Retraites : les syndicats attaquent Couillard et sa « commission bidon »

Marc Ranger, porte-parole de la Coalition syndicale pour la libre négociation, déplore l’absence d’espace pour une véritable négociation.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Marc Ranger, porte-parole de la Coalition syndicale pour la libre négociation, déplore l’absence d’espace pour une véritable négociation.

Le premier ministre Philippe Couillard a jeté de l’huile sur le feu en se montrant inflexible au sujet de la réforme des régimes de retraite, accusent les syndicats. Même si elle qualifie de « bidon » la commission parlementaire qui se penchera sur le projet de loi 3 à compter du 20 août, la Coalition syndicale pour la libre négociation entend y participer quand même.

 

Déjà sur les dents avec le projet de loi du gouvernement libéral, les syndicats municipaux ont été piqués au vif par les propos du premier ministre tenus dimanche. Lors du congrès des jeunes libéraux, Philippe Couillard a soutenu que son gouvernement ne reculerait pas dans le dossier des régimes de retraite malgré les coups d’éclat des syndiqués.

 

« Le premier dit qu’il est ouvert à la négociation, mais ses déclarations démontrent qu’il n’y a aucun espace pour la négociation », a commenté Marc Ranger, porte-parole de la Coalition syndicale pour la libre négociation. « Il est là pour faire plaisir aux maires Coderre et Labeaume, point à la ligne. Il a pris des engagements envers ces gens-là en campagne électorale. Il va livrer coûte que coûte. »

 

Malgré les propos du premier ministre, la Coalition syndicale entend présenter un mémoire en commission parlementaire, a assuré M. Ranger : « On va être là. Le jeu de la chaise vide ne profite à personne. On a des propositions créatives à présenter sauf que, maintenant, ça a toutes les apparences d’une commission bidon. »

 

Du renfort

 

La Coalition a reçu lundi l’appui de sept organisations de retraités qui, par dérision, se sont eux-mêmes qualifiés de « gras-dur ». Parmi eux, d’anciens cols bleus et cols blancs de la Ville de Montréal, d’ex-travailleurs de la Société de transport de Montréal (STM) ainsi que l’Association des syndicalistes retraités du Canada, qui regroupe 500 000 membres au pays. Ces anciens travailleurs reçoivent comme une gifle la décision du gouvernement de permettre aux municipalités d’annuler l’indexation des rentes des retraités.

 

Ancien col blanc de la Ville de Montréal, François Teasdale a avancé que l’indexation de la rente de retraite des fonctionnaires était déjà dérisoire et s’était élevée l’an dernier à 0,5 %. « Sur ma rente à moi, ça me donne deux fois 3,98 $ par mois, de quoi payer deux cappuccinos peut-être. Ces indexations, qui sont ridicules, vont disparaître dans le projet de loi 3. Et il y a même des dispositions qui vont peut-être venir piger dans nos retraites actuelles pour rembourser les déficits », a-t-il indiqué lors d’une conférence de presse lundi matin.

 

Les retraités municipaux ne roulent pas sur l’or et ne sont pas des « gras-dur privilégiés qui, après une carrière paresseuse, jouiraient d’une retraite élevée aux frais du contribuable citoyen », ont réitéré les représentants de diverses organisations de retraités. « Rappelons ici que c’est sur nos salaires que sont prélevées les cotisations finançant les rentes et que les retraites moyennes ou médianes démontrent le plus souvent une insuffisance, et même une pauvreté », a indiqué Jean Carette, vice-président du Réseau Espaces 50 + et ex-professeur de l’UQAM.

 

À titre d’exemple, la rente moyenne des 6000 cols bleus retraités de la Ville de Montréal s’élève à 24 000 $ par année, y compris les prestations de la Régie des rentes et la pension de sécurité de la vieillesse, a-t-on souligné. L’âge moyen de ces retraités est de 59 ans.

 

À ceux qui pourraient faire valoir que de nombreux travailleurs québécois devront travailler jusqu’à 65 ou 70 ans avant de prendre leur retraite et qu’ils ne pourront espérer toucher une telle rente, Marc Ranger rétorque que les conditions de retraite ont été négociées de bonne foi et que les syndiqués ont versé près de 10 % de leur salaire dans leur régime de retraite. « C’est une légende urbaine de penser que les fonds de retraite sont financés à même l’avoir des contribuables », a dit Marc Ranger.

 

Pouvoir d’achat

 

Du côté de la Ville de Québec aussi, les retraités ont voulu réagir à la sortie de M. Couillard. « On n’est aucunement d’accord à ce qu’une des solutions soit la suspension temporaire des rentes des retraités », a fait valoir Gaston Verreault, de l’Association du personnel retraité de la Ville de Québec.

 

L’Association compte 4000 membres dont la moyenne d’âge est de 78 ans. Leur principale inquiétude est de perdre leur pouvoir d’achat. « Une rente de 27 000 $ […] si elle n’est pas indexée dans dix ans, vous avez une perte de quelque 5000 $. Pendant 15 ans, c’est 7800 $. C’est énorme ! »

 

Si M. Verreault parle de 10 ou 15 ans, c’est que le projet de loi 3 donne aux Villes la possibilité de suspendre l’indexation tant et aussi longtemps que les régimes ne seront pas en bonne situation financière. « La Ville va avoir 15 ans pour payer sa part à elle donc ça veut dire qu’il va falloir possiblement 10 ans ou 15 ans pour que l’indexation soit rétablie. »

 

L’Association doit présenter un mémoire en commission parlementaire le 20 août prochain soit le même jour que la Ville de Québec. Lundi, ils ont interpellé le maire Régis Labeaume en brandissant une citation de 2012 où il semblait leur donner raison.

 

« Que fait-on maintenant ? Je vais commencer par dire ce qu’on ne fera pas », avait déclaré le maire dans un discours prononcé en mai 2012 devant la Chambre de commerce. « D’abord, on ne changera pas rétroactivement les régimes de retraite. Ces régimes sont des contrats négociés entre un employeur et ses employés. Dans une société de droit, on respecte les contrats. Les employés ont acquis des droits inscrits formellement dans les régimes de retraite, et ces droits doivent être honorés. »

 

L’attaché de presse du maire n’était pas joignable lundi. Quant à M. Labeaume, il doit être rentré de vacances pour la tenue de la commission parlementaire.

 

Manifestations

 

Rappelons que le projet de loi 3 vise notamment un partage égal des coûts des régimes de retraite entre les villes et les employés. Les syndicats reprochent au gouvernement de fermer la porte à toute négociation et aux villes d’avoir failli à leurs responsabilités en se permettant des congés des cotisations pendant des années. Ils se disent prêts à négocier, mais ont promis que l’automne serait chaud.

 

Mardi, les policiers municipaux manifesteront à Québec, mais en raison des travaux de construction devant l’hôtel de ville, ils se rassembleront plutôt devant le bureau d’arrondissement Les Rivières. Pour leur part, les syndiqués regroupés au sein de la Coalition fourbissent leurs armes en prévision d’une importante manifestation qui aura lieu à Montréal le 20 août et coïncidera avec le début de la commission parlementaire.

Dans une société de droit, on respecte les contrats. Les employés ont acquis des droits inscrits formellement dans les régimes de retraite, et ces droits doivent être honorés.

À voir en vidéo