Des municipalités prennent le relais d’Orléans Express

Orléans Express a diminué son offre de services en région afin de réduire ses pertes financières.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Orléans Express a diminué son offre de services en région afin de réduire ses pertes financières.

Maintes régions du Québec se trouvent plus éloignées que jamais des grands centres avec la disparition, dimanche, de douzaines de trajets assurés depuis près d’un demi-siècle par les autocars d’Orléans Express. Mais alors que l’entreprise privée se désengage de certains secteurs, le milieu municipal prend le relais.

En Mauricie et en Gaspésie, deux projets-pilotes d’une durée d’un an viennent de voir le jour. La Régie intermunicipale de transport Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine (REGIM) et l’organisme Transport collectif du Haut-Saint-Maurice ont en effet décidé d’offrir un nouveau service de liaison par navettes ou par autocar pour leurs populations.

Ces initiatives résultent de la décision d’Orléans Express de réduire son offre de services en région. Si la liaison Montréal-Québec — la plus lucrative du réseau d’autocars — est maintenue dans son intégrité, avec 17 départs quotidiens, les liens entre Montréal et les régions de la Montérégie, du Centre-du-Québec, de la Mauricie, de Québec, de Chaudière-Appalaches, du Bas-Saint-Laurent et de la Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine ont été réduits afin de ramener Orléans Express vers la rentabilité. Cette décision a reçu l’aval de la Commission des transports du Québec en dépit des cris d’indignation qui se sont élevés dans le monde municipal.

En Mauricie, le service d’Orléans Express entre La Tuque et Trois-Rivières a été interrompu entièrement.

Dans la péninsule gaspésienne, le nombre d’arrêts passe quant à lui de 44 à 7 dans la partie nord, pendant qu’il est réduit de 47 à 8 au sud. Percé, Bonaventure et New Richmond comptent parmi les municipalités qui n’ont plus de points de service d’autocars Orléans Express.

La compagnie d’autocars du groupe Keolis Canada a aussi fait connaître son intention de mettre fin à son service à l’est de Rimouski, d’ici la fin de 2015, lors des audiences de la Commission des transports.

Québec et les villes en renfort

En Mauricie, la disparition de la ligne La Tuque-Trois-Rivières sera ainsi contrée par un nouveau service de transport de passagers par autobus qui sera offert entre La Tuque, Shawinigan et Trois-Rivières. Ce service sera financé avec l’aide de 140 000 $ versée par le ministère des Transports du Québec à Ville de La Tuque. Les adultes paieront 30 $ pour le trajet, les étudiants et les aînés bénéficiant d’un rabais de 5 $ sur le prix du billet.

Le service sera offert quatre jours par semaine, soit les mardis, mercredis, vendredis et dimanche. Après un départ de La Tuque, l’autocar s’arrêtera à Grand-Mère, à Shawinigan et à Trois-Rivières. L’horaire a été conçu en fonction des concordances avec les liaisons vers Québec et Montréal, selon le maire de La Tuque, Normand Beaudoin. « C’était important pour nous de ne pas laisser tomber nos citoyens qui ont besoin d’un service de transport entre La Tuque, Shawinigan et Trois-Rivières pour recevoir des soins de santé ou encore pour se déplacer, dit-il. [Les] étudiants sont nombreux à utiliser ce service presque toutes les fins de semaine. »

Si l’expérience s’avère concluante, le service pourrait être renouvelé pour une période de trois ans, croit le conseiller municipal André Mercier, vice-président de Transport collectif du Haut St-Maurice. « Pour y arriver, il faut que les gens utilisent le service et prouvent que c’est réellement un besoin chez nous », souligne-t-il.

En Gaspésie, les nouvelles navettes devront être réservées 24 heures à l’avance, au coût de 3 $. Le REGIM assure aux clients qu’ils vont les déposer quinze minutes avant le départ de l’autocar, et qu’une navette les attendra à leur retour, pour les ramener à bon port.

Le REGIM évalue qu’au moins 23 000 embarquements par année étaient enregistrés aux arrêts qui ont disparu de la carte d’Orléans Express dans la région.

Rappelons qu’Orléans Express plaidait l’automne dernier devant la Commission des transports du Québec que ses pertes financières menaçaient l’existence même de l’entreprise, « si aucune action n’était posée », après avoir accumulé un déficit de 5 millions de dollars en 2013. Des pertes qui s’expliquent par les baisses progressives de l’achalandage enregistrées depuis 2008, résultat des habitudes changeantes des voyageurs, qui sont de plus en plus nombreux à miser sur la voiture, les réseaux sociaux, les sites Internet de covoiturage et les services de déplacements publics pour assurer leurs transports d’une région à l’autre du Québec.

