Le maire Gingras reçoit 16 préavis de blâme

La commission municipale n’a pas encore tiré de conclusion définitive concernant le maire Jean-Claude Gingras.
Photo: Source Facebook La commission municipale n’a pas encore tiré de conclusion définitive concernant le maire Jean-Claude Gingras.

L’enquête publique sur la Ville de L’Assomption a tourné en un procès d’intention de Jean-Claude Gingras, réputé pour ses manières frustes. Il n’y a cependant aucune preuve que le maire a détourné un seul dollar de fonds publics.

Les juges administratives Sandra Bilodeau et Sylvie Piérard, qui président l’enquête, ont envoyé 16 préavis de blâme au maire Gingras, qui apparaît comme leur principale cible.

L’avocat de M. Gingras, Pierre Éloi Talbot, a passé la journée de mardi à tenter de convaincre la commission de ne pas blâmer son client pour une affaire qu’il assimile à un pénible conflit de travail.

« Il n’y a aucune espèce de preuve que le maire a tiré un sou de la situation, a plaidé Me Talbot. Le maire, on peut bien dire de lui que c’est un morceau de charbon. On peut le polir bien longtemps, mais il ne deviendra pas un diamant. »

Neuf des seize préavis de blâme portent sur la gestion des ressources humaines par le maire Gingras. La commission lui reproche essentiellement d’avoir instauré un climat malsain à l’Hôtel de Ville et d’avoir fait du harcèlement psychologique à l’égard des employés de direction. La commission n’a cependant pas encore tiré de conclusion définitive dans cette affaire.

Selon Me Talbot, ce climat malsain est aussi l’oeuvre des cadres. Jean-Claude Gingras est à couteaux tirés avec eux depuis son élection, en novembre 2013. Il avait fait campagne sur un programme de compressions et de dégraissage dans la fonction publique, et il s’est fait de nombreux ennemis.

M. Gingras a suspendu le directeur général, Martin Lelièvre, dès son entrée en fonction. Il a montré la porte à de nombreux employés dans les mois suivants. L’été dernier, neuf cadres ont demandé des congés pour épuisement professionnel dans un mouvement que Me Talbot juge concerté.

M. Gingras a pris l’initiative de donner un contrat de surveillance et de filature à une firme privée pour déterminer si la greffière Chantal Bédard était vraiment malade. Ce geste lui vaut deux préavis de blâme (pour la surveillance et l’intrusion dans la vie privée de Mme Bédard et une autre employée). La filature a permis au maire de découvrir que les employés en congé de maladie s’étaient rencontrés en présence d’un opposant politique du maire.

Me Talbot s’est plaint du traitement inéquitable réservé au maire, qui reçoit tout le blâme alors que les cadres semblent épargnés. « Il n’y a pas eu d’occasion, pour le maire, de faire valoir son point de vue », a-t-il dit.

De nombreuses irrégularités ont été commises sans qu’il soit impliqué, dont une opération de destruction de documents coordonnée par Chantal Bédard avant son entrée en fonction. Mme Bédard a été destituée. L’Unité permanente anticorruption (UPAC) fait d’ailleurs des vérifications sur cette affaire.

Dans l’embarras

Deux préavis de blâme illustrent l’interventionnisme sans bornes du maire Gingras. Il aurait notamment fait des pressions sur la responsable de l’urbanisme pour régulariser la situation de sa « garderie » pour chiens, le Loft des quatre pattes. La Cour supérieure a ordonné récemment la fermeture du chenil qui ne respecte pas les règlements d’urbanisme. Les interventions du maire Gingras, si elles s’avèrent fondées, pourraient lui valoir la destitution.

Le maire s’est également mêlé des opérations courantes du service de police, en exigeant une copie de tous les constats d’infraction remis lors d’un week-end à des propriétaires de motos trop bruyantes. Les commissaires Bilodeau et Piérard n’ont pas caché leur étonnement face au comportement du maire, qui s’est immiscé ainsi dans les dossiers de la Cour municipale.