Dans la nébuleuse Rob Ford

Il n’est pas impossible que le maire de Toronto, Rob Ford, soit réélu, estime l’auteure de Crazy Town, Robyn Doolittle.
Photo: La Presse canadienne (photo) Chris Young Il n’est pas impossible que le maire de Toronto, Rob Ford, soit réélu, estime l’auteure de Crazy Town, Robyn Doolittle.

Ses frasques ont fait le tour du monde, tout comme sa consommation de crack. Rob Ford, le maire de la plus grande ville du Canada, a démontré que la réalité pouvait dépasser la fiction. Dans un livre qui vient de paraître, la journaliste du Toronto Star Robyn Doolittle relate les coulisses de la vie trouble de l’invraisemblable maire de Toronto.

 

De grands pans de la vie tumultueuse de Rob Ford ont déjà été étalés au grand jour, mais Crazy Town, publié aux éditions Penguin et en librairie depuis lundi, jette un nouvel éclairage sur les agissements du maire de Toronto.

 

Au fil des pages de Crazy Town, Robyn Doolittle brosse le portrait de Rob Ford, de sa famille, de son ascension à la mairie de Toronto et du travail journalistique qui a conduit à plusieurs révélations sur le maire délinquant.

 

Né le 28 mai 1969 à Etobicoke, en banlieue de Toronto, Robert Bruce Ford est le cadet d’une famille de quatre enfants. Son père, Doug Ford Senior, a beau être un député conservateur ontarien et un homme d’affaires fortuné, force est d’admettre qu’il est à la tête d’une famille dysfonctionnelle.

 

L’auteure raconte un épisode particulièrement surréaliste de la vie familiale du clan Ford. En 1998, à l’occasion de travaux de rénovation dans la maison, des billets de banque que le patriarche conservait dans une boîte de métal disparaissent. Il y a là une somme importante, suffisante pour acheter une voiture de luxe, précise l’auteure. Furieux, le père Ford soupçonne l’un des aînés d’avoir subtilisé l’argent. Âgée de 37 ans, Kathy est une consommatrice d’héroïne alors que Randy, 36 ans, a déjà suivi plusieurs traitements de désintoxication.

 

Pour en avoir le coeur net, Doug Ford Senior fait passer un test de polygraphe à ses enfants. Sa fille Kathy et son conjoint échoueront au test. Quelques mois plus tard, cet homme sera reconnu coupable du meurtre du nouveau conjoint de Kathy Ford tué par balle.

 

Malgré ses déboires, le clan Ford a de l’ambition, et un proche soutient même qu’ils se considèrent comme les Kennedy du Canada.

 

La vidéo

 

Journaliste aux faits divers au Toronto Star, Robyn Doolittle est mutée aux affaires municipales en 2010, à l’aube de la campagne électorale municipale. Ce changement d’affectation ne lui sourit guère. « J’imaginais de longues journées de réunions ennuyeuses et des débats au sujet de la largeur des trottoirs. […] Je pensais que la chasse aux criminels était chose du passé », écrit-elle.

 

Or, en octobre 2010, Rob Ford est élu maire en obtenant 47 % des suffrages après avoir mené sa campagne sur son slogan « Stop The Gravy Train ». Le mandat du nouveau maire sera fertile en rebondissements. Ses écarts de conduite et sa consommation d’alcool finissent par ressurgir, notamment lors de l’incident du Bal de la Garnison où le maire est apparu intoxiqué. En outre, il y a le crack.

 

Un soir de mai 2013, Robyn Doolittle et un collègue du Star voient la fameuse vidéo où Rob Ford semble consommer du crack. Pour la journaliste, il ne fait pas de doute qu’il s’agit bien du maire de Toronto. L’auteure décrit en détail la chronologie des événements, les négociations menées pendant des semaines avec un intermédiaire qui réclame de l’argent en échange de cette vidéo et le dilemme dans lequel se retrouve le Toronto Star. Si Rob Ford consomme du crack, les citoyens sont en droit de le savoir, mais les règles éthiques et la provenance de la vidéo tournée par des trafiquants de drogue soulèvent de multiples questions. Ceux-ci pourraient-ils utiliser l’argent pour acheter une arme à feu et tuer quelqu’un ? Le quotidien renonce finalement à acheter la vidéo.

 

Le site américain Gawker finira par révéler l’existence de la vidéo et le Toronto Star en sera quitte pour publier un texte en catastrophe le soir du 16 mai 2013.

 

Renata Ford

 

L’auteure révèle le contenu d’une conversation au cours de laquelle Renata, l’épouse de Rob Ford, sollicite des conseils auprès d’un proche — qui l’enregistre à son insu. Elle s’inquiète alors des problèmes de consommation de drogue de son mari.

 

S’il a admis avoir consommé du crack et s’il a été dépouillé de nombreux pouvoirs par le conseil municipal de Toronto, Rob Ford est toujours en poste. Il entend même être de nouveau candidat à la mairie lors du scrutin de novembre prochain. Robyn Doolittle croit possible qu’il l’emporte malgré la controverse, car divers sondages ont confirmé que les appuis à son égard se maintenaient.

 

Pour Doug Ford, le frère du maire, l’ouvrage publié par la journaliste n’est qu’une attaque de plus du Toronto Star contre sa famille. Lundi, il a accusé l’auteure d’avoir eu recours à des sources anonymes pour écrire son livre. Aux journalistes qui lui demandaient s’il avait l’intention de lire Crazy Town, Doug Ford a répliqué : « Vous vous moquez de moi ? »

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