Des maires sont outrés par les propos du ministre Moreau

<em>«</em><em> </em><em>Pierre Moreau flirte avec l’abus de pouvoir</em><em> </em><em>»</em>, a lancé la mairesse Caroline St-Hilaire de Longueuil.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir « Pierre Moreau flirte avec l’abus de pouvoir », a lancé la mairesse Caroline St-Hilaire de Longueuil.

« Outrés » par les propos du ministre Pierre Moreau, des maires membres de l’Union des municipalités du Québec (UMQ) ont qualifié d’« intimidation » et de « chantage » l’attitude de Québec. La mairesse de Longueuil, Caroline St-Hilaire, a mis au défi le gouvernement de déclencher des élections s’il décide de mettre sa ville sous tutelle.

En conférence de presse jeudi, la présidente de l’UMQ, Suzanne Roy, s’est particulièrement offusquée que le ministre des Affaires municipales, Pierre Moreau, demande aux municipalités des compressions de 300 millions $ dans le cadre du pacte fiscal transitoire conclu le mois dernier, mais qu’il leur impose le silence à ce sujet. Elle a qualifié d’ingérence le comportement du ministre : « Nous sommes imputables devant nos citoyens. Un ministre ne peut pas déterminer ce qu’un maire a le droit de dire à ses citoyens et dans quelles circonstances il le dit ».

La veille, le ministre Moreau avait accusé les maires Marc Demers, de Laval, et Caroline St-Hilaire, de Longueuil, de « prendre les gens pour des crétins », après qu’ils eurent attribué une partie de leurs hausses de taxes foncières à ce pacte fiscal transitoire.

Le ministre les avait sommés de revoir leurs budgets et de réduire les taxes imposées aux contribuables, faute de quoi, il entendait retenir une partie des transferts destinés à ces villes pour rembourser directement les contribuables.

« Pierre Moreau flirte avec l’abus de pouvoir », a lancé la mairesse St-Hilaire. «Je ne céderai pas à l’intimidation. Les villes du Québec sont-elles maintenant sous tutelle ? […] Si Pierre Moreau a l’intention de mettre la Ville de Longueuil sous tutelle, s’il remet en question ma légitimité de mairesse et de gestionnaire, que le gouvernement du Québec déclenche des élections. »

Les maires ont rappelé que les surplus servaient à payer les imprévus, pas à payer les déficits du gouvernement du Québec. Suzanne Roy a pressé le premier ministre Philippe Couillard et le ministre Moreau de rétablir les ponts avec le monde municipal.

Le maire Denis Coderre n’était pas présent à la conférence de presse de ses collègues. Il a indiqué sur Twitter qu'il «faut s'assurer que les canaux de communications restent ouverts. C'est ce que Régis Labeaume et moi faisons depuis hier.»

Du côté de Québec, le maire Régis Labeaume avait assuré dès le départ que les contribuables ne seraient pas pénalisés dans leur compte de taxes. Il avait d’ailleurs donné un appui clair au gouvernement dans ce dossier lors de l’annonce des compressions début novembre. « Au comité exécutif de la Ville de Québec, nous croyons idéologiquement que le déficit doit être éliminé, avait-il dit. « Nous avons décidé de faire partie de la solution. »

À Québec, les coupes s’élevaient à 20 millions $ et ont été financées par les surplus et des compressions dans les unités administratives. Lors de l’annonce de son propre budget lundi, il a dit « comprendre » et « accepter » les coupes.

Jeudi matin, tant le premier ministre Couillard que le ministre Moreau ont réitéré leurs intentions à l’égard des municipalités récalcitrantes.

Avec la collaboration de Isabelle Porter, à Québec