Un stationnement incitatif sacrifié

La Ville de Longueuil, qui gère les stationnements incitatifs entourant la station de métro, estime que la construction de la tour SSQ entraînera la disparation de près de la moitié des quelque 400 cases du P1.
Photo: Le Devoir La Ville de Longueuil, qui gère les stationnements incitatifs entourant la station de métro, estime que la construction de la tour SSQ entraînera la disparation de près de la moitié des quelque 400 cases du P1.

La construction d’ici deux ans d’une nouvelle tour de bureaux sur le terrain du stationnement incitatif situé le plus près de la station de métro de Longueuil pourrait décourager certains automobilistes de la Rive-Sud d’utiliser le transport collectif, selon les informations obtenues par Le Devoir.

 

La Ville de Longueuil a officialisé en septembre dernier le projet de construction d’un immeuble de 12 étages sur le terrain du stationnement P1 de la place Charles-Le Moyne, qui se trouve en bordure de la station de métro Longueuil-Université de Sherbrooke.

 

D’ici la fin des travaux prévue en 2016, l’assureur SSQ Groupe financier investira 65 millions de dollars pour la construction de ce complexe à bureaux, en voie d’être certifié LEED, dont le tiers accueillera près de 300 travailleurs de l’entreprise. Les espaces restants seront loués à d’autres entreprises ou à des commerçants qui s’installeront aux étages inférieurs.


Moins de places ?

 

La Ville de Longueuil, qui gère les stationnements incitatifs entourant la station de métro, estime que la construction de la tour SSQ entraînera la disparation de près de la moitié des quelque 400 cases du P1. Cette perte sera toutefois compensée « par un nombre équivalent de places souterraines », souligne-t-on.

 

Or, la construction de l’immeuble ne devrait pas se faire à coût nul pour les usagers des stationnements incitatifs. La SSQ indique que le stationnement souterrain servira en priorité ses employés et les locataires de l’immeuble. « Pour ce qui est de la distribution exacte, ça reste à voir. On va regarder selon les besoins des gens de l’édifice », affirme l’analyste en marketing et communications chez SSQ Groupe financier, Danielle Rioux. Les places de stationnement devraient être payantes, « comme c’est le cas dans les grands centres du genre ».

 

En comparaison, le stationnement intérieur du campus longueuillois de l’Université Sherbrooke, un édifice de 16 étages situé à proximité, compte 465 places.

 

Il est fort probable que les centaines de travailleurs qui convergeront désormais vers la nouvelle tour feront augmenter la demande en stationnement. Les automobilistes désirant laisser leur voiture à Longueuil pour se rendre à Montréal en métro pourraient donc devoir se rabattre sur les autres stationnements incitatifs, parfois situés à plusieurs minutes de marche.


Un choix payant

 

« Il y a une demande très forte pour la construction dans le secteur, explique le directeur du Bureau des grands projets à la Ville de Longueuil, Michel Lesage. Et [un projet de construction] rapporte beaucoup plus que l’exploitation d’un stationnement. »

 

La Ville estime en effet que la vente du terrain lui rapportera près de trois millions de dollars, en plus de revenus de taxation annuels pouvant s’élever à 900 000 dollars. Selon M. Lesage, des places de stationnement supplémentaires pourraient être offertes dans le secteur à partir de 2016 ou 2017, si la demande se fait sentir. « Ce n’est pas fait à la légère, on veut conserver un nombre de places suffisant », insiste-t-il.


Au détriment du transport en commun?

 

Deux visions de l’aménagement urbain s’opposent dans ce dossier. Bien qu’elle salue la volonté de la Ville de Longueuil de densifier les abords de la station de métro, comme le propose le Plan métropolitain d’aménagement et de développement, l’ancienne présidente de l’Agence métropolitaine de transport, Florence Junca-Adenot, croit que le développement ne doit pas se faire au détriment du stationnement incitatif. « Il n’y a pas de raison de sacrifier du stationnement. Les places actuelles sont souvent toutes prises, même celles qui sont les plus loin […] Chaque place compte. »

 

Selon elle, il existe bel et bien un lien entre l’offre de stationnement incitatif et l’attrait du transport en commun. « Il faut garder une offre équivalente », ajoute-t-elle.

 

Pour sa part, le directeur général de l’organisme Vivre en ville, Christian Savard, n’a que de bons mots pour le projet de la SSQ. « Je vois d’un très bon oeil le développement dans ce secteur-là, dit-il. Ce n’est pas le bon endroit pour faire du stationnement incitatif. C’est beaucoup trop proche de Montréal et trop bien servi par le transport en commun pour gaspiller ces pieds carrés là. »



Répartition des terrains de stationnement incitatif du métro Longueuil-Université de Sherbrooke, avant le début des travaux. L'emplacement de la future tour SSQ est indiqué par un cercle rouge.
 

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