Le monde municipal réclame la fin du «mur-à-mur»

Thierry Haroun Collaboration spéciale
« Ce gouvernement s’est fait élire en 2014 avec la promesse qu’il sera le gouvernement des régions et des PME. Sauf que nous n’avons pas de signal de sa part en ce sens. Et c’est pour cette raison qu’on va mettre sur pied ce grand rendez-vous en juin », fait remarquer Richard Lehoux, président de la FQM.
Photo: PLQ « Ce gouvernement s’est fait élire en 2014 avec la promesse qu’il sera le gouvernement des régions et des PME. Sauf que nous n’avons pas de signal de sa part en ce sens. Et c’est pour cette raison qu’on va mettre sur pied ce grand rendez-vous en juin », fait remarquer Richard Lehoux, président de la FQM.

Ce texte fait partie du cahier spécial Régions - Mobilisation

La Fédération québécoise des municipalités (FQM) organisera un sommet des régions en juin, afin de mobiliser tous les acteurs intéressés par le développement du milieu rural et, par ricochet, de maintenir la pression sur l’État québécois pour cet enjeu.

« Depuis 1944, notre organisation se bat pour l’avenir de nos régions et ce n’est pas demain que nous baisserons les bras. Nous avons certes de grands chantiers devant nous en 2015 : le pacte fiscal, le projet de loi sur la gouvernance de proximité et le travail sur les redditions de comptes […]. Le gouvernement pose actuellement des gestes qui ne nous permettent pas de voir quelle est la direction qu’il entend prendre pour l’avenir », a déclaré le président de la FQM, Richard Lehoux, dans un récent communiqué de presse, qui annonçait par la même occasion l’organisation du Grand Rendez-vous des régions le 3 juin. « Il ne reste plus qu’à déterminer le lieu, ce qui sera fait dans les prochaines semaines », a-t-il tenu à préciser en entrevue au Devoir.

Une grande messe à laquelle sont conviés non seulement les élus municipaux et les différents ministères interpellés par les enjeux régionaux, mais aussi le Fonds de solidarité, l’UPA, le Mouvement Desjardins, les forums jeunesse et Place aux jeunes en région. « Vous savez, ce qu’on entend sur le terrain depuis l’automne dernier, c’est de la grogne, monsieur. Il nous faut, par contre, continuer à regarder de l’avant et construire. Et, pour construire, il faut qu’on sache où l’État québécois veut bien aller. Et, actuellement, ce gouvernement tarde à dévoiler son plan de match concernant le développement de l’ensemble de nos régions. Et, croyez-moi, nous entendons maintenir la pression. On s’est dit, à la FQM, que 2015 allait être l’année des régions. Ce gouvernement s’est fait élire en 2014 avec la promesse qu’il sera le gouvernement des régions et des PME. Sauf que nous n’avons pas de signal de sa part en ce sens. Et c’est pour cette raison qu’on va mettre sur pied ce grand rendez-vous en juin », fait remarquer Richard Lehoux, également maire de Saint-Elzéar de Beauce et préfet de la MRC La Nouvelle-Beauce.

Déclaration commune

 

Allez-vous inviter le ministre des Affaires municipales, Pierre Moreau ? « Oui. Et on va inviter différents ministères pour qu’ils viennent entendre le message que livreront nos élus et nos partenaires lors de cette rencontre, à l’issue de laquelle on souhaite énoncer une déclaration commune qui viendrait établir l’ensemble des enjeux qui touchent les régions. Au fond, notre premier objectif, c’est d’avoir une position claire. »

Au-delà de cette déclaration commune et de l’organisation du sommet, Richard Lehoux a d’autres chats à fouetter, comme s’assurer que le prochain budget du ministre des Finances, Carlos Leitão, soit à la hauteur des attentes, que la loi-cadre sur la décentralisation tant attendue par les élus soit accompagnée de mesures concrètes, depuis l’annonce de l’abolition des conférences régionales des élus, en plus d’amorcer les négociations du prochain pacte fiscal avec les municipalités devant entrer en vigueur au début de 2016. Bref, la cour est pleine… « En effet, le budget Leitão devra nous démontrer que les régions ont une importance pour son gouvernement. On devra y trouver un signal clair sur les orientations qu’entend prendre l’État sur le plan du développement économique et régional. C’est sûr qu’on ne s’attend pas à voir la couleur des 300 millions de dollars que ce gouvernement a coupés [aux municipalités, dans le cadre du pacte fiscal transitoire de 2015], sauf qu’on veut savoir où on s’en va, ça, c’est certain. »

Justement, concernant le pacte fiscal, Richard Lehoux souhaite que le prochain soit signé pour plusieurs années. Sur sept ans, ça vous conviendrait ? « Oui, ce serait l’idéal. » Dans les faits, ce ne serait pas une première, puisque, sous le gouvernement libéral de Jean Charest, un pacte fiscal avait été signé pour les années s’étendant de 2007 à 2013. Cela dit, qui dit région depuis 30 ans dit décentralisation. Une approche qui a pris plusieurs formes, que ce soit par l’entremise des conseils régionaux de concertation et de développement, qui ont été remplacés en 2003 par les conférences régionales des élus, lesquelles sont sur le point d’être abolies. Désormais, le gouvernement Couillard a manifesté son intention de déléguer les pouvoirs régionaux aux préfets des MRC et aux maires, ce qui pourrait ranimer l’esprit de clocher, comme l’ont récemment souligné plusieurs élus en Gaspésie. Qu’en pense M. Lehoux ? « Écoutez, la FQM n’a jamais été en faveur de l’abolition des CRÉ. Mais la question qu’on doit se poser, c’est que, outre les structures, il faut être capable de travailler ensemble. On est tous des élus. Il faut se donner une instance de concertation adaptée à chacune des régions. Une instance qui fera participer la société civile dans des enjeux particuliers. »

Livre bleu

 

Toujours dans cet esprit de décentralisation, la FQM a déposé en septembre dernier son Livre bleu, qui traite de la gouvernance de proximité. Que dit ce document-clé ? « Le projet d’une loi-cadre sur la décentralisation est plus que jamais perçu comme un acte de réforme majeure et incontournable dans le domaine de la gouvernance des affaires publiques au Québec. L’État québécois a atteint les limites de son efficience en raison de sa taille et de sa culture centralisatrice, qui créent cette si grande distance entre l’État et les citoyens. La centralisation des pouvoirs ne permet plus de répondre aux besoins et aux attentes des populations et des communautés. Le temps des mesures uniformes, du “ mur-à-mur , est révolu. » Si ce message est sans équivoque, le discours de M. Lehoux l’est tout autant. « Il y a des sommes qui devront être mises à notre disposition par le gouvernement du Québec pour soutenir nos instances de gouvernance de proximité. On est tous très imaginatifs, mais ça va nous prendre des moyens pour y parvenir. »

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