Un buste étonnant; un silence frappant

Le buste de bronze de Jean Lapierre a été installé devant le local du syndicat des cols bleus, rue Papineau.
Photo: Jacques Nadeau Le buste de bronze de Jean Lapierre a été installé devant le local du syndicat des cols bleus, rue Papineau.

Le buste de bronze aux allures staliniennes réalisé à l'effigie de l'ex-président du Syndicat des cols bleus de Montréal, Jean Lapierre, démontre à quel point il était vénéré par les syndiqués, estime Michel Grant, professeur en relations de travail à l'UQAM. «Du point de vue de ses membres, il méritait ce buste. Il était efficace et il a livré la marchandise», affirme M. Grant.

M. Grant rappelle que «ce n'est pas la population qui a décidé de lui faire une statue» mais bien «ses membres à lui». C'est en effet le syndicat des cols bleus qui a assumé l'ensemble des coûts liés à la réalisation de la statue du très coloré syndicaliste, qui a été installée devant le local syndical, rue Papineau, à Montréal.

La Fédération des travailleurs du Québec (FTQ), à laquelle le syndicat des cols bleus est affilié, n'était pas au courant du projet et a appris l'existence du buste par les médias. Le président de la FTQ, Henri Massé, s'est abstenu hier de livrer ses commentaires à ce sujet.

M. Grant, qui était membre du conseil de médiation lors du bras-de-fer entre les cols bleus et la Ville de Montréal pour l'obtention de la semaine de quatre jours, soutient que M. Lapierre «a été un grand leader syndical au sein des cols bleus». Il souligne que M. Lapierre a obtenu pour ses membres le plancher d'emploi sous l'administration Doré et la semaine de quatre jours sous l'administration Bourque.

«Mes propos ne cautionnent pas toutes les actions qui ont été faites par les cols bleus, précise M. Grant tout en mentionnant «qu'un syndicat, c'est un groupe d'intérêt, et ses intérêts ne coïncident pas nécessairement avec ceux de l'ensemble de la population».

Un règne mouvementé

Jean Lapierre a quitté ses fonctions de président du syndicat des cols bleus au printemps dernier mais il est demeuré dans le décor puisqu'il agit désormais comme conseiller auprès de son successeur, Michel Parent. Son règne de 18 ans à la tête du syndicat a été marqué par de nombreux épisodes d'affrontements avec les administrations municipales successives, d'actes de sabotage et de militantisme musclé. En 1994 notamment, alors que les négociations avec l'administration de Jean Doré s'enlisaient, des membres du syndicat avaient pris d'assaut l'hôtel de ville en enfonçant les portes à l'aide de béliers. Jean Lapierre avait écopé d'une peine d'emprisonnement de six mois et passé une trentaine de jours derrière les barreaux à la suite de cet acte de vandalisme. Les relations entre le syndicat et Pierre Bourque n'ont pas été plus harmonieuses.

Les deux ex-maires n'ont d'ailleurs pas voulu commenter la réalisation de l'oeuvre de bronze à l'effigie du bouillant syndicaliste. «J'ai été pour le moins étonné. Je pense que c'est un sujet d'étonnement pour les Montréalais», a prudemment déclaré Jean Doré. Le maire actuel, Gérald Tremblay, dont les relations avec les cols bleus se sont récemment refroidies à la suite d'une rupture des négociations, n'a pas été plus loquace hier.

L'ex-ministre du Travail dau sein du gouvernement péquiste, Diane Lemieux, qui avait déjà dit de Jean Lapierre qu'il faisait partie de la «catégorie des gens épais», a elle aussi refusé de se prononcer.

À la FTQ, on signale que seul Louis Laberge, décédé en juillet 2002, a eu droit à sa statue de bronze au sein de l'organisation syndicale. Celui qui a tenu les rênes de la FTQ de 1964 à 1991 est reconnu comme un leader marquant du syndicalisme québécois et avait été le président-fondateur du Fonds de solidarité de la FTQ.

Hier, ni le syndicat des cols bleus ni M. Lapierre n'ont rappelé Le Devoir.