Une bonne préparation fait toute la différence

Hélène Roulot-Ganzmann Collaboration spéciale
Raffinerie de pétrole
Photo: Jacques Nadeau le Devoir Raffinerie de pétrole

Ce texte fait partie du cahier spécial Municipalités

Les récentes catastrophes de Lac-Mégantic et de L’Isle-Verte sont venues rappeler à quel point le rôle des municipalités est prépondérant lorsque survient un sinistre sur leur territoire. Comment se préparent-elles à de telles situations ? En imaginant le pire, tout en espérant ne jamais avoir à le vivre.

Règle numéro 1 : se doter d’un plan de sécurité publique ou de mesures d’urgence, le tenir à jour et former les équipes qui y prennent part. « Il faut être bien préparé, résume la mairesse de Magog, Vicky May Hamm. Qu’en amont chacun connaisse son rôle, la Ville comme les partenaires. Nous planifions l’ensemble des risques et, pour chacun, nous évaluons les nécessités et les services qui vont pouvoir nous aider. Par exemple, la commission scolaire. Parce qu’on peut avoir besoin des écoles pour héberger les gens ou des transports scolaires pour les évacuer. Si on n’y a pas pensé avant qu’il n’arrive quelque chose, ça peut aggraver la situation. Les sinistres surviennent souvent le soir ou la fin de semaine. Si on ne tient pas un registre avec tous les contacts, on n’est pas capable de joindre les gens. »

Le plan de mesures d’urgence ou de sécurité publique détermine tout. C’est donc à chaque municipalité de s’organiser de la manière la plus efficiente pour elle, en fonction de ses besoins et des compétences de chacun. À Magog, par exemple, la mairesse est la seule personne habilitée à décréter les mesures d’urgence, un décret qui fera en sorte que des décisions exceptionnelles pourront être prises sans être obligé de convoquer le conseil municipal. Par ailleurs, c’est la directrice des loisirs qui prend en charge les sinistrés, qui organise leur évacuation, leur hébergement, etc.

À Montréal, c’est le directeur des incendies qui coordonne l’événement. « À ce moment-là, il enlève son chapeau de pompier et je deviens son adjointe, raconte Louise Bradette, chef de division au Centre de sécurité civile de la Ville de Montréal. Selon l’ampleur du sinistre, il peut avoir à coordonner des centaines de personnes sur le terrain, en plus des pompiers et des policiers. Douze employés travaillent dans mon service, mais chaque arrondissement, chaque ville a ses propres équipes, qui connaissent leur rôle. C’est majeur. Nous avons un grand territoire, puisqu’il s’agit de toute l’île, pas seulement de la Ville de Montréal. Et beaucoup de défis à relever. »

Parmi eux, tout ce qui découle des changements climatiques. Pluies de plus en plus intenses qui peuvent avoir des conséquences sur les infrastructures, inondations, tempêtes de neige extrêmes, canicules, séismes, pollution industrielle, dégagement de matières dangereuses, incendies, pandémies, contamination de l’eau potable, etc.

Mais, si être bien préparé est un prérequis, « débriefer » est tout aussi primordial, afin d’apprendre de ses propres expériences et de celles des autres, des bons coups comme des erreurs. De ce point de vue, la catastrophe ferroviaire de Lac-Mégantic est un véritable porte-étendard. Elle a permis aux municipalités, soutenues par l’UMQ, d’exiger de savoir ce qui transite dans les wagons qui traversent leur territoire et d’obtenir récemment une révision à la hausse des normes de sécurité. « Lac-Mégantic nous a fait prendre conscience de la dangerosité de ce qui transite via le transport ferroviaire, avoue Gaétan Drouin, directeur général adjoint, optimisation et sécurité publique, de la Ville de Sherbrooke. Chez nous, on entame la rédaction d’un plan d’intervention particulier en cas de catastrophe ferroviaire. Mais c’est fort complexe. Non seulement la réponse à apporter n’est pas la même selon ce qui est transporté — et les matières qui transitent sont très diverses — mais aussi on doit aller au-delà du plan municipal pour travailler régionalement. »

M. Drouin sait de quoi il parle, lui qui a été appelé en pleine nuit, en ce tragique 6 juillet 2013, pour coordonner les opérations sur le terrain à Lac-Mégantic. Lui qui est revenu le 8 juillet et jusqu’au 21 août pour seconder le directeur de la ville touchée par le drame. « Lors de ce déraillement, j’ai coordonné plus de cent services d’incendie différents dans tout le Québec et même aux États-Unis, explique-t-il. En sécurité civile, les municipalités doivent coopérer. »

Heureusement, les sinistres auxquels les municipalités doivent faire face sont rarement aussi dramatiques. À Magog, la mairesse se rappelle surtout les inondations records au printemps 2013. Même chose à Sherbrooke en 2010 et 2014, le directeur adjoint ajoutant également deux tempêtes hivernales particulièrement sévères en 2007 et 2011, une tempête de verglas en 2013 et, en 2012, l’explosion à l’usine Neptune Technologies, qui a tué deux personnes. À Montréal, la dernière crise à laquelle le Centre de sécurité civile a dû faire face remonte à mai 2013, alors qu’un avis d’ébullition avait été émis pour 1,3 million de résidants.

Et tous s’accordent à dire que, lorsque de tels événements se produisent, la communication est presque aussi importante que les décisions prises sur le terrain. « Les citoyens s’attendent à avoir de l’information et il faut la leur donner, affirme M. Drouin. Mais il faut également savoir être très transparent et admettre qu’il y a des choses qu’on ne sait pas encore. »

Ainsi, à Sherbrooke, par exemple, un communiqué de presse est émis dès lors que le Centre de coordination est ouvert et un numéro de ligne d’information citoyenne est diffusé. Les citoyens situés dans la zone touchée reçoivent un appel automatisé leur indiquant quoi faire. Des points de presse ont lieu à heure fixe. Les médias sociaux sont également de plus en plus utilisés pour diffuser de l’information, mais aussi pour en recueillir de la part des sinistrés.

« À Montréal, la population peut aussi s’inscrire pour recevoir des mises à jour via SMS, ajoute Mme Bradette. Ceux qui vivent à proximité d’une usine, comme dans l’est de l’île, sont régulièrement mis au courant des risques et de ce qu’ils doivent faire en cas de sinistre. Nous avons également un système de sirènes. Le problème, c’est que, comme il n’y a pas de sinistre de manière fréquente à Montréal, les gens ne se sentent pas particulièrement en danger. Et, malgré nos efforts de communication, ils sont peu nombreux à savoir ce que signifient les différentes sirènes. »

Sur le papier, les municipalités se disent donc bien préparées à réagir en cas de sinistre majeur. Mais toutes espèrent bien ne jamais avoir à faire face à une telle situation.