L’hôtellerie illégale dérange aussi dans les régions

L’industrie touristique souffre de l’hébergement illégal dans la plupart des régions du Québec.
Photo: Michaël Monnier Le Devoir L’industrie touristique souffre de l’hébergement illégal dans la plupart des régions du Québec.

Montréal et Québec n’ont pas le monopole de l’hôtellerie illégale. De l’Estrie à l’Abitibi-Témiscamingue, le phénomène suscite l’inquiétude dans la plupart des régions, aussi éloignées soient-elles.

 

L’année dernière, Tourisme Québec (TQ) a reçu des plaintes pour hébergement illégal en provenance de toutes les régions du Québec à l’exception de Laval. Le plus grand nombre de dénonciations provenaient de Montréal (213), des Laurentides (56), de l’Abitibi-Témiscamingue (46), de l’Estrie (44) et du Saguenay–Lac-Saint-Jean (40), révèlent des données d’avril 2013 à mars 2014.

 

Selon le porte-parole du ministère Guy Simard, les dénonciations reposent « principalement sur le fait que des personnes louent leur appartement ou chalet dans des secteurs résidentiels » ce qui cause du bruit et nuit au bon voisinage.

 

Concernant le cas étonnant de l’Abitibi, où il y a plus de plaintes que dans un pôle touristique comme Québec, M. Simard suggère qu’il s’agit d’un cas particulier. « L’essor d’entreprises liées notamment à la foresterie, aux mines et aux chantiers de construction dans plusieurs régions du Québec, dont l’Abitibi, a amené de nombreux travailleurs temporaires à se déplacer dans ces régions. Plusieurs d’entre eux ont utilisé des maisons de chambre non attestées », explique-t-il.

 

Au Québec, une personne qui loue sa chambre, son appartement ou son chalet pour une période inférieure à un mois doit obtenir une attestation de classification auprès de la Corporation de l’industrie touristique du Québec (CITQ) au coût d’environ 250 $, détenir une assurance responsabilité civile d’au moins 2 millions de dollars et verser à Revenu Québec la taxe sur l’hébergement correspondant au nombre de nuitées vendues. Selon la région touristique, cette taxe est de 2 $ ou 3 $ par nuitée, ou encore de 3 % ou 3,5 % du prix de la nuitée.

 

Or, les dénonciations que reçoit Tourisme Québec ne sont pas toutes fondées. Sur les 525 personnes dénoncées l’an dernier, 7 % avaient déjà une attestation et 31 % n’étaient pas assujetties à la loi. Par contre, le quart des exploitants ont retiré leur annonce à la suite de la plainte et 18 % ont cherché à se conformer à la loi par la suite.

 

Enfin, 9 % d’entre eux continuent d’exploiter les lieux de façon illégale et s’exposent à un recours judiciaire de la part du Directeur des poursuites criminelles et pénales. Les amendes oscillent entre 750 $ et 2250 $ par jour d’infraction, mais à ce jour, aucun de ces dossiers n’a fait l’objet d’une condamnation.

 

La part d’Airbnb inconnue

 

Le phénomène de l’hébergement illégal est dénoncé de façon croissante depuis l’avènement d’outils de location en ligne comme Airbnb. Il est toutefois difficile d’établir quelle part des dénonciations reçues par Tourisme Québec provient des activités qui se déroulent sur ce site Web.

 

« Les dénonciations portant spécifiquement sur des annonces provenant de Airbnb ne sont pas constantes d’un mois à l’autre, c’est pourquoi il est difficile d’en tirer des conclusions », explique Guy Simard.

 

« À titre d’exemple, pour le mois de juin 2014, 24 dénonciations ont été déposées au total, dont 20 de Airbnb. En juillet 2014, sur 26 dénonciations reçues, 5 seulement étaient des annonces de Airbnb. »

 

À titre indicatif, on trouve actuellement sur le site une dizaine d’annonces dans la région de l’Abitibi, une trentaine dans la péninsule gaspésienne, plus de 200 au Mont-Tremblant et plus de 500 dans la région de Québec. À Montréal, le nombre de locations offertes dépasse le millier.

 

Pressé d’agir par l’industrie hôtelière, le gouvernement a créé un comité consultatif sur cette question. Composé d’hôteliers et de représentants de Revenu Québec, il évalue la possibilité de forcer des sites comme Airbnb à imposer la taxe sur l’hébergement.

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5 commentaires
  • André Michaud - Inscrit 22 juillet 2014 10 h 04

    évasion fiscale et concurence malhonnête!

    Le travail au noir et l'évasion fiscale prive l'état de revenus et c'est une concurence malhonnête envers les commercants inondés de taxes et paperasseries..

    Mais que ne ferais pas les consommateurs pour payer moins cher? Tout comme combien de services payés sans facture pour éviter de payer les taxes ?

  • Joël Leblanc - Inscrit 22 juillet 2014 14 h 51

    Pas juste pour économiser...

    Deux points:
    1. Si les chambres d'hôtel n'étaient pas si exagérément dispendieuses, le consommateur ne chercherait peut-être pas d'alternative... Les hôtelliers y ont-ils pensé?
    2. Le vrai voyageur ne cherche pas seulement de l'hébergement à prix décent. Il veut aussi vivre des expériences authentiques et s'immerger de la culture locale. Des choses que les hôtels ne pourront jamais offrir.

  • André Leblanc - Inscrit 22 juillet 2014 15 h 20

    Et les employés

    Vous les payez comment, avec des queues de prunes?

  • Paul D'Amour - Abonné 23 juillet 2014 03 h 19

    Dénonciation?

    Il y a voyez-vous ceux et celles qui pensent en néo-libéraux et qui optent pour le profit des gros hôtels et des grandes chaines hôtelières lesquels dénoncent ceux-là qui osent offrir une chambre et un repas à des touristes qui dépensent leurs dollars au Québec et qui autrement ne viendraient pas chez-nous car les chambres d'hôtels sont trop couteuses.
    Voilà que le gouvernement que nous avons élu sent le besoin de profiter de cette manne, que représente le tourisme à la recherche de conditions d'hébergement à prix raisonnable, en taxant ou en pénalisant les petits qui prennent l'initiative d'offir le gîte aux touristes moins fortunés. Or ce gouvernement finira bien par faire grimper le prix des chambres ce qui réduira du même coup le nombre de touristes intéressés à visiter le Québec.
    Je crois que les propriétaires de gros hôtels de même que ceux qui ont la main mise sur l'industrie touristique québécoise ont très probablement voté pour le parti libéral.
    Paul D'Amour

  • Jacques Moreau - Inscrit 23 juillet 2014 22 h 51

    Compétitons et le marché.

    Le touriste qui opte pour le refuge genre "bed & breakfast" disponible via Internet en particulier, ne voyagerait probablement pas s'il devait payer le $150.00 par jour pour une chambre d'hotel, plus les repas. Avec de la chance il pourrait avoir une chambre dans une maison privée, avec petit déjeuner pour $150.00 par semaine. ¨Ca lui laisse $600.00 à dépenser pour d'autre chose que le dormir, et probablement il n'est pas obligé de dépenser tout le montant. D'un autre coté... ça peut être un touriste qui ne viendrait pas s'il devait absolument payer le gros prix pour le gîte.