La révolution du bac brun

En se dotant de biodigesteurs, la municipalité de Saint-Hyacinthe s’est lancée en 2010 dans une opération qui pourrait lui permettre d’engranger des profits. 
Photo: Brigitte Masse En se dotant de biodigesteurs, la municipalité de Saint-Hyacinthe s’est lancée en 2010 dans une opération qui pourrait lui permettre d’engranger des profits. 

«Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme », disait Antoine Lavoisier. À Saint-Hyacinthe, cette citation célèbre prend tout son sens. Transformés en gaz naturel, les déchets organiques traités par biométhanisation font désormais carburer les véhicules de la municipalité et chauffent l’hôtel de ville. Dans les villes, la révolution verte passe par les bacs bruns.

En 2020, les municipalités québécoises seront tenues de mettre fin à l’enfouissement des matières putrescibles. C’est du moins ce que préconise la Politique québécoise de la gestion des matières résiduelles. Dans cette course contre la montre, Saint-Hyacinthe a une longueur d’avance.

En se dotant de biodigesteurs, la municipalité s’est lancée en 2010 dans une opération qui pourrait lui permettre d’engranger des profits et, qui sait, d’entraîner un jour une baisse des impôts fonciers pour les contribuables.

Saint-Hyacinthe se targue d’être l’une des premières villes de l’est de l’Amérique du Nord à produire du gaz naturel par biométhanisation et à l’utiliser selon le concept d’économie circulaire.

Pour en finir avec l’enfouissement

En 2008, la municipalité cherchait une solution de remplacement au transport et à l’enfouissement des boues provenant de son usine d’épuration, qui lui coûtaient 1,4 million de dollars par année. Plusieurs options ont été examinées, avant que la biométhanisation soit retenue.

Les biodigesteurs dont Saint-Hyacinthe s’est doté lui permettent désormais de traiter les 10 300 tonnes de matières organiques recueillies avec la collecte des bacs bruns des citoyens de 23 municipalités environnantes. La Ville récupère aussi, des entreprises agroalimentaires de la région, les déchets organiques qui auparavant prenaient le chemin de l’enfouissement.

Traitées par biométhanisation, ces matières organiques produisent du gaz naturel qui alimente désormais une partie de la flotte de véhicules de Saint-Hyacinthe. À ce jour, sept véhicules ont été convertis au gaz naturel et 43 autres le seront au cours des trois prochaines années.

Plusieurs édifices municipaux sont désormais chauffés à l’aide de ce gaz naturel, dont l’hôtel de ville. À partir de 2017, l’usine de biométhanisation produira 13 millions de mètres cubes de gaz naturel par année et la municipalité entend vendre ses surplus à Gaz Métro, indique Louis Bilodeau, directeur général de la Ville de Saint-Hyacinthe. La transformation des déchets de table permet aussi à la municipalité de produire du compost utilisé comme terreau pour ses plantations.

Le cas des Montréalais

« On a appris que l’environnement, c’est payant », commente M. Bilodeau en faisant valoir que les économies générées par la transformation des matières organiques sont évaluées à 500 000 $.

Si le projet coûtera près de 50 millions, dont la facture a été partagée entre Ottawa, Québec et la Ville, il pourrait générer des bénéfices nets avant amortissement de 4,1 millions par année, estime Louis Bilodeau.

Plusieurs villes au Québec se préparent à emboîter le pas à Saint-Hyacinthe. Parmi elles, Montréal, qui compte se doter de quatre usines de compostage et de biométhanisation au cours des prochaines années.

La conversion des Montréalais au bac brun pourrait être ardue, mais Louis Bilodeau croit que cette difficulté n’est pas insurmontable. « Il faut de la patience, de la persévérance et de la ténacité, car, pour faire la gestion du changement, il est nécessaire de garder le cap et de savoir convaincre », dit-il, avant d’ajouter : « On comprend qu’à Montréal ce soit très compliqué. Mais on est capables d’amener des êtres humains sur la Lune. On va trouver une solution pour nos matières organiques, c’est clair. »