La Commission des transports du Québec a précisé dans sa décision que Keolis Canada aura à comparaître à nouveau devant elle l’an prochain, afin « de procéder à une nouvelle analyse de la situation », suivant la mise en place du service modifié.

Pour en savoir plus

Consulter la carte des anciens trajets d'Orléans Express

Légende

Blanc: trajets éliminés
Couleurs: trajets maintenus


Consulter la carte des trajets actuels
11 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 19 janvier 2015 05 h 07

    au service des populations ou au service de leur propre portefeille

    Ils n'ont pas beaucoup le choix, le provincial faisant comme s'ils n'existaient pas et pourtant le provincial dépense des milliards dans toutes sortes de projets plus ou moins valables, sommes nous s'y arriérés que nous ne sommes pas capables d'offrir des services minimuns aux populations éloignées ou pas, c'est quoi le role des politiciens nous conter fleurette ou etre au service des populations

  • Richard Bérubé - Inscrit 19 janvier 2015 06 h 35

    Il y a aussi du monde qui vit hors des grands centres!

    C'est la réalité du Québec, beaucoup d'espace et peu peuplé. Certaines villes ont pris les rennes en main, mais les autres peitis villagesn'auront peut-être pas cette chance...Espèrons pour eux que de l'aide leur sera apporté, car il deviendrait plus ardu à leurs habitants de pouvoir vivre une bonne qualité de vie du point de vue des déplacements...

  • Marc Davignon - Abonné 19 janvier 2015 09 h 38

    La caisse, la caisse ....

    Un autre beau projet!

    • Alexandre Kampouris - Abonné 19 janvier 2015 13 h 35

      Kéolis, qui contrôle Orléans Express depuis 2002, appartient à la SNCF (70%) et à la Caisse (30%).

  • Damien Tremblay - Inscrit 19 janvier 2015 09 h 41

    Même situation qu’avant la nationalisation de l’électricité


    Au Québec, avant la nationalisation de l’électricité, les compagnies privées ne donnaient des services que là où c’était rentable. Ailleurs, au Québec, dans les campagnes et les villages, on s’éclairait à la chandelle.

    Avec le transport collectif par autobus, il semblerait que l’on vive la même situation et que les compagnies capitalistes, dont la fin ultime est de verser des dividendes à leurs actionnaires, ne se sentent évidemment pas une vocation pour générer des déficits cumulés.

    Dans un grand pays peu peuplé comme le Québec, les compagnies de transport collectif ont de la difficulté à générer des profits en région. D’autant plus que nous vivons encore, en ce début de troisième millénaire, dans une civilisation où l’automobile adorée fait office de veau d’or.

    Pas étonnant qu’Orléans Express doive « rationaliser » l’entreprise et couper dans les services aux collectivités éloignées des grands centres. Résultat : la compagnie privée garde la crème et laisse le petit lait déficitaire aux gouvernements.

    En principe, le transport collectif devrait donc être étatisé mur à mur pour transvaser les bénéfices des lignes rentables vers celles qui génèrent des déficits. Cela afin d’éviter que l’arrière pays ne se dépeuple au profit des grands centres urbains.

    Pour réaliser une telle chose, l’État québécois n’aurait qu’à cesser de subventionner massivement l’automobile et transférer ces milliards de dollars vers le transport en commun.

    Plus on subventionne l’automobile de façon déloyale envers le transport collectif, moins il est avantageux d’utiliser ce dernier. L’inverse inciterait les automobilistes à se départir de leur véhicule adoré dont le coût du kilométrage augmenterait en flèche avec l’arrêt des subventions.

    Ceci dit, ce sera toujours un défi de rentabiliser le transport collectif dans des régions peu peuplées.

  • Sylvain Auclair - Abonné 19 janvier 2015 09 h 56

    Même chose qu'avec le tramway

    Jusque dans les années 30 ou 40, le transport urbain était rentable. L'étalement urbain, l'achat et l'usage de voitures particulières, le remplacement des tramways par des autobus ont mis fin à cette rentabilité et ont obligé les villes à prendre ce service en main. C'est sans doute un scénario semblable qui se passe dans ces régions.