Célébrer pour tourner la page

Laval souffle 50 bougies ce jeudi, mais son maire, Marc Demers, évite de regarder trop longtemps dans le rétroviseur, bien conscient du sombre héritage légué par son prédécesseur, Gilles Vaillancourt. Les célébrations servent surtout à « tourner la page », explique-t-il en entrevue au Devoir.

La troisième ville du Québec soulignera jeudi la fusion de 14 municipalités, qui a mené à sa création en 1965. Une grande fête est prévue en soirée au Centropolis pour rappeler cette année importante, mais aussi pour permettre aux citoyens de regagner leur fierté.

« Il est important pour nous de célébrer pour tourner la page sur l’histoire récente de la Ville de Laval », explique le maire Demers.

Entré en poste en novembre 2013, Marc Demers sait toutefois que les célébrations de ce 50e ne peuvent pas à elles seules faire oublier les dommages causés par l’ex-maire Gilles Vaillancourt, aujourd’hui accusé de fraude, de corruption et de gangstérisme.

« Je pense qu’il y a eu des changements majeurs, affirme l’ancien policier. On a redessiné l’organigramme de la Ville et l’ensemble de l’administration municipale a été reconstruit de A à Z. La direction générale est nouvelle. On a mis des balises, des règlements », énumère-t-il.

Le changement de culture est perceptible chez les employés municipaux, mais également au sein de la communauté d’affaires, dit-il. Cela signifie-t-il la fin des méthodes employées lors de l’ère Vaillancourt ? « Sans aucun doute, sans aucune hésitation », répond le maire.

« La Ville de Laval sera probablement l’une des villes où il sera plus difficile de faire de la collusion et de la corruption. Et basé sur mon expérience passée, habituellement, les criminels s’en prennent aux proies les plus vulnérables et les moins risquées. »

Le grand ménage entamé par le maire Demers ne le met cependant pas à l’abri des critiques. À commencer par celles entourant le financement des célébrations du 50e anniversaire de sa ville. Cette semaine, le conseil municipal a approuvé le versement de près de 1 million de dollars supplémentaires à la Corporation des célébrations 2015 parce que celle-ci n’a pas réussi à amasser les 2 millions espérés en dons et en commandites. Au total, la Ville y a injecté 5 millions jusqu’à maintenant, ce qui a fait bondir l’opposition.

M. Demers rétorque que la Ville avait déjà prévu de verser jusqu’à 6 millions à la Corporation selon le succès de sa recherche de soutien financier. « Je suis 1 million en dessous du montage financier », précise le maire, tout en rappelant que la somme investie est largement inférieure à celle débloquée par d’autres grandes villes pour des célébrations semblables.

Revoir l’urbanisme

Dans un tout autre dossier, le maire Demers admet que l’urbanisme pose problème à Laval. Le controversé projet L’Envol, qui prévoit la construction d’une tour d’une vingtaine d’étages dans un quartier résidentiel, n’en est que le plus récent exemple.

« Oui il y a un problème, nous sommes sensibles à ça », concède-t-il. Le maire veut mettre fin au contrôle des promoteurs immobiliers sur le développement de la municipalité en la dotant d’un nouveau schéma d’aménagement pour remplacer le plan actuel, vieux de 25 ans.

Le nouvel amphithéâtre de 200 millions, le complexe aquatique de 40 millions : la Ville de Laval a les moyens de ses ambitions, estime par ailleurs Marc Demers, qui voit les prochaines années d’un bon oeil.

« Laval, de par sa situation géographique, de par sa démographie, a des atouts formidables. Il reste au politique à enligner tout ça, à se donner une stratégie, des plans. Je suis très optimiste pour l’avenir. »

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