adorée le 6 juillet 2013. La présidente de l’Union des municipalités du Québec (UMQ), Suzanne Roy, s’est empressée de souligner le « leadership inspirant » d’une « collègue et administratrice impliquée, dévouée et solidaire ». Interrogé par des journalistes, Denis Coderre ne tarissait pas d’éloges à son endroit : « Je veux la saluer, la remercier pour tout ce qu’elle a fait. Elle a probablement vécu ce qu’il y a de pire en politique, elle a démontré comment se comporter dans l’adversité. Elle a été admirable et fantastique. »

Ces effusions d’admiration ne se sont pas arrêtées à la sphère municipale. Le premier ministre du Canada a salué la magistrate de cette petite ville d’à peine 6000 habitants. « Je vous rends hommage, Mme Colette Roy Laroche, pour votre courage, votre résilience », a-t-il écrit sur Twitter. Le travail de celle qui a été présentée comme un antidote au cynisme par le Bloc québécois et remerciée par Françoise David (Québec solidaire) ne sera pas passé inaperçu.

Impossible pourtant de lui parler jeudi, même pour ses fidèles acolytes. Celle que plusieurs maires du Québec appellent « Colette » aura préféré rester hors d’ondes pour ne pas faire l’étalage de ses émotions « en boucle aux bulletins télévisés », suppose André Desjardins, conseiller municipal à ses côtés depuis six ans. Fidèle à son habitude, la mairesse aura privilégié un hebdomadaire local, L’Écho de Frontenac, pour accorder sa seule entrevue.

Émotion

Dans son entourage immédiat, c’est plutôt la gorge serrée que l’on encensait l’engagement indéfectible de la mairesse envers ses citoyens. « On l’a baptisée “de granit” parce qu’elle était en mesure d’affronter l’adversité, mais c’était une personne très humaine », affirme le conseiller Desjardins. Joint par Le Devoir, il avait le souffle un peu court à l’autre bout du téléphone. Il se souvenait des premiers instants qui ont suivi l’explosion du train de la MMA dans la nuit du 5 au 6 juillet 2013, quand il a rejoint Mme Roy Laroche aux bureaux de la Sûreté du Québec : « Après environ une demi-heure, nous avons réalisé que ce n’était pas seulement un mauvais rêve. Elle a demandé : “On fait quoi, maintenant ?” » Puis, avec sang-froid, elle a commencé à chercher de l’information pour mieux saisir l’ampleur de la catastrophe et se ressaisir.

Dans les mois qui suivirent la tragédie, la femme a travaillé sans relâche, « sept jours sur sept, parfois dix ou douze heures par jour », assure André Desjardins. Déjà constamment sous la lentille des caméras, la septuagénaire a également été honorée de plusieurs distinctions, dont le prix Francine-Ruest-Jutras qui souligne l’excellence d’une femme sur la scène municipale. Elle a également reçu l’insigne de chevalière de l’Ordre du Québec en juin dernier.

Tous ces fronts ouverts — des enquêtes sur la sécurité ferroviaire aux poursuites contre les responsables en passant par une difficile reconstruction — auront finalement eu raison de son énergie. Elle a souffert de la tragédie « comme citoyenne d’une municipalité où tout le monde se connaît et où elle a été professeure », rappelle le conseiller. Puis est arrivé un malheur personnel : son mari est décédé en février dernier, à l’âge de 67 ans.

Dissensions

Son successeur aura certainement de gros souliers à chausser, en plus d’hériter de dossiers controversés sur cette reconstruction qui suscite la critique. La mairesse ne faisait pas l’unanimité à Lac-Mégantic, et les conseils municipaux des derniers mois ont souvent été mouvementés.

Au chapitre des reproches : les expropriations de Méganticois afin de permettre de reconstruire des bâtiments — eux-mêmes contestés pour leur style ou leur usage. La peur aussi de perdre ce bord de lac si précieux pour les habitants aux mains de promoteurs privés, confie Marilaine Savard. « Je crois qu’elle était portée par une grande volonté, concède cette citoyenne de Lac-Mégantic, mais on avait certainement besoin de renouveau au conseil municipal. » Elle ressent une certaine grogne autour d’elle par rapport aux décisions de la Ville en matière d’urbanisme ou de développement touristique. « On s’est fait arracher un centre-ville, et on a l’impression que les Méganticois vont se retrouver dans l’arrière-pays », souffle-t-elle.

André Bellefeuille, qui collabore avec les différents comités de vigilance citoyenne, critique quant à lui la lenteur de la municipalité à prendre au sérieux la sécurité encore défaillante des rails de Mégantic. « J’ai envoyé plus de 50 photos au mois d’avril, assez claires par rapport à l’état de la voie ferrée », relate-t-il. Le conseil a finalement décidé de faire réaliser une inspection indépendante.

Mais au final, même ses détracteurs reconnaissent de grandes qualités et un courage rare à la mairesse.

Colette Roy Laroche, ici photographiée dans les premières heures de la tragédie de juillet 2013, dit vouloir prendre du repos après deux années très exigeantes.
1 commentaire
  • Richard Bérubé - Inscrit 21 août 2015 06 h 21

    Bon repos bien mérité Madame la Mairesse!

    Merci pour ce témoignage de courage et de résillience.....maintenant allez vous occuper de vous-même...bravo!!!