Les opposants craignent un «mini-Mirabel»

Une dizaine de producteurs pourraient être expropriés.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Une dizaine de producteurs pourraient être expropriés.

L’Union des producteurs agricoles (UPA) de même que de nombreuses organisations environnementales et citoyennes se mobilisent pour empêcher le déménagement de l’aéroport de plaisance de Mascouche sur des terres agricoles. Ils demandent au maire Guillaume Tremblay d’abandonner son projet, qui vise à vendre les terrains sur lesquels est situé l’aéroport pour créer une zone commerciale. Selon eux, ce projet risque de devenir un « mini-Mirabel ».

 

Le président de l’UPA, Marcel Groleau, a expliqué que le projet du nouvel aéroport est prévu sur plus d’une centaine d’hectares de terres agricoles qui, dit-il, sont parmi les meilleures au Québec. Une dizaine de producteurs devront éventuellement être expropriés, alors que l’aéroport de Mirabel, qui n’effectue que des vols à fret maintenant, se trouve à une quarantaine de kilomètres de là.

 

« Il pourrait être relocalisé à Mirabel, ce projet-là. Il y a déjà, selon nous, des infrastructures qui seraient intéressantes », affirme M. Groleau, qui demande à ce qu’une étude soit faite sur l’endroit où il serait le plus approprié de déménager l’aéroport et où il causerait le moins de dommages. « On est sûrs qu’après cette analyse, le projet ne se réalisera pas là où il est prévu », lâche-t-il sur un ton convaincu.

 

Après avoir examiné les plans du projet, le professeur de géographie de l’Université de Montréal, Claude Marois, soutient que la Ville de Mascouche pourrait probablement trouver un endroit plus approprié au lieu de gruger les terres agricoles. « Il y a certainement, dans les 28 km2 non agricoles à Mascouche et les 118 km2 non agricoles de la MRC des Moulins, un site pour relocaliser l’aéroport », soutient M. Marois.

 

Le chef de projets scientifiques à la Fondation David Suzuki, Jean-Patrick Toussaint, a d’ailleurs fait remarquer que ce projet va à l’encontre du Plan métropolitain d’aménagement et de développement (PMAD) de la Communauté métropolitaine de Montréal, qui propose d’augmenter de 6 % les superficies cultivables. « On se rend compte qu’on effrite peu à peu le territoire au détriment des terres agricoles. Et si on laisse cette situation se produire, ça pourrait continuer de se reproduire », craint M. Toussaint.

 

Certaines voix s’élèvent déjà pour rappeler que le projet du maire de Mascouche ressemble étrangement à celui de l’aéroport de Mirabel en 1969 où des milliers de terres agricoles ont été perdues. « On veut exproprier des agriculteurs encore une fois de la même manière qu’à Mirabel et on utilise la même loi que Pierre Elliott Trudeau avait utilisée pour le faire », déplore Nicolas Lemieux, du Comité citoyen de Mascouche, qui n’hésite pas à parler du projet comme un « mini-Mirabel ». « Et tout ça est fait par un maire, qui était avant un député péquiste qui défendait la souveraineté du Québec, pour utiliser une loi d’un politicien opposé à la souveraineté », poursuit-il en ajoutant que citoyens et agriculteurs manifesteront, samedi, pour demander au maire de revenir sur sa décision.

2 commentaires
  • André Côté - Abonné 20 août 2014 09 h 27

    L'UPA et «les meilleures terres agricoles»

    On peut être pour ou contre les conditions de démagement de l'aéroport de Mascouche, mais je m'interroge sur la position de l'UPA dans ce dossier. Oui, ce sont de belles terres agricoles qui pourraient être touchées, mais regardez quel type d'agriculture on y pratique actuellement. La très très grande partie de ces terres est mopolisée, année après année, pour la culture du maîs et du soya; le maïs pour la production d'éthanol et le soya pour de l'huile et de la nourriture animale. Les «meilleures terres agricoles» ne devraient-elles pas être utilisées pour produire de la nourriture dans le respect de la terre elle-même? Dans les conditions actuelles, la rotation des cultures est pratiquement inexistente ou du moins minimale et l'utilisation massive d'herbicides et de pesticides contredisent ce soucis de la protection des «meilleures terres» agricoles, vocation même de l'UPA.

    • Sylvain Auclair - Abonné 20 août 2014 12 h 15

      Mais, si ces terres sont pavées, il n'y aura plus d'agriculture, qu'elle soit biologique ou industrielle.