Maires par défaut et défaut de maires

Malgré une légère augmentation du nombre de candidats aux élections municipales du 3 novembre prochain, près de la moitié des maires du Québec ont été élus sans opposition cette année. Dans un cas sur cinq, c’est l’ensemble des sièges du conseil municipal qui ont été pourvus sans campagne électorale ni élection.

 

Depuis la fin de la période de mise en candidature le 4 octobre dernier, on connaît l’identité des maires et des conseillers élus par acclamation. Selon les chiffres fournis par le ministère des Affaires municipales et de l’Occupation du territoire (MAMROT), sur les 1103 postes de maire en jeu, 510 sont déjà comblés, faute d’opposition. Et dans 228 municipalités de la province, tous les candidats en lice ont hérité d’un mandat de quatre ans sans faire campagne.

 

Cette année, le nombre de candidatures aux postes de maire et de conseiller est néanmoins en hausse de 4 % par rapport à 2009. On constate également une baisse de 5 % du nombre d’élus sans opposition.

 

« Un gros engagement »

 

Sans fournir de données exactes sur le sujet, une porte-parole du MAMROT indique que la plupart de ces élections par acclamation sont survenues dans des municipalités de moins de 5000 habitants.

 

Avec ses quelque 30 000 habitants, la ville de Sainte-Julie, sur la Rive-Sud de Montréal, n’y échappe pourtant pas. La mairesse Suzanne Roy vient d’être élue pour un troisième mandat consécutif : en 2005, en 2009 et en 2013, personne ne s’est présenté contre elle.

 

« C’est une élection par acclamation, je pense que ça signifie que les citoyens sont satisfaits du travail qui est effectué,juge-t-elle, bien consciente que tous ne l’envient pas. C’est un gros engagement, et on va se le dire, depuis les derniers mois, c’est pas drôle de dire qu’on est élu au municipal. Une chance qu’il y a eu Colette Roy-Laroche [la mairesse de Lac-Mégantic] pour ramener les choses et dire : avant que [la tragédie de Lac-Mégantic] arrive, j’étais la même, mais personne ne reconnaissait mon travail, ajoute Suzanne Roy. Je pense qu’il y a beaucoup de Colette Roy-Laroche au Québec qui sont là pour les bonnes raisons. »

 

Les citoyens de Saint-Ludger ne sont pas plus nombreux à accepter de se lancer en politique municipale. À un point tel que cette petite municipalité de la région de l’Estrie se retrouve aujourd’hui avec trois conseillers élus par acclamation et par-dessus tout, aucun candidat au poste de maire. « Ils vont réafficher le poste la semaine prochaine », explique l’un des conseillers réélus sans opposition, Jean-Luc Boulanger, puisque la mairesse sortante, Diane Roy, ne sollicite pas de nouveau mandat.

 

« Il y avait beaucoup de personnes pressenties, mais personne n’a postulé. On espère que celle qui est mairesse reste », poursuit-il.

 

Et vous, M. Boulanger ? « Non, pas moi, parce que c’est pratiquement 20 heures par semaine, en plus du travail à la MRC. C’est des journées complètes. Si ça avait été seulement la municipalité, je l’aurais pris. Mais là, à la MRC, je ne suis pas le genre de gars qui veut s’asseoir toute la journée derrière un bureau. »

 

Selon la Loi sur les élections et les référendums dans les municipalités, si aucun candidat ne se présente à un poste de membre du conseil municipal, le président d’élection doit organiser un nouveau scrutin. Si le poste n’est toujours pas pourvu, le ministre des Affaires municipales peut alors nommer « une personne éligible au poste concerné ».

 

« Un des maux qui minent la démocratie municipale, c’est le fait que plusieurs élections se gagnent par acclamation », concède le porte-parole du Directeur général des élections (DGE), Denis Dion.

 

Les villes bien pourvues

 

Dans un bilan publié vendredi ne concernant que les municipalités de 5000 personnes et plus, le DGE met en évidence des chiffres bien différents. Dans deux des plus grandes villes du Québec, le nombre de candidatures a explosé cette année. 485 personnes ont tenté leur chance à Montréal, soit 85 de plus qu’il y a quatre ans. À Laval, l’augmentation est de 133 % : 147 candidatures en 2013, contre 63 en 2009.

 

« On peut penser que le parfum de scandales n’a pas découragé les gens de se présenter en politique, au contraire. Ça a plutôt donné un signal de départ et il y en a qui se sont dit : on va faire, le ménage », affirme M. Dion.

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