Des syndiqués municipaux s’invitent aux Jeux du Québec

La présidente de l’UMQ, Suzanne Roy, croit que les maires doivent agir maintenant dans le dossier du projet de loi 3.
Photo: Source UMQ La présidente de l’UMQ, Suzanne Roy, croit que les maires doivent agir maintenant dans le dossier du projet de loi 3.

Une centaine d’employés municipaux membres de la Coalition syndicale pour la libre négociation se sont présentés vendredi soir devant le colisée Jean-Béliveau à Longueuil, où se déroulent les Jeux du Québec. Ils ont offert aux jeunes athlètes et à leur famille des frisbees et des bouteilles d’eau avec la mention « Libre négo » pour signifier leur opposition au projet de loi 3 sur les régimes de retraite.

 

« Les gens pensaient qu’on ferait un coup d’éclat, mais ça s’est déroulé de façon civilisée. Les jeunes venaient de leur propre gré prendre des bouteilles », a indiqué au Devoir Marc Rangé, porte-parole de la Coalition.

 

Le regroupement syndical prévoyait au départ viser davantage les jeunes afin de les « sensibiliser » à la question des régimes de retraite. Les organisateurs des Jeux ont néanmoins contacté des représentants de la Coalition, durant la journée de vendredi, afin de les convaincre de changer de tactique. Après discussion, le regroupement syndical a accepté de s’adresser plutôt aux parents.

 

Le président des Jeux, Martin Fortier, a vivement critiqué l’idée de base de la Coalition. « On parle d’enfants de 13 à 17 ans. Aller leur parler de régimes de retraite, ça n’a aucun sens. Pire que ça, ils voulaient entrer en contact avec les enfants. Nous étions tout à fait contre cette idée », a-t-il indiqué en entrevue avec La Presse canadienne.

 

« Nous voulions leur remettre des articles promotionnels pour les sensibiliser de façon légère, faire un clin d’oeil intergénérationnel », réplique Marc Rangé.

 

Un message pour la mairesse

 

La Coalition voulait également « passer un message » à la mairesse de Longueuil, Caroline St-Hilaire. Plus tôt vendredi, cette dernière a qualifié de « malhabile » et de « maladroite » la démarche. « M. Rangeraurait pu me parler ailleurs, autrement, différemment. »

 

Elle voit mal comment l’intervention durant les Jeux du Québec pourrait servir la cause des syndiqués. « Ils se servent de cette tribune parce que c’est un événement qui réunira beaucoup de monde, qui est très attendu. Je ne pense pas que ce soit la bonne place, mais ils ont fait ce choix. Ils vivront avec. Je crois sincèrement que cela va se retourner contre eux », a estimé la mairesse. En soirée, elle a fait un bref passage au rassemblement de syndiqués.

 

L’UMQ garde le cap

 

Dans son mémoire soumis en 2013 en lien avec le rapport d’Amours — document d’un comité d’experts présentant des recommandations quant à l’avenir des régimes de retraite —, l’Union des municipalités du Québec (UMQ) signifiait sa crainte que « le climat de relations de travail […] se détérior[e] » si toutes les recommandations du rapport étaient adoptées. Avant même que le projet de loi soit étudié en commission parlementaire, l’UMQ voit sa crainte se concrétiser.

 

« C’est toujours vrai que [ce genre d’annonce] touche le climat de travail. Mais en même temps, comme élus, on a deux choix : se fermer les yeux et laisser le prochain régler le problème, ou bien agir. Étant donné l’ampleur du problème — 4 milliards de déficit — c’est notre devoir de résoudre ça », a indiqué au Devoir Suzanne Roy, présidente de l’UMQ et mairesse de Sainte- Julie. « On n’est ni pour, ni contre la lutte des syndicats [impliqués dans le conflit] ; on est pour [les intérêts] des citoyens », a-t-elle ajouté.

 

Certains maires ont manifesté leur appui aux syndicats dans leur lutte contre le projet de loi 3. La plupart d’entre eux craignent que le projet de loi oublie les plus petites villes. Ils disent ne pas vouloir « payer » pour les « problèmes » des plus grandes.

 

« Montréal doit régler ses problèmes, Québec aussi, mais on n’a pas à payer pour ça », a déclaré jeudi le maire de Terrebonne, Jean-Marc Robitaille, rapporte La Presse. Sa ville a un déficit des régimes de retraite de 2 millions « seulement », a-t-il ajouté, alors que celui de Québec atteint les 620 millions et celui de Montréal, 1,6 milliard. Le maire Denis Coderre soutient toutefois qu’il n’y a pas de dissensions entre les maires.

 

« Durant la commission parlementaire, plusieurs municipalités vont présenter leurs spécificités, répond Suzanne Roy aux maires inquiets. Ils n’ont pas les mêmes fonds de pension, ce n’est pas la même chose. Ce sont 216 fonds de pension qui sont touchés par le projet de loi 3. »

 

Mme Roy attribue cette vague d’inquiétude à la « pression detoutbordtoutcôté » que les maires subissent depuis quelques semaines. « Des gens des syndicats qui font des tournées, qui se promènent… C’est sûr que ça suscite des questions », a-t-elle affirmé au Devoir. Elle estime qu’il est sain qu’il y ait des discussions « pour connaître la réalité des uns et des autres ».

 

Le ministre des Affaires municipales, Pierre Moreau, ne fera aucun commentaire avant son retour de vacances le 13 août, a indiqué au Devoir Mylène Alotto, qui travaille à son cabinet.

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