Vers un «effet L’Isle-Verte»?

Vendredi, le porte-parole de la Sûreté du Québec (SQ) a redit à quel point les conditions sur le site étaient rudes, parlant d’une « scène hors du commun » et de « conditions extrêmes ». 
Photo: La Presse canadienne (photo) Ryan Remiorz Vendredi, le porte-parole de la Sûreté du Québec (SQ) a redit à quel point les conditions sur le site étaient rudes, parlant d’une « scène hors du commun » et de « conditions extrêmes ». 

Québec — En ravageant la Résidence du Havre, le funeste incendie de L’Isle-Verte a attiré l’attention sur la vulnérabilité des personnes âgées. Mais pour combien de temps encore ?

 

« Tout le monde parle des aînés à cause de ça. J’espère que quand ça va être fini, on va continuer à en parler », lance la députée Marguerite Blais, pour qui les personnes âgées sont devenues une véritable cause personnelle. « Notre société n’est pas tellement intéressée à entendre parler des personnes âgées… »

 

Des exemples ? La consultation parlementaire qui a débuté mardi sur les conditions de vie dans les centres de soins de longue durée (CHSLD)… dans une relative indifférence. « On ne l’aime pas, la vieillesse. […] On n’aime pas la vulnérabilité parce que ça nous fait peur. Ça nous ramène à notre propre fin de vie. »

 

Vendredi, le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ), François Legault, abondait dans le même sens. « On n’en fait pas assez pour nos personnes âgées, disait-il. Ce sont elles qui ont bâti le Québec. »

 

À la FADOQ (ex-Fédération de l’âge d’or du Québec), on aimerait aussi qu’il y ait une sorte d’effet L’Isle-Verte. « C’est un drame, une tragédie », note la responsable des communications Line Rémillard. « Servons-nous-en afin de faire avancer des choses. Malgré toute la tristesse… Que ça nous amène à nous rendre plus responsables de la sécurité de ces gens-là. Plus vigilants. » Après tout, dit-elle, « c’est l’affaire de tout le monde ».


Huit décès confirmés

 

Pendant ce temps à L’Isle-Verte, beaucoup de réponses demeurent prisonnières de la glace. On ignore encore l’identité des défunts mais le nombre de décès confirmés est maintenant passé à huit. Et avec la trentaine de personnes qui manquent à l’appel, tout laisse croire que le bilan pourrait augmenter considérablement.

 

Vendredi, le porte-parole de la Sûreté du Québec (SQ) a redit à quel point les conditions sur le site étaient rudes, parlant d’une « scène hors du commun » et de « conditions extrêmes ». Pour récupérer les corps sans trop les abîmer, les employés du Bureau du coroner ont dû recourir à de la vapeur et, en raison du froid et de l’épuisement du personnel, les recherches ont été interrompues à 19 h vendredi et reprendront à 7 h samedi.

 

La SQ en avait peu à dire sur les causes de l’incendie et a demandé de nouveau l’aide des témoins qui auraient pu prendre des photos ou des vidéos au début de l’incendie.

 

Selon le préposé qui était en devoir le soir du drame à la Résidence du Havre, l’incendie pourrait toutefois avoir été causé par un article de fumeur dans une chambre du deuxième étage. Bruno Bélanger a confié au réseau TVA qu’il était intervenu moins d’une heure avant que l’alarme ne se déclenche pour empêcher un résident de sortir à l’extérieur pour fumer une cigarette, puisque les résidents ne sont pas autorisés à sortir après 23 h. Lorsque l’alarme a retenti, M. Bélanger s’est dirigé vers la chambre de ce résident et il a constaté que le brasier venait de là.

 

Silencieux jusqu’ici dans les médias, les propriétaires de la Résidence du Havre, Roch Bernier et Irène Plante, ont publié un communiqué pour exprimer leurs condoléances aux familles et aux survivants. Depuis les événements, ils disent avoir consacré leurs énergies à reloger les personnes qui ont pu sortir à temps des flammes et préfèrent ne pas parler aux journalistes.

 

Rentrée de voyage, la mairesse de L’Isle-Verte, Ursule Thériault, a salué le travail de tout le monde et répété que « tout était sous contrôle ». Les résidants de la municipalité doivent toutefois encore faire bouillir leur eau en raison des suites de l’incendie.

 

Selon un expert en gestion du risque, ce drame a une fois de plus démontré l’expertise acquise par le gouvernement du Québec en gestion de crises. De la crise du verglas à la catastrophe de Lac-Mégantic, le Plan de sécurité civile fait ses preuves, selon Louis Côté, de l’Université de Sherbrooke. « Chaque organisme provincial connaît bien son rôle maintenant et le joue généralement très bien. »

 

Enfin sur le front politique, le ministre de la Santé Réjean Hébert a dû répondre à des questions sur des propos prémonitoires tenus il y a un an à propos des gicleurs dans les résidences pour aînés. « Dans mon propre comté, il y a une résidence privée d’hébergement qui ne rencontre pas ces règles minimales là. Il n’y a pas de gicleurs, disait-il en février 2013 lors de la période de questions à l’Assemblée nationale. Faut-il attendre qu’on ait un drame avant d’implanter des règles claires pour les résidences qui accueillent des gens en perte d’autonomie ? »

 

Joint à l’étranger, le ministre a expliqué au Devoir que Québec avait depuis resserré les règles de sécurité dans les résidences, mais que la question des gicleurs était toujours étudiée par un comité. « Malheureusement, cet événement-là est survenu avant la conclusion des travaux. » Sans s’engager à imposer des gicleurs dans tous les types de résidences, il a affirmé que le dossier était plus prioritaire que jamais, mais complexe. Ça nécessite des « rénovations majeures dans un bâtiment déjà construit »,a-t-il dit.



Avec La Presse canadienne

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Marois écourte sa mission

Davos — Pauline Marois a écourté de 24 heures son séjour en Europe, et elle sera à L’Isle-Verte dimanche pour être auprès des familles éprouvées par l’incendie meurtrier de la Résidence du Havre. La première ministre a indiqué vendredi qu’elle avait annulé ses rencontres d’affaires prévues samedi pour rentrer au Québec et se rendre dès le lendemain sur les lieux de la tragédie, où une cérémonie doit se tenir en mémoire des victimes. Mme Marois, en point de presse, a ajouté que le gouvernement mettra « tout en oeuvre » pour venir en aide aux gens et aux familles éprouvés.



La Presse canadienne

13 commentaires
  • Serge Marchand - Inscrit 25 janvier 2014 05 h 19

    Le coeur du problème...

    Je crois qu'avoir déjà essayer d'évacuer en pratique la résidence de l'Isle-Verte aurait pu déterminer qu'il n'y avait pas assez d'employés de nuit dans cette résidence.

    C'est pour cela qu'il est essentiel d'avoir un plan d'urgence réalistique et connue du personnel ainsi que des résidents.

    J'espère sincèrement qu'un jour que les plans d'urgences d'évacuation réalistiques deviennent la norme partout au Québec pour ainsi éviter ces désastres.

    Une simple pratique d'évacuation aurait pu déterminer qu'il n'y avait pas assez d'employés pour évacuer cette résidence dans un délai sécuritaire en tenant compte des gicleurs et autres paramètres de sécurité de cette résidence.

    Je crois que les québécois méritent plus de nos élus que d'être désolés des désastres qui surviennent et que ceux-ci exigent que les endroits publics doivent avoir un plan d'urgence réalistique.

    Un autre plan d'urgence irréalistique par exemple est celui de la rupture soudaine d'un barrage à SM-2 près de Sept-Îles. Ce plan prévoit que les pompiers partiront de Sept-Îles pour allez avertir les résidents du secteur Val Marguerite dans le cas de la rupture du barrage. Cependant, il prendrait plus de temps aux pompiers pour arriver dans ce secteur que le mur d'eau à innondé ce secteur.

    Mes condoléances aux familles et aux amis éprouvés par ce désastre qui selon moi était prévenable.

    • Jacques Moreau - Inscrit 27 janvier 2014 13 h 13

      Je crois plutôt que la "réalité pratique" était respectée. C'est une résidence pour personnes autonomes, et a moins d'avoir besoins d'une équipe pour faire des travaux de nuit, je ne vois pas pourquoi 6, 10, ou 12 personnes seraient en permanence, 24 X 7, sur les lieux, pour aider à une évacuation d'urgence. Il y a peut-être des mesures additionnelles, "réalistes", comme les gicleurs, un plan d'évacuation amélioré, meilleurs murs pare-feux, etc, qu'on pourrait exiger au départ. Selon moi, le gardien de nuit était là pour assurer l'ordrer et aider une ou deux personnes qui aurait besoin d'aide ou de réponse durant la nuit.

  • Yves Perron - Inscrit 25 janvier 2014 08 h 09

    Résidence ou prison

    ...'' Bruno Bélanger a confié au réseau TVA qu’il était intervenu moins d’une heure avant que l’alarme ne se déclenche pour empêcher un résident de sortir à l’extérieur pour fumer une cigarette, puisque les résidents ne sont pas autorisés à sortir après 23 h. Lorsque l’alarme a retenti, M. Bélanger s’est dirigé vers la chambre de ce résident et il a constaté que le brasier venait de là.''

    La voilà la cause. Est-ce que les (résidences) sont des prisons d'où on ne peut sortir après 23 heures? Si c'est le cas, moi je préfèrerait vivre dans ma cabane. Pourquoi on ne fait pas des fumoirs au moins?

    Avant de s'inquiéter pour des gicleurs et tout le tralala , on devrait se demander pourquoi on traite les ainé(e)s comme des enfants en les enfermant Même à l'hopital on peut sortir à volonté sauf pour les psychiatrisés, et encore là ils ont une section fumoir sur l'étage.

    • Gaetane Derome - Abonnée 25 janvier 2014 20 h 37

      @ M.Perron,

      Ce n'est peut-etre juste la cause,mais j'aime bien votre commentaire.En effet,si ce sont des personnes ages autonomes elles devraient se sentir un peu plus libres.

  • Christian Fleitz - Inscrit 25 janvier 2014 09 h 30

    Un peu de sérieux....

    Une nouvelle démonstration que l’on ne peut faire confiance au secteur privé pour s’auto-réglementer. Les victimes de l’Isle-verte sont redevables à cette approche néolibérale qui privilégie l’avantage de l’intérêt privé contre le général et, en réciproque, qui démontre une défaillance de gouvernance. Il est clair que l’absence de règlementation en la matière permet, certes, aux propriétaires de résidences pour aînés de faire les meilleurs profits, mais sans être contraints d’assurer la sécurité de ceux qui leur sont confiés : pas d’installations de sécurité efficaces et personnel insuffisant. Il n’y a pas de mauvais sort ou d’accident en la matière, mais un manque de précautions sécuritaires suffisantes, pour les résidences pour aînés comme, sans doute, pour la plupart des sites recevant un public.
    La sécurité requiert une préoccupation permanente d’information et une recherche constante d’amélioration. Par ailleurs, il est de la responsabilité de la gouvernance, partagée entre gouvernement et les élus du peuple, de décider des mesures optimales de protection de la population toutes composantes confondues. Tout comme la catastrophe de Lac Mégantic, le drame de l’Isle-Verte constate cette carence. Inutile d’ergoter entre responsabilités fédérales ou provinciales, seul le constat des désastres importe.
    Dans ces conditions, les gesticulations des politiques de tous bords qui veulent se faire un capital politique sur ces catastrophes, a un côté totalement indécent et ne peut qu’impressionner les naïfs. Que les uns comme les autres assument réellement leurs responsabilités et assurent une réelle gouvernance, en règlementant, sans palabres inutiles, les indispensables mesures destinées à protéger l’ensemble des citoyens, même si cela doit réduire les profits de quelques uns.

  • Jean-Marie Francoeur - Inscrit 25 janvier 2014 11 h 02

    Pas si simple

    L'installation de gicleurs partout ne règlera pas le problème. Se faire arroser en pleine nuit par un froid glacial aurait eu des conséquences sur la santé de ces gens. Certes, cela peut aider, mais ces gens sont arrivés en fin de vie. Il se meuvent lentement. Certaines personnes sont sourdes. D'autres aveugles ou presque. D'autres semi-mobiles. Croire que 2 employés suffisent à évacuer des dizaines de personnes en 5 minutes n'est pas réaliste. J'ai assisté à un exercice d'évacuation dans une de ces résidences. Après 2 heures, il y avait encore des gens dans leur chambre. En plus, cet exercice a traumatisé plusieurs d'entre eux, quitte à faire réfléchir les autorités sur la pertinence de tenir cet exercice, surtout auprès de ceux qui sont les plus vulnérables, malades, handicapés et autres.

    Il faut trouver des solutions du côté de l'architecture. Est-il possible de construire en béton, ininflammable ? Est-ce qu'on peut allier sécurité, esthétisme et confort ? Peut-on construire des résidences à un seul niveau ?

    Beaucoup de questions à résoudre.

    • Marielle Anne Martinet - Inscrite 25 janvier 2014 18 h 59

      Vous êtes le premier, selon moi, à bien poser le problème. Au Québec, on a une facilité incroyable à trouver des solutions miracles. Aujourd'hui, la solution miracle, ce sont les gicleurs; tout le monde en parle. Non, moi non plus, je ne crois pas que ce soit aussi simple. Des gicleurs en fonction ne donnent pas le temps nécessaire pour évacuer, la nuit, une cinquantaine de personnes à mobilité très réduite pour certains, sourdes ou aveugles pour d'autres, atteint de démence, de troubles cognitifs, hyper-médicamentés, etc. Il faut chercher ailleurs. Des matériaux qui s'enflamment moins rapidement, des planchers de béton, des construction par petites sections avec mur coupe-feu, des constructions moins hautes, etc, etc.

    • Gaetane Derome - Abonnée 25 janvier 2014 20 h 49

      @ M.Francoeur,
      Sans doute avez-vous raison,les gicleurs ne reglent pas tout mais ce serait un atout je pense.Si je me met a la place de ces personnes,j'aimerais mieux me faire arroser par un froid glacial que mourrir en suffoquant ou en brulant..
      Pour ce qui est de l'architecture vous avez emis de bonnes idees et particulierement les residences a un seul niveau.Il me semble que ce serait plus simple d'evacuer les lieux pour ces gens en cas de catastrophe.

  • Johanne Bédard - Inscrite 25 janvier 2014 20 h 20

    Allez à la source du sujet.

    La réflexion qui faudrait faire suite à cet autre horrible événement où des personnes vulnérables sont décédées brûlées (parlons des vraies affaires), c'est que la vieillesse est un sujet tabou en Amérique du Nord. On « stationne » nos pères, nos mères, nos tantes, nos oncles dans des résidences de toutes sortes : privées qui enrichissent les gros bedonnants et cie, publiques où les résidents se font souvent maltraités et volés. Une certaine « minorité » bien nantie peut se payer une résidence de luxe à sécurité maximun avec tous les super services inclus ; ils sont peu nombreux.

    On ne veut rien savoir des vieux. Ceux-là mêmes qui ont construit le Québec de sueur et de labeur. Ceux-là mêmes qui nous ont éduqués, pris en charge, soignés, consolés, réconfortés, aidés, défendus, protégés etc. Ils se sont sacrifiés pour que nous puissions nous instruire. Et, au moment où ils sont les plus vulnérables, nous les « casons » dans ces ghettos appelés « résidences pour personnes âgées ».

    Nous avons de par nos choix, fabriqué une société où la maladie de « l'âgisme » est un fléau qui se développe à une vitesse fulgurante et qui fait des ravages en silence. La jeunesse branchée, techno à outrance, « young urban professionnal » est la norme, le gage assuré du bonheur. On regarde de haut la plebe grisonnante quand on l'ignore pas totalement !

    Les valeurs nobles ont disparues au détriment de ce qui est « in », artificiel, « m'as-tu vu ». L'indifférence de l'individualisme a pris des proportions allarmantes. Alors...

    Bien sûr, il y a d'autres causes au fait que l'on ne veuille plus vivre avec des parents âgés. Tout le monde travaille, tout le monde cours, il y a les enfants, on n'a pas de temps pour soi, ça dérange notre petite vie, notre petit confort, etc.

    On aura beau installer tous les gicleurs qu'on voudra, oui, il faut le faire rapidement dans toutes les résidences, mais ça ne remplacera jamais l'amour, les soins, le réconfort et la sécurité que nos « vieux

    • Gaetane Derome - Abonnée 26 janvier 2014 13 h 56

      @ Mme Bedard,

      La problematique est souvent plus complexe que vous le dites dans le monde d'aujourd'hui.Souvent les gens travaillent loin du lieu ou ils ont ete eleves..
      Quand il faut faire 10-12 heures de route pour voir un parent ce n'est pas simple.

    • Jacques Moreau - Inscrit 27 janvier 2014 13 h 28

      Quand une famille de 4 ou 6 enfants était une petite famille, il y avait invariablement un des enfants qui pouvait héberger un parent agé à long terme. Ce n'est plus le cas. Souvent les enfants ne sont même pas mariés, ne vivent pas près, n'ont pas le logement adaptable, sont en "chicane" avec "les vieux", etc. Les résidences pour personnes agées sont devenues "la norme". Dans les temps de Duplessis on manquait d'orphelinats, aujourd'hui c'est de résidences "abordable" pour les personnes agées, en perte d'autonomie.