Jean Tremblay: appel à la mobilisation contre Greenpeace et les intellectuels

Le maire de Saguenay a qualifié les militants de Greenpeace de «terroristes» financés par des forces occultes. Derrière son bureau, une plaque où l’on peut lire <em>«Le citoyen d'abord»</em>.
Photo: YouTube Le maire de Saguenay a qualifié les militants de Greenpeace de «terroristes» financés par des forces occultes. Derrière son bureau, une plaque où l’on peut lire «Le citoyen d'abord».

Le maire de Saguenay demande aux « travailleurs » et « aux syndicats » de se mobiliser contre les écologistes de Greenpeace et les intellectuels.

Dans une vidéo qui se veut « un appel à la mobilisation pour le développement économique », le maire affirme que les emplois sont en danger à cause de ces gens.

« Si ça continue comme ça, ils n’auront plus d’emplois, nos travailleurs. » Le maire affirme que ces gens vont « tout nous bloquer ». Installé devant son bureau, le maire s’adresse à la caméra devant une plaque où il est écrit « Le citoyen d’abord ».

« Je vous demande, les syndicats, les travailleurs, mobilisons-nous contre Greenpeace et contre les intellectuels de ce monde. Greenpeace, inquiétez-vous pas, ils vont continuer à se promener en bateau un peu partout. Mais qu’ils nous laissent la paix. »

 

«Des terroristes»

Sa sortie n’est pas passée inaperçue. À Québec, sur les ondes du FM93, le polémiste Éric Duhaime et l’ex-vice-première ministre et ministre des Ressources naturelles et de la Faune Nathalie Normandeau jubilaient tous les deux. « Enfin, on n’est plus les seuls à être en guerre contre Greenpeace », a affirmé Éric Duhaime avec l’approbation rieuse de sa coanimatrice.

Le tandem radiophonique accuse « les activistes-environnementalistes » de mener « une campagne de désinformation », financée « à coups de dizaines de millions de l’étranger », à l’encontre des activités de la compagnie forestière Résolu.

Après cette entrée en matière, les deux animateurs ont accueilli à bras ouverts le maire, qui a poursuivi en onde sur sa lancée vidéo du matin : « On les connaît pas. Je ne suis pas capable de vous nommer une seule personne de Greenpeace », a dit le maire Tremblay, en ajoutant que cette organisation apparaît appuyée par des capitaux suspects.

« Ils sont après fermer toutes nos usines. Là, c’est le caribou. Là, ça va être les bélugas. Nous autres aussi, on y tient aux caribous, pis on tient aux bélugas. Mais un moment donné, là, les Américains, ils ne fermeront pas les États-Unis pour faire revenir les bisons. »

Qu’est-ce que le maire espère concrètement ? lui a demandé Nathalie Normandeau. « Il faudrait que ces gens-là ne se sentent pas bienvenus. Arrêtez de les croire ! […] Il faudrait que, quand ils se présentent n’importe où, qu’ils soient mal reçus, qu’on les dénonce, qu’on le dise que ce sont des fantômes avec 300 millions de dollars dans leurs poches. »

Pour Éric Duhaime, « c’est une caisse occulte qui finance » Greenpeace, suspecte à son sens de faire le jeu de compagnies concurrentes. Le maire croit que les militants de Greenpeace font en fait le jeu de l’argent. « Quand tu tombes dans l’argent, là, comme ça, c’est tentant, là. Ces gens-là, d’abord, qui travaillent pour Greenpeace, là, ils devaient pas avoir des grosses jobs avant, tsé. Pis, ce sont des gens qui n’ont pas non plus la possibilité d’aller travailler ailleurs. »

Pour Nathalie Normandeau, tout comme l’avance le maire Tremblay, le régime forestier québécois est tout à fait satisfaisant. La papetière Résolu n’a pas à changer ses façons de faire en matière de coupe de bois, tel que Greenpeace le réclame. « Éric et moi, on parle de terrorisme économique face aux actions que mène Greenpeace, a dit l’ex-ministre libérale. On a fait nôtre cette expression du grand patron de Résolu. »

Le maire de Saguenay n’en démord pas : ces écologistes sont des terroristes. « Quand je vois arriver ces grands savants-là, qui viennent établir de nouvelles règles, pis qui nous font chanter, qui s’en vont chez Walmart, qui s’en vont chez Best Buy, pis qui disent “non, achetez pas du Québec, sinon voici ce qui va vous arriver”, hey, ça, c’est du terrorisme. »

Né en 1948, Jean Tremblay est bien connu pour ses croisades en faveur de la religion catholique. Il y a quelques jours, il a affirmé avoir décliné des invitations des conservateurs de Stephen Harper pour sauter dans l’arène politique fédérale. Il n’a toutefois pas fermé la porte à un engagement futur à Ottawa.

Il faudrait que ces gens-là ne se sentent pas bienvenus. Arrêtez de les croire! Il faudrait que, quand ils se présentent n’importe où, qu’ils soient mal reçus, qu’on les dénonce, qu’on le dise que ce sont des fantômes avec 300 millions de dollars dans leurs poches.

Éric et moi, on parle de terrorisme économique face aux actions que mène Greenpeace. On a fait nôtre cette expression du grand patron de Résolu